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Lait de chamelle : Boisson miraculeuse réservée aux initiés ?

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Lait de chamelle : Boisson miraculeuse réservée aux initiés ?
par Monia. Baup

Une bonne dose de lait de chamelle est un remède pour le corps humain.

L’Afrique est le premier éleveur mondial de chameaux avec plus de 14 millions de têtes sur 19 millions.

Rien d’étonnant. On connaît sur ce continent l’importance des camélidés dont on consomme aussi la viande et le lait.

En Mauritanie, par exemple, le lait de chamelle a pris un tournant industriel avec 10.000 litres par jour.
Mais les pasteurs arabes, maures, touaregs, peuls et toubous préfèrent l’option artisanale, à savoir, le boire cru dans l’ambiance et les odeurs du troupeau. Derrière le cul des chamelles, comme on dit!

En Tunisie aussi, les gens parcourent des kilomètres d’un bout à l’autre du pays pour s’en procurer, mais le marché reste discret par crainte d’en manquer si on divulgue les bonnes adresses!
Il arrive bien souvent que nos voisins libyens fassent le voyage pour venir en chercher chez nous et faire le plein.

Quelle est donc la réputation de ce breuvage ? Considéré comme tonifiant, véritable panacée, il est consommé avec parcimonie et ferveur par ceux qui l’appellent «l’or blanc».
Légèrement âpre au goût, assez épais au moment de la traite, le lait de chamelle possède plusieurs vertus thérapeutiques: il freine l’évolution du goitre, soigne les douleurs osseuses et musculaires, renforce le système cardio-vasculaire, apaise les douleurs de l’angine de poitrine, aide au drainage et à la protection du foie, et la liste n’est pas exhaustive quand on écoute les chameliers et les consommateurs!
Il est même précieux pour le teint et pourrait faire concurrence à bien des cosmétiques…

Cette réputation n’est pas surfaite si l’on réfléchit au mode de vie alimentaire des nomades du désert: comment font-ils en effet pour survivre sans fruits ni légumes, plusieurs semaines de suite, à l’heure où tout nous encourage à consommer cinq fruits et cinq légumes par jour pour vivre sainement et solidement…?
La réponse est claire: grâce aux vitamines contenues dans le lait de chamelle, qui constitue un aliment complet. Ses caractéristiques sont reconnues :

  • Une teneur en matière grasse naturellement basse, avec 40% de cholestérol en moins que dans le lait de vache.
  • Une faible teneur en sucre (lactose).
  • Autant de protéines que dans le lait de vache.
  • Une teneur en minéraux élevée: sodium, potassium, magnésium et iode, si celui-ci est présent dans l’alimentation de la chamelle.
  • Une teneur élevée en vitamine C: avec 3,5 mg par 100 ml, le lait de chamelle est celui à la teneur la plus élevée de toutes les espèces analysées.
  • Des protéines singulières et une composition originale des acides gras. Même acidifié, le lait de chamelle ne coagule pas, ce qui rend sa digestion aisée, et il se conserve longtemps La matière grasse est très difficile à séparer.

Le plus délicat n’est pas de le consommer, mais plutôt de passer les étapes d’un curieux parcours:

– Trouver le lieu où le troupeau paît au calme, avec des chamelles en gestation ou allaitant leur chamelon.

– Si le chamelier le veut bien, comme son animal!

– Et si vous n’êtes pas desservis par l’offre hallucinante de certains acheteurs capables de proposer 300 dinars cash pour 50 cl…

Une fois ces obstacles surmontés, il faut que l’animal accepte de fournir le nectar autrement que par jets sporadiques qui ne remplissent pas même un gobelet… car si les chameaux sont tranquilles et intelligents, on ne peut retirer aux femelles leur entêtement à refuser de se laisser traire…
Il faut négocier et alterner douceur, caresses et menaces prudentes…

La chamelle ne stockant pas son lait dans la mamelle, elle peut, par caprice ou par distraction, cesser de donner le lait, le distiller à l’envie, surtout si elle n’apprécie pas celui ou celle qui la trait! Elle renâcle, tord le cou, se dérobe, rue et bloque le flux jusqu’à se décider à nouveau.
Si vous êtes élus bénéficiaires de la traite, si mince soit-elle, négociez avec le chamelier une cure de 10 jours qui, si elle laisse sceptique certains scientifiques, n’a jusqu’à ce jour donné que des preuves salutaires…
En vous assurant au moins un apport de vitamines journalières inespéré. Quant au prix, il est tout à fait négociable, si vous êtes respectueux et convaincant!

L’affaire demande un minimum de persévérance, mais c’est la rançon de «l’or blanc»! Qu’on se le dise!

Où trouver ce prodigieux lait de chamelle ?

A vrai dire, il n’y a pas d’adresse… Il faut repérer les troupeaux de chameaux, se renseigner sur place pour savoir si des chamelles sont en gestation ou ont mis bas assez récemment (elles allaitent longtemps).
En général, vous les trouverez à proximité des hôtels, souvent en bordure des plages, en plein champ, comme à Bizerte à côté du Bizerta Resort. La plupart du temps, c’est le bouche-à-oreille qui transmet et valide l’information, entre initiés, ou quasiment par «parrainage».
Il faut être présenté au chamelier-fournisseur par un buveur de lait régulier! Toute une histoire, au demeurant fort sympathique, et dont les enjeux sur le plan de la santé sont loin d’être négligeables…