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Au pays des figues de Barbarie : Bordj Hefaiedh

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Au pays des figues de Barbarie : Bordj Hefaiedh

« Où il y a des figues, il y a des amis » dit un proverbe espagnol. « Le mariage est comme le figuier dont les premières figues sont bonnes mais dont les tardives ne valent rien. » dixit une citation française. « La seule façon de se protéger, c’est d’être un oursin ou une figue de Barbarie » dit un proverbe marocain…
Chez nous, la figue de Barbarie est souvent désignée comme le sultan des fruits.

par Kamel Bouaouina

Un sultan qui agrémente notre patrimoine, notre culture mais aussi les marchés et les rues.
Exposées dans des brouettes, des caisses en carton, dans des seaux, les figues de Barbarie sont proposées aux amateurs.
Le calibre et la couleur rouge ou jaune permettent de prime abord d’affirmer que ces fruits sont arrivés à maturité. Baie charnue de forme ovale, la figue est recouverte d’une peau vert-jaune, épaisse et irrégulière, à manipuler avec précaution car les petits points présents sont en fait les traces des épines qu’on enlève en général avant la vente.
Riches en vitamines, elles recèlent des vertus médicinales et cosmétiques et constituent de bonnes recettes dans notre cuisine.
Le figuier de Barbarie est originaire du Mexique. Importée en Europe au 17ème siècle par les conquistadors espagnols, la plante s’est plus que développée sur le pourtour méditerranéen et en Tunisie.
Du côté de Beni Oueil et Bordj Hfaiedh, la route offre une véritable image de carte postale de ces villages entourés de figuiers de Barbarie. Là, on peut admirer les longues tiges, en forme de palette, recouvertes de piquants. En saison, elles sont ornées de belles fleurs qui donnent naissance à des fruits savoureux. De couleur jaune, orange, vert ou rouge, ces fruits ornent les vergers de ces beaux villages. « La qualité est exceptionnelle. La bonne quantité de pluies et l’ensoleillement estival alliés à un sol calcaire ont permis aux figues de bien pousser et dans de conditions idéales » estime un jeune fellah de Turki.

Au royaume des figues de Barbarie

Sur la route Grombalia-Tunis, un panneau métallique annonce le village de Bordj Hfaiedh. Là, vous pourrez vous arrêter pour admirer la beauté du site où souvent les fellahs eux-mêmes vous recevront, parleront avec passion de leurs cultures et aussi de leurs soucis, vous révéleront les secrets de ce fruit et prendront plaisir à vous en faire manger. Pour le peler, il suffit de couper une rondelle de chaque extrémité, puis pratiquer une incision peu profonde dans la peau sur toute sa longueur et tirer dessus. Délicieux ! Ce fruit, qui demande peu de soins et d’entretien, s’accommode aux terrains rocailleux et incultes. Il connaît un engouement sans pareil de la part des consommateurs et constitue une activité commerciale en vogue surtout pour les jeunes de la région. Cette plante est peu exigeante. Une fumure organique améliore la croissance et accroît le calibre des fruits.
En dehors de la mouche des fruits, on ne lui connaît comme ennemis que les cochenilles. Couvrant 400 hectares, la production est estimée cette saison à 3200 tonnes. Arrondies, allongées, rouges, violettes, ou jaunes, ces figues de Barbarie changent de forme et de
couleur suivant qu’elles soient primeurs ou qu’elles arrivent plus tardivement dans la saison. Sur la route, des fellahs et intermédiaires exposent leurs produits.
D’un geste délicat, ils découpent l’écorce, extirpent le fruit et l’offrent aux passants.
Ce fruit ne coûte pas cher : un dinar le kg. « Mais tout dépend de la qualité et du calibre » estime Hédi qui essaie de vanter la qualité de ses figues !

Des vertus médicinales et cosmétiques

La figue de Barbarie est riche en eau, sucres, sels minéraux et vitamines A et C. Elle est utilisée pour combattre l’ulcère de l’estomac, le cancer et l’obésité, pour faire baisser le taux de glycémie chez les diabétiques, réduire le mauvais cholestérol. Généralement consommée fraîche, elle peut servir à la préparation de bien délicieuses gelées, compotes et pâtes de fruits. On reconnaît à son huile légère et non grasse des propriétés
nourrissantes pour toutes les peaux, des plus grasses aux plus sensibles. Il faut environ une tonne de figues de Barbarie pour produire un litre d’huile cosmétique. Cette huile 100% vierge est obtenue par pression à froid des graines. Limpide et de couleur jaune vert, cette huile a une légère odeur très spécifique qui s’estompe très rapidement à l’application. « C’est un réparateur cutané puissant protégeant ainsi la peau du vieillissement. En application le soir, sur le visage, le cou, le buste et les mains en massage circulaire, c’est un soin antiâge haut de gamme pour tous les types de peaux », précise un pharmacien de la région.

Des recettes à base de figues de Barbarie

La figue de Barbarie peut être mangée crue ou en gelée, en confiture, en purée, en pâte
de fruits, dans des salades de fruits, dans des desserts… Elle entre dans la composition de certains alcools et ses graines dans celle de farines. Ses « raquettes » se cuisinent comme un légume dans des ragoûts et des soupes… Très prisé par les Tunisiens, ce fruit commence à conquérir les marchés extérieurs.
L’exportation se fait vers l’Europe, notamment la France et l’Italie. Mais déjà, certains pays arabes sont intéressés par notre «sultan des fruits». On vient d’en exporter 10 tonnes vers la Libye et une tonne vers le Qatar où les consommateurs sauront se piquer au jeu de son déshabillage !

Les figues de Barbarie:

Le chef Rafik Tlatli en fait du « Robb ».

La récolte des figues de Barbarie arrivées à maturité est pour ce début du mois de septembre. Ce fruit exotique est très prisé par les consommateurs pour sa chair sucrée et savoureuse.
La figue de Barbarie se mange souvent telle quelle.
Pour la peler, couper une rondelle de chaque extrémité, puis pratiquer une incision peu profonde dans la peau sur toute sa longueur et tirer dessus. Une fois épluchée, on la fait cuire à feu doux jusqu’à la caramélisation du sucre que contient le fruit.
Ce liquide, plus connu en dialecte tunisien sous le nom de « robb », est une sorte de mélasse. Il ressemble au miel vu qu’il est onctueux. Les habitants du Sahel le mélangent à l’huile d’olive et l’apprécient avec du pain lors du petit déjeuner. Ce « robb » aromatise sorbets, yaourts, salades de fruits et divers autres desserts.