Allo maman Ado

Moi Lolita

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Moi Lolita

Les joues encore rondes de l’enfance, ce sont de petits bouts de chou déguisées en femmes fatales qu’on voit de plus en plus se pavaner aux coins des rues. Maquillées, parfois à outrance, talons aux pieds et cheveux au vent, elles ont vite fait de troquer leurs poupées Barbie et leurs couettes pour des coupes tendance, à coup de colorations et de lissages comme fait maman. Ces fillettes sont en quête de regards admiratifs d’hommes mûrs, pour flatter leur ego de futures femmes, au risque de tomber sur des prédateurs sexuels. La faute à la progestérone ou mal-être plus profond ?

par Zeineb Guizani

« L’enfance sait ce qu’elle veut. Elle veut sortir de l’enfance ». Cette citation de Jean Cocteau illustre le mieux le cas de ces fillettes hyper-sexualisées. Agées de 9 à 12 ans, elles veulent à tout prix grandir trop vite et ressembler aux femmes en général (mère ou idoles). Elles ont tendance à s’habiller comme elles, agir comme elles et parler comme elles, afin de tenter le plus possible de gommer tout ce qui est du domaine de l’enfance et pouvant leur rappeler qu’elles sont encore des petites filles. D’ailleurs cette expression-là, elles l’ont en horreur, du fait du total déséquilibre entre leur maturité physique et leur maturité cognitive.

Erotisation précoce des jeunes filles par les médias

Il est clair que l’adolescence arrive de plus en plus tôt, et qu’elle touche les filles en premier. Vu que c’est la société dans laquelle nous vivons qui crée cette envie de grandir plus vite et de sauter les étapes, les sociologues sont unanimes sur le fait que nos enfants tendent à devenir adolescents, avant même d’être pubères.

En effet, pile au moment où ces préadolescentes sont en période d’accalmie ; c’est-à-dire entre 7 et 11 ans, stade essentiel où l’enfant est censé développer sa connaissance du bien et du mal, intégrer les valeurs morales et aussi fixer son attention, les médias profitent de cette période de façonnement du cerveau chez l’enfant pour en faire la cible de leurs produits en les rendant nécessaires à leur bien-être.
Et nous pouvons observer par nous-mêmes que le marché de la mode, de la musique, du cinéma et les magazines les visent de plus en plus. Et, c’est de cette façon que ces fillettes perdent petit à petit leurs repères et se sexualisent. Prenons pour exemple les magazines pour jeunes dont nos adolescentes raffolent, en attendant impatiemment la sortie chaque mois, et qui nous semblent, à nous adultes, puérils et anodins.

Pratiquement toutes les rubriques y parlent, de près ou de loin, de sexe, et participent rigoureusement et efficacement à la sexualisation des filles. Des pseudo-psychologues les incitent à forger leurs propres opinions, des rédacteurs (trices) reconverti(es) en copines leur « filent » des petits conseils pour avoir du sex-appeal et savoir comment séduire et retenir son petit ami ; le tout d’un ton intimiste et tutoyant. Sans préciser que des pages entières sont consacrées à la mode et aux soins du corps.
Ces spécialistes deviennent en eux-mêmes des arguments d’autorité, et par conséquent, ces jeunettes se demandent pourquoi ne pas suivre leurs conseils, après tout. Les clips de musique, quant à eux, sont très révélateurs du côté sexuel. Concupiscents, on y voit des femmes presque nues imiter parfois des actes sexuels.

Le plus étonnant, c’est qu’en remontant à la source du phénomène, les sociologues ont en fait découvert que ce serait lié à la pornographie ! La pornographie a foncièrement bouleversé la culture en ne montrant, la plupart du temps, que des jeunes filles hyper-sexualisées. Parce que l’influence du porno est énorme, cela va sans dire, il influence

Abir, 24 ans, vendeuse

« Je vois de plus en plus de mamans accompagner leurs petites filles pour faire les boutiques avec elles. Ce que je trouve étonnant, c’est que les mamans elles-mêmes accordent plus d’attention à l’assemblage des habits de leurs progénitures alors que celles-ci sont parfois complètement déconnectées. A la fin des essayages, les petites se retrouvent avec un look parfois un peu provocant et qui leur donne plus que leur âge réel, car en réalité les mamans ont inconsciemment habillé leur enfant comme elles, elles-mêmes, auraient voulu s’habiller. Je ne sais pas si cela est du à l’angoisse de la vieillesse, ou bien qu’elles ne souhaitent pas que leur enfant vivent un manque qu’elles mêmes ont ressenti dans leur enfance. Quoiqu’il en soit si à 8 ans ces fillettes sont de parfaites fashionistas, c’est tout à fait normal, qu’elles finissent par porter des strings et se maquiller comme maman à 12 ans ! »

tout : les désirs, les fantasmes, les pratiques corporelles et sexuelles. Mais toutefois, pas question d’y toucher au porno ! Car le porno serait une forme de liberté d’expression… et dire que certaines boutiques vendent des strings taille 8 ans… Alors, si de nos jours il est possible d’être arrêté très jeune, pourquoi le sexe serait-il impensable à cette même période ?

Raja, 30 ans

« J’étais une ado très complexée. Mes parents n’avaient pas trop les moyens de m’habiller à la dernière mode comme l’étaient les filles que je connaissais vers l’âge de 12 / 13 ans. Par contre j’avais des rondeurs qu’elles n’avaient pas, ce qui me faisait paraître plus mûre qu’elles. Paradoxalement mon apparence intimidait les jeunes garçons de mon âge et les tenait à l’écart, ce qui me faisait encore plus douter de moi ; il faut savoir qu’à cet âge-là, nous les filles on a besoin de se sentir séduisantes dans le regard des autres et plus particulièrement dans celui des garçons. Je me retournais donc vers les hommes plus âgés, plus par besoin de me voir désirée qu’autre chose. J’ai fini par rencontrer un homme de 35 ans, on s’est donné un rendez vous dans un coin un peu isolé près du lycée, mais ça a vite dérapé quand il a commencé par me toucher la poitrine. J’ai trouvé cela écœurant, j’étais choquée. J’ai vite mis fin à cette relation. »