Allo maman Ado

Ma première sortie : L’évasion sublime

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Ma première sortie : L’évasion sublime

Autorisée ou non, bon ou mauvais souvenir, une première sortie entre jeunes, sans la surveillance des adultes, représente pour nous un moment d’extase, d’excitation extrême, de sublimation même, qui reste à jamais gravée dans nos mémoires.

par Chiraz Ounaïs

Comme toutes les premières fois en fait ! Oui, mais il y a l’avant, le pendant et l’après. Tous différemment vécus par chacun de nous et qui font que cet impérissable souvenir soit inscrit au registre des meilleurs ou des pires moments de notre de vie. Tout dépend qu’on soit une jeune fille ou un jeune garçon, de la relation avec les parents, des copains avec lesquels nous avons partagé ce moment, du genre de sortie, de l’ambiance dans laquelle elle s’est déroulée et des conséquences qu’elle a engendrés.

Même si la Tunisie peut se targuer d’être l’une des sociétés les plus évoluées au monde en matière de droits des femmes et d’égalité des sexes, il n’en reste pas moins que certaines traditions ont encore la peau dure. Une jeune fille aura en effet une marge de manoeuvre beaucoup plus réduite qu’un jeune garçon pour sortir seule, notamment le soir. Quand ce n’est pas les parents qui sont à cheval sur les principes, c’est le grand frère, ou l’oncle, ou n’importe quel autre membre de la famille qui se dresse en obstacle à l’idée de laisser mademoiselle se permettre une virée entre copains sans « bodyguard ». Dans certaines familles, cela peut même être pareil pour le jeune homme, pas de demi-mesure, nous n’avons pas de gosses qui sortent seuls la nuit. Là, il n’y a pas le choix, c’est la virée en cachette ou rien, et pas mal se reconnaîtront ici.

Inoubliable

Certains veinards, n’ont par contre pas eu besoin de faire appel à une imagination fertile pour inventer un scénario convaincant, papa et maman sont cools et ne voient pas d’inconvénients à nous accorder une première sortie nocturne entre potes. Pour peu que la confiance soit de mise et que le programme ne comporte pas de « périls en la demeure ».

Quelles que soient les conditions, de toute manière nous en avons tous rêvé jusqu’au jour où c’est arrivé et nous ne l’oublierons jamais. Avec les instants d’excitation et d’appréhension qui ont précédé ce moment de vérité. Avec le bonheur ou la déception que nous avons vécus. Et avec les conséquences que cette « première historique » nous a values. A chacun ses interrogations et ses préoccupations. Comment ça va se passer ? Comment vais-je m’habiller? Comment me comporter? Qui vais-je rencontrer?… A chacun les images qui ont défilé dans sa tête et qui continuent à se projeter de temps à autre sur l’écran de notre mémoire tel un chef d’oeuvre du 7ème art, ou tel un navet pour d’autres. Bref, un épisode magique et indélébile qui fait partie du patrimoine personnel de chacun de nous et qui nous marque à jamais, comme tant d’autres événements qui ont marqué ou marqueront encore, notre existence.

C’est le charme de la vie !

Chahnaz, 18 ans

Le moment tant attendu est enfin arrivé : je vais sortir pour la première fois.
J’étais invitée à une soirée en boite , à soixante kms de chez moi (c’était à Hammamet). Tout était bien prévu: je dormirai chez une copine qui ira avec moi en boite, ensuite sa soeur viendra nous chercher le lendemain pour nous ramener…J’en ai parlé à ma mère, mais je ne lui ai pas dit que c’était en boite et de surcroît à Hammamet, je lui ai dit que c’était une soirée chez des amies (après tout qu’est-ce-que ça change, c’est une soirée quand même). Mon père m’avait lui-même déposé devant la villa de mon amie à El Menzah. Mes parents m’ont toujours fait confiance, mais ce n’est pas pour autant qu’ils me laissent aller aussi loin et de nuit s’il vous plait. J’étais toute excitée et pleine d’appréhensions: Qui vais-je rencontrer (peut-être une connaissance de famille) ? Comment me vêtir ? Me comporter?
Mais, arrivée en boite, quelle déception : endroit exigu, piste très réduite, fauteuils inconfortables, boissons tièdes et sans pression (je parle du coca, bien sûr). Je m’attendais à trouver d’autres amies aussi, mais non…nous étions tous étrangers l’un pour l’autre, la piste était bondée et pire, pleine d’adultes qui ont presque le double de mon âge. Mais à partir de minuit, un groupe de gens jeunes, quasiment saouls, a fait irruption dans la boite, nous avons eu peur. Finalement, nous avons quitté….pour aller dans un café turc, en ville, où nous avons siroté un thé et papoté entre filles, ce qui nous a permis de bien sauver notre soirée.

Azza, 16 ans

Ma première sortie autorisée, je l’ai passée à deux pâtées de maisons de chez moi. C’était le jour de mon 16ème anniversaire. Mes parents m’ont autorisée à le fêter chez des amis dont les parents sont partis en voyage, mais à condition d’emmener ma soeur cadette avec moi. Ma mère s’était chargée de nous ramener les provisions, mais elle les déposait devant la porte de la villa sans jamais oser y pénétrer. Moi, je m’étais occupée des invitations de dernière minute. Il ya toujours quelqu’un qu’on oublie dans ce genre de circonstance. Le soir venu, les voitures des parents faisaient une sorte de cortège, on veut se rassurer où les enfants passent la soirée, et avec un mot d’ordre : Ne pas dépasser minuit et e ne pas déranger les voisins. Mes parents m’avaient offert un DJ pour l’occasion.
Quelle soirée mémorable : on a dansé, on a chanté, on a ri, on s’est amusé comme des fous ; quelques garçons ont même bu de la bière, mais c’était en cachette et dans la cuisine. Minuit venu, la maison commençait à se vider, mes parents sont venus récupérer ma soeur, mais m’ont autorisée à passer la nuit chez ma copine (histoire de l’aider à faire le ménage le lendemain). Nous avons, mon amie et moi, continué à veiller jusqu’à l’aube, avec quelques unes de nos amies intimes qui ont été autorisées, elles aussi, par leurs parents, à passer la nuit avec nous. C’était mon premier anniversaire où mes parents n’avaient pas soufflé, avec moi, sur mes bougies. Cela m’avait laissé vraiment… un petit pincement au coeur.

Youssef, 17 ans

Ma première sortie « autorisée » par mes deux parents remonte à mes 17 ans, c’était pour aller à Sousse… en excursion avec le lycée. J’avais 17 ans, elle en avait 16 ; je l’avais rencontrée l’été précédent, lors d’un voyage organisé en France.Je suis parti de chez moi, très tôt le matin, avant même que mes parents ne se lèvent. J’arrive à la gare de Sousse très angoissé mais très excité. Elle m’attendait sur le quai C’était l’un des meilleurs jours de ma vie.
Ces retrouvailles mettaient fin à ma solitude. J’étais vraiment seul depuis le jour où l’on a été séparés. Nous avons passé notre journée au port d’El Kantaoui, loin de tous les regards. Bizous et câlins à profusion. Notre LIBERTE, quoi ! Mais les meilleures choses ont une fin, mon train du retour partait à 16h00.. Seulement la journée est passée tellement vite. On est remonté vers la gare en courant tout les deux, main dans la main, on rigolait, tout tournait autour de nous. A un moment on est arrivé au parc près de la gare qu’il fallait traverser, elle m’a alors dit de continuer de courir sans elle. Alors, les larmes aux yeux, je l’ai embrassée, je lui ai lâché la main et j’ai couru aussi vite que je pouvais sans regarder derrière moi. Je suis arrivé à la gare, à 16h05 min. Mon train est déjà parti. (Ne vous étonnez pas, il y a des trains qui partent à l’heure en Tunisie, et ce train est tombé sur moi). le prochain qui partait deux heures plus tard.

Mes parents allaient me tuer, et je pensais à tout leur avouer. Je me suis mis à stresser encore une fois. Je suis arrivé à Tunis tard dans la nuit, mon train avait fait un retard (encore une fois, il fallait que cela tombât sur moi). Jai inventé un énorme mensonge pour mes parents. Je pense que j’ai eu beaucoup de chance cette fois-ci. Je n’oublierai jamais cette journée où j’ai réalisé l’un de mes rêves. J’en tire une morale : il ne faut jamais prendre des risques non calculés sans le consentement des parents. Mais en attendant, profitez de votre vie. « Soyez heureux un instant, cet instant est votre vie. » N’est ce pas Omar Khayyam ?

Gossip F.

Mois après mois, Fatma se dévoile.
Tout comme Alice, j’étais pressée de grandir…Chaque samedi je m’émerveillais devant la tonne de maquillage dont se barbouillait ma grande soeur avant de sortir et m’extasiais devant le sourire béat qu’elle arborait à son retour au petit matin. Je me demandais sérieusement : Qu’est ce qui pouvait donc la rendre aussi gaie ? Quel est donc le mystère des sorties non escortées?

Croyez-moi les filles : Pour y avoir droit je me suis battue ! Ma mère refusait systématiquement l’idée que je sorte sans elle ! « Non, je ne commetrai pas la même erreur deux fois ! Jamais je ne te laisserai me glisser entre les mains !», disait-elle. Mon père, quant à lui, avait plus un probleme d’égo qu’autre chose : « Si ma benjamine sort seule, cela voudra dire que chuis officiellement vieux ! », répétait-il sans cesse. Moi par contre, j’étais décidée : Mes sweet fivteen, je ne les fêterai que seule avec mes copains sans parents en arrière plan… Pour cela, j’avais besoin d’une avocate en herbe, une Tata cool qui parlerait à mes parents et les persuaderait de mon besoin d’émancipation. Merci Tata d’exister, car sans toi je n’aurais eu ni mes virées en boite ni mon permis plus tard!

Le 21 décembre était finalement là. Shopping fait sans maman (Il aurait fallu attendre 4 ans pour qu’elle accepte finalement que je m’achète des fringues sans sa présence! ), cheveux lissés par le coiffeur pour la première fois ( Negligeons le fait que je deviendrai sa cliente la plus fidèle 2 ans après.), j’étais enfin prête à entrer dans la cour des grands ! Ma mère, au bord des larmes, me fit un sermon auquel j’aurais droit jusqu’à présent : « Ne parle pas aux inconnus, ne sors pas de l’endroit ou je te dépose, donne moi la liste des personnes présentes, et si tu as un problème, tu appelles ! » Mon père était là à digérer deux mauvaises nouvelles : Non seulement a-t- il pris un énorme coup de vieux, mais il apprend qu’il y aura des garçons à ma fête d’anniv! Comment cela se fait-il qu’il ne puisse même pas s’y opposer? Pourquoi la génération de l’an 2000 n’est pas celle des fifties ? Ma soeur, par contre, me regardait avec envie et nostalgie, elle me glissa à l’oreille « Hey soeurette, après ce soir, rien ne sera plus comme avant! C’est le début de nos confessions ! A notre retour, on se racontera nos soirées respectives, nos fous rires, nos conquêetes ! » Conquêtes ? Elle délire elle : je sors juste avec mes copains et tout le monde en fait l’affaire du siècle…

Mes parents me deposèrent donc au café qui, plus tard, deviendra mon lieu fétiche.J’y retrouvai ma bande et c’était parti pour le fun! Ce jour-là je devins ado ! Mon père a bien sûr fait irruption à minuit pile pour voir si ça ne dégénerait pas trop ( Il le fera des années plus tard à des heures bien plus tardives )…

De retour chez moi, ma mère me suppliait de lui raconter ma soirée en détail ! Mon père grognait parce que je rentrais trop tard pour une « bint 3ayla ». Moi, sourire béat, j’étais là, sur mon petit nuage en mode insouciant, à penser à LUI… J’attendais impatiemment ma soeur pour lui décrire mes sentiments, mes fous rires mais surtout SES mots, SES gestes et SON sourire…