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Le bigaradier,l’empire des sens

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Le bigaradier,l’empire des sens

Pendant trois semaines, entre avril et mai, les petites routes paisibles du Cap Bon s’agitent et entrent en transe. Une effervescence odorante sature l’air; après le temps des olives arrive celui des fleurs d’orangers. Les orangers se parent de petites fleurs blanches odorantes, au parfum enivrant. Mais la plus prisée est la fleur de bigaradier : oranges amères ou «arang».

par Frida Dahmani

Originaire d’Asie mais connu depuis l’antiquité, l’oranger s’est adapté à tout le pourtour méditerranéen. L’oranger a été l’arbre dont les arabes ont orné l’Andalousie. On distingue les oranges comestibles, «Citrus Sinesis», des oranges amères «Citrus aurantium», qui signifie littéralement: le citron doré. La bigarade ressemble à l’orange mais n’est pas comestible comme fruit à cause de son amertume et son acidité. On la reconnaît à son écorce épaisse et rugueuse teintée de jaune ou de vert. Ce fruit est surtout transformé en confiture ou sirop. La fleur de bigaradier donne son expression maximale durant un laps de temps très court. Elle est si fragile que l’on craint aussi bien des pluies intempestives, des coups de vent ou simplement un pic de chaleur. Chacun de ces phénomènes climatiques, aussi banal soit-il, peut lui être fatal. La cueillette est tout un rituel

immuable qui a traversé les siècles; elle se fait à l’aube au moment précis où les fleurs sont en train d’éclore. Aucune mécanisation n’est possible car rien ne doit endommager les pétales extrêmement

fragiles. Les fortes proportions d’anthranylate de méthyle sont responsables de la note parfumée typique de la fleur d’oranger amer.

Un parfum de princesse

Les fleurs à peine cueillies, seront délicatement déposées dans des paniers pour être distillées dans la journée. On prépare les alambics, traditionnels ou modernes, pour extraire l’huile essentielle de la fleur de bigaradier. Ce mode d’extraction est dit par « entraînement à la vapeur ». En effet les cellules des fleurs, au contact de la vapeur d’eau gonflent, leur paroi explose et libèrent la quantité infinitésimale d’huile essentielle qu’elles contiennent. La vapeur d’eau transporte l’huile essentielle, un système de refroidissement transformera la vapeur d’eau en eau et ainsi la phase aqueuse et la phase huileuse vont se séparer. On obtiendra ainsi, l’eau de fleur d’oranger et l’huile essentielle dite néroli. Il faut 1000 kg de fleurs de bigaradier, cueillies soigneusement à la main pour obtenir 1 kg d’huile de Néroli. Cette essence à l’odeur capiteuse porte le nom de la duchesse Flavia Orsini, princesse de Néroli qui aimait s’en parfumer. Cette huile essentielle, très demandée en parfumerie, est un ingrédient de base de parfums célèbres et particulièrement ceux de la maison Guerlain dont le fameux « heure bleue ».

Le saviez-vous ?

Il ne faut jamais mettre à même la peau des huiles essentielles pures.

Il ne faut jamais s’exposer au soleil après un soin à base d’huiles essentielles

Les huiles essentielles sont aussi utilisées dans l’industrie agro alimentaire, elles parfument les pâtisseries industrielles mais aussi glaces et certains entremets.

Les huiles essentielles sont aussi présentes dans notre environnement, elles donnent aux bougies une odeur agréable et éloignent les insectes.

Une eau miraculeuse

Outre le néroli, la distillation produit un hydrolat, l’eau de fleur d’oranger, le fameux « zhar » dont toute famille possède une bouteille. Cette eau est miraculeuse. En usage externe, elle est un excellent antispasmodique et chasse les migraines. En boisson, elle donne de la sérénité à ceux atteints de la fatigue physique et intellectuelle, de surmenage, de nervosité et d’hypertension. Elle accompagne merveilleusement nos petits gâteaux et donne une saveur particulière au café turc Le néroli n’est pas l’unique huile essentielle qu’offre le bigaradier. En effet, l’huile essentielle extraite des feuilles de bigaradier, connue sous le nom d’essence de petit-grain bigarade, est liquide de couleur jaune pâle d’odeur douce et amère aux multiples vertus. En cosmétique on le recommande pour les massages relaxants car cette huile essentielle riche en acétate de linalyle aux propriétés sédatives et anxiolytiques. L’écorce du fruit n’est pas en reste, son zeste contient aussi une huile essentielle que l’on obtient par pression à froid pour ne pas la dénaturer, et, elle est très demandée en cosmétique et utilisée en pâtisserie. Les feuilles de bigaradier ainsi que les fleurs sont la base de tisanes calmantes et antispasmodiques. En infusion, elles sont toniques, fébrifuges et ont des effets remarquables pour les digestions difficiles, pour les neurasthénies, les insomnies. Comme l’olivier, rien n’est à jeter dans le bigaradier. Fruits, fleurs, feuilles tout se décline en diverses substances toutes bénéfiques. Ces arbres millénaires et généreux semblent nous transmettre une approche de l’harmonie à travers éléments salutaires et parfums envoûtants. On parle d’essence et ce n’est pas par hasard, le mot est à prendre dans toute sa force de sens et la langue arabe y fait écho en désignant l’essence par le mot « rouh ».