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Attention aux champignons vénéneux!

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Attention aux champignons vénéneux!

On dénombre 136 espèces de champignons en Tunisie, dont 67 comestibles et 20 toxiques. On les cultive à Jendouba, au Kef, à Béja, Kasserine, Sidi Bouzid, Aïn Draham. Les plus répandus sont la girolle, le cèpe de Bordeaux, l’amanite, le bolet jaune, le lactaire, la chanterelle.

par Kamel Bouaouina

Vivant en symbiose avec les arbres, les champignons fascinent par leur diversité. Mais on craint à juste titre les vénéneux, alors que les comestibles nous ravissent les papilles.

Identification des champignons

L’identification des champignons vénéneux est difficile et comme l’affirme le Dr Kamoun de la Direction de l’hygiène du milieu et de la protection de l’environnement au ministère de la Santé publique: «tous les tests populaires de toxicité sont inutiles et dangereux: les champignons vénéneux ne ternissent pas l’argent, ne brunissent pas l’ail ou l’oignon cuit à leur contact, peuvent être attaqués par les limaces ou les vers. Le bleuissement à la coupe n’a aucune valeur péjorative. Aucune préparation culinaire n’est susceptible de rendre moins toxiques des champignons mortels. La méthode qui consiste à demander au malade de décrire ou de reconnaître le champignon absorbé sur une planche botanique semble bien insuffisante et aléatoire. Seul l’examen sur pièce, par un mycologue ou un pharmacien compétent, permet l’identification exacte du champignon.»

Les arguments clinique

Ces arguments cliniques permettent d’affirmer l’existence d’une intoxication fongique, d’établir un pronostic de gravité. C’est devant des syndromes fort divers que l’on peut être amené à songer à une intoxication aux champignons. Celle-ci se présente en général sous la forme d’une gastro-entérite intense, plus ou moins précoce, accompagnée ou non d’autres symptômes. Elle a pour caractéristique importante d’être bien souvent collective, puisque survenant au cours d’un repas. Même si la détermination de l’espèce du champignon en cause reste imprécise ou impossible, le délai écoulé entre le repas et les premiers signes digestifs a une valeur pronostique importante: inférieur à 6 heures, il s’agit pratiquement toujours d’une intoxication bénigne, guérissant habituellement spontanément. Toutefois, en cas d’intoxication massive ou de sensibilité particulière de la victime, une évolution sévère, en l’absence de traitement, n’est pas totalement exclue. Si le délai est supérieur à 6 heures, il s’agit pratiquement toujours d’une intoxication phalloïdienne pouvant mettre en jeu le pronostic vital et nécessitant une hospitalisation immédiate en réanimation, en raison du risque d’atteinte hépatique. La survenue d’une symptomatologie précoce n’exclut pas pour autant l’ingestion d’un spécimen plus dangereux à symptomatologie tardive. C’est pourquoi toutes les intoxications fongiques assez sévères pour nécessiter un traitement doivent être surveillées au moins 48 heures en milieu hospitalier.

Les premiers symptômes

La première phase de latence caractéristique et constante se traduit par des signes cliniques qui apparaissent brutalement plusieurs heures après l’ingestion des champignons (entre 6 et 48 heures; en moyenne 12 heures). «Les premiers troubles sont digestifs, ajoute le Dr Kamoun, avec diarrhée profuse, cholériforme, pouvant atteindre 2 à 4litres, des vomissements incoercibles et répétés mais souvent peut abondants, des coliques affreusement douloureuses et de fréquentes et violentes crampes musculaires des membres inférieurs. Ce syndrome gastro-entéritique très intense est responsable des pertes hydro électrolytiques importantes qui, en l’absence d’une réanimation précoce et efficace, conduisent à un état de déshydratation globale avec soif intense, pli cutané, chute de la tension artérielle et anurie. Faute d’une prise en charge rapide, la mort peut survenir par collapsus cardiovasculaire. Une telle éventualité, fréquente surtout chez le jeune enfant, n’est toutefois pas exceptionnelle chez l’adulte jeune. En 3 ou 4 jours, ces troubles gastro-intestinaux s’amendent et il est rare qu’ils persistent au-delà du huitième jour. Puis, à partir du 3ème ou 5ème jour suivant l’ingestion des champignons, apparaît une hépatite aiguë toxique, constante, qui peut soit rester infra clinique, purement biologique et/ou histologique, soit se traduire par une insuffisance hépatocellulaire aiguë grave et non spécifique, avec subictère ou ictère généralisé, tendance aux hémorragies, purpura, prurit, pouvant faire craindre une évolution fatale.»

La prise en charge

Il est en général assez facile d’envisager le diagnostic de cette intoxication, car «la plupart des malades signalent spontanément la consommation récente de champignons recueillis par eux-mêmes ou par leurs proches,» souligne le Dr Kamoun. Dans cette éventualité, il convient de mener de front une enquête mycologique qui, dans certains cas, apportera la certitude de l’intoxication fongique, et un interrogatoire portant sur les circonstances de l’intoxication et les symptômes présentés par le malade et éventuellement son entourage, afin de formuler un pronostic de gravité et d’adopter la conduite à tenir.»