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Alimentation Menaces sur nos assiettes !

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Alimentation Menaces sur nos assiettes !

Les produits alimentaires ne se conservent pas éternellement. Les aliments se dégradent naturellement avec le temps : le lait surit, les graisses rancissent, les légumes flétrissent et pâlissent ou des microorganismes se développent qui rendent l’aliment impropre à la consommation. Mangeons-nous trop en Tunisie au détriment de notre santé et de notre environnement ? L’industrie agroalimentaire a-t-elle modifié nos recettes ? Face à l’uniformisation des régimes alimentaires, qui menace la diversité dans nos assiettes, face à la vague irrésistible des fast-foods, les professionnels des divers secteurs se mobilisent, affutent leurs outils et se concertent pour lutter contre ce fléau, rendre à l’aliment son rôle constructif, voire promoteur de santé. Tel est l’objectif du réseau TIA Maghreb. Les explications du Dr Thouraya Annabi Attia, directrice du contrôle sanitaire à l’Agence naturelle du contrôle environnemental des produits.

par Kamel Bouaouina

 

L’intoxication alimentaire intervient le plus souvent après avoir mangé un aliment contaminé par une bactérie, un virus, ou un parasite. Quelles sont les sources de la contamination des produits alimentaires ?

Durant les différentes manipulations que subissent les aliments avant leur consommation ou leur mise en conserve, d’autres micro-organismes peuvent contaminer et détériorer les aliments.

Les équipements et les ustensiles qui entrent en contact avec les aliments, de même que les personnes qui les manipule, sont à l’origine d’une contamination additionnelle, ce qui diversifie la microflore présente et augmente le nombre total de germes.

Ces sources commencent à la production et continuent tout au long de la chaîne et s’ajoutent les unes aux autres pour arriver dans le frigo du consommateur, sur nos tables et dans nos mains.

La mondialisation du commerce et la restauration collective ont-elles contribué à ce phénomène ?

Le secteur de la restauration collective (restaurants, cafétérias, cantines, repas collectifs préparés par des traiteurs, etc.) est de loin le plus souvent relié aux toxi-infections alimentaires. Le fait que les aliments soient préparés en grande quantité, longtemps à l’avance et maintenus à une température propice au développement des micro-organismes avant le service, peut expliquer en partie ce phénomène. On assiste à un changement de comportement du consommateur. Les gens ne mangent plus chez eux. Ils ne mangent plus ce que préparent la maman ou la grande mère. Ils sont plus portés sur le fast-food. Ces composantes alimentaires peuvent provenir de différents pays du monde et c’est donc difficile à tracer et de chercher leur origine. Ainsi, à la suite de l’exposition d’aliments à des conditions propices au développement microbien, la quantité de micro-organismes pathogènes peut dépasser le seuil tolérable. Les moyens de défense du corps sont alors débordés et des symptômes de toxi-infection apparaissent.

La radiation a-t-elle aussi un effet sur ces produits alimentaires ?

La contamination des aliments est aujourd’hui de source physique, radioactive ou pourquoi pas liée à ces nouvelles radiations non ionisantes introduites dans la plupart de nos habitats et nos cantines. Que ces affections soient aigues ou chroniques, qu’elles se manifestent par une symptomatologie digestive, générale, infectieuse, allergique ou encore sous forme de cancer, elles restent une préoccupation majeure de santé. Les autorités japonaises ont lancé il y a quelques mois une alerte à la contamination radioactive d’aliments à proximité de la centrale de Fukushima.

Le gouvernement a averti la population que du lait et des épinards produits dans l’est du pays présentaient des taux de radioactivité supérieurs aux seuils autorisés.

En Tunisie, cet incident a soulevé une alerte nationale. Le Japon est certes loin, mais l’acheminement des produits alimentaires peut venir de très loin. Evidemment, tout le nucléaire n’est pas nocif pour la santé. On peut, par exemple, utiliser les rayons gamma pour traiter les aliments et les stériliser.

Quelles sont les méthodes de prévention de ces toxi-infections alimentaires ?

La prévention nécessite des mesures à tous les stades de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la transformation, la fabrication et la préparation des aliments.

Diverses précautions sont à prendre pour éviter toute contamination des aliments et donc assurer leur salubrité

Quelle est la situation actuelle en Tunisie ?

On ne la connait vraiment. En effet, pour connaître une situation épidémiologique, il faut qu’il y ait une surveillance stricte et une base des données crédible et vérifiable. On n’est pas encore très performant à ce niveau là. Il faudrait doter le pays de laboratoires qualifiés et crédibles qui disposent de systèmes de qualité et qui utilisent des méthodes normalisées. L’Etat garde son rôle de protecteur de consommateur mais les industriels ont la responsabilité des aliments qu’ils mettent sur le marché.

Qu’en est –il du réseau TIA Maghreb ?

Pour faire de l’évaluation et pour aider les décideurs il faut avoir des informations claires et exhaustives.

Il faut donc travailler ensemble en réseau au niveau du Maghreb. Nos maîtres mots étant la multidisciplinarité et la mise en commun des informations disponibles, aidés en cela par des pays et organismes amis. En effet, dès le départ, le projet a été porté par des hommes et des femmes associant les institutions et organismes qu’ils représentent, provenant des pays du Maghreb et de pays amis, en particulier de France, réalisant ce fameux pont entre le Nord et le Sud et entre différents corps de métiers complémentaires, même si parfois ceux-ci évoluent sur un mode concurrent.

J’espère que nous pourrons construire tous ensemble un réseau d’information et d’action durable et efficace qui s’intègre à d’autres réseaux déjà existants et actifs.

Nous n’en sommes aujourd’hui qu’à notre deuxième congrès, mais cette présence importante des maghrébins en cette fin d’année 2011, laisse présager une volonté commune d’aller de l’avant.