Allo maman Ado

Maman, j’épouse un étranger !

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Maman, j’épouse un étranger !

Je ne vous raconte pas la tête de ma mère quand je lui ai annoncé que j’allais me marier avec Jeffrey. On lui aurait annoncé que mon père la quittait pour un cheval qu’elle aurait certainement eu l’air moins choqué.

par Rim Bahi

Je vous épargne les larmes, le «tu n’es plus ma fille» et bien sûr le «tu vas ramener la honte sur notre famille». Pourtant ma mère est quelqu’un de cultivé et d’ouvert, enfin c’est ce que je croyais. Apparemment, la perspective de voir sa fille épouser un étranger, catholique de surcroît, faisait ressurgir son identité arabo-musulmane (sic).

J’ai bien pris le temps de lui expliquer pourtant que c’était un homme merveilleux, respectueux qui me traitait comme une princesse et qui n’était pas du tout pratiquant ou religieux. A cela, elle m’imposait l’implacable «Mon Dieu, mes petits enfants seront des chrétiens» et elle fondait en larmes. In petto, je me demande si la mère de Jeffrey a eu la même réaction quand il lui a annoncé notre mariage, «Mon Dieu mes petits-enfants seront des terroristes».

Les bottes maternelles secrètes

Passé le choc, ma mère commence à utiliser des arguments qui, je dois l’admettre, tiennent la route. Elle me rappelle l’histoire affreusement triste de son petit cousin dont la femme tchèque a quitté le pays avec ses deux enfants et dont il n’a plus aucune nouvelle depuis 18 mois. «Pourtant, ajoute-t-elle perfidement, c’était soi-disant une grande histoire d’amour». J’apprécie le « soi-disant» à sa juste valeur.

 

«Et puis, tu as beau être libérale (ici il faut entendre le mot «libérale» très appuyé), il faudra bien choisir dans quelle religion il faudra élever tes enfants. Il voudra que ce soit la sienne et toi bien sûr, tu voudras qu’ils soient musulmans (quoi d’autre, sinon ?). Tu feras quoi à ce moment là ?»

 

Euh…j’y penserai à ce moment là. Bon, la réponse n’est absolument pas validée par l’autorité maternelle. La campagne de démolition de « ils vécurent très heureux et eurent beaucoup d’enfants » ne se termine pas là. Elle enchaîne sans pitié avec « vous allez vivre où ? Dans son pays ou dans le tien ? Ton père mourrait si tu t’en allais».

 

Vous aurez remarqué comme moi que là, elle joue une pièce maîtresse mais j’ai ma botte secrète. Je lui concède que tout ce qu’elle avance tombe sous le sens mais que moi, Jeffrey, je l’aime et je ne peux pas vivre sans lui. Je suis sur le point de sortir clairons et drapeaux pour crier victoire mais les mères ont plus d’un tour dans leur sac. « Tu as déjà été amoureuse avant et tu étais aussi sûre que c’était le bon. Avec lui aussi, cela te passera».

Ma botte secrète

Oui, mais là, si je suis son raisonnement, je ne me marierai jamais. J’attends que cela me passe à chaque fois. Elle m’explique patiemment que le mariage est fait d’amour, certes, mais également de beaucoup d’autres choses qui forment le ciment du couple, une culture commune, le même background social, des familles qui interagissent entre elles.

L’amour à lui tout seul ne suffit pas. Je lui rappelle juste que j’ai 28 ans, que ce n’est pas un coup de tête et que tout cela pour moi est négligeable parce que Jeffrey est l’homme qu’il me faut. Nous partageons les mêmes valeurs et avons longuement réfléchi avant de nous décider. Et là, c’est moi qui utilise mon argument-massue, « tu veux me voir heureuse, non ? ».

Elle est vaincue. J’ai ouvert une brèche. Elle va le rencontrer et je sais qu’elle va l’aimer.

Houda et Stéphane, 34 et 38 ans, mariés depuis 7 ans, 2 enfants

Entre nous, cela tout de suite été une évidence, raconte Houda avec un sourire, par contre la famille, cela a été une autre paire de manches.

 

Avec le temps, ils ont appris à le connaître et à l’apprécier. Ma famille et moi ne sommes pas pratiquants mais il est impensable pour moi que mes enfants ne soient pas musulmans. Stéphane n’a aucun problème avec ça. La religion, ce n’est vraiment pas son truc.

 

Rires. C’est étrange mais je n’ai pas l’impression qu’on ait d’énormes différences culturelles. J’ai été élevée à l’occidentale même si, en toile de fond, la culture arabo-musulmane a toujours été présente .

 

Florence, 38 ans, séparée de Hédi 33 ans, 1 enfant

«Je pensais que c’était le grand amour, celui des contes de fée, dit amèrement Florence, mais finalement les différences culturelles sont énormes.

Il a même voulu que je mette le voile. J’ai choisi de rester en Tunisie pour que ma fille ne grandisse pas sans père mais c’est loin d’être facile tous les jours. Il continue à vouloir diriger et contrôler nos vies ».

Finalement, mariage mixte ou conventionnel, les chances sont globalement les mêmes, les risques d’échec aussi. L’erreur n’est pas de choisir un conjoint étranger mais de faire sa vie avec quelqu’un qui ne nous correspond pas au niveau des valeurs et des principes généraux de vie.

Les amours interculturelles vouées à l’échec ?

Le mariage interculturel met souvent en relief des caractéristiques sociales et culturelles qui, autrement seraient passées inaperçues et cela est encore plus accentué avec l’arrivée d’un enfant. Mais est-ce pour autant la cause de l’échec d’une relation ?

Cela n’est pas dit. Ces différences existent même entre les régions ou les couches sociales, voire entre familles et c’est au couple de conjuguer ces différences pour arriver à un équilibre.

Il y énormément d’histoires de couples mixtes qui s’entre-déchirent, surtout pour la garde des enfants mais cela arrive aussi aux couples non-mixtes. Les séparations ne sont jamais faciles. Il ne faut pas oublier les innombrables couples mixtes dont on n’entend jamais parler parce que tout se passe très bien.