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L’apithérapie Ouf ! Ça pique !

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L’apithérapie Ouf  ! Ça pique !

Ridha Labidi n’est pas un médecin traditionnel. Passionné d’apiculture, il est devenu apiculteur après avoir passé douze ans aux USA. Son domaine apicole situé à Nabeul est le point de départ de ses recherches et des bienfaits qu’il procure. Elu président de l’association tunisienne des apiculteurs, il a tenu à courir le monde pour découvrir comment les autres cultures utilisaient la ruche. Et c’est en 1994, à l’occasion d’un voyage en Suisse, à Lausanne, qu’il a découvert l’apithérapie…

par Florence Pescher

Depuis, il n’a cessé de se former et de s’informer en participant notamment à des réunions de médecins européens sur les thérapies par l’abeille. Car en réalité toute la ruche est concernée… le miel que l’on connaît bien est bénéfique pour les maux de gorges, les problèmes respiratoires ; le pollen, bizarrement guérit l’asthme et les allergies, mais a aussi une action sur le cholestérol et les problèmes de prostate ; la gelée royale apporte vitalité ; la cire est plutôt utilisée pour l’usage domestique ; la propolis, élément essentiel, attaque les cellules cancéreuses, « des études très sérieuses menées actuellement aux Etats-Unis notamment ont démontré l’efficacité de la propolis sur le cancer du colon », explique Ridha Labidi.

Et dernier sur la liste des constituants de la ruche à soigner : le venin, un remède miraculeux qui guérit les maladies chroniques auxquelles la médecine classique n’a pas trouvé de réponse.

C’est le cas des migraines, de l’arthrose, des rhumatismes, de certaines maladies de peau, de l’alopécie, des varices et varicosités et même de la dépression. Car le venin de l’abeille a des vertus calmantes, anti inflammatoire, analgésique…

L’apipuncture donc est l’utilisation des piqûres d’abeilles pour des indications thérapeutiques. Certains pays, comme la Russie, reconnaissent l’apithérapie et particulièrement l’apipuncture comme une médecine officielle, il existe par exemple en Chine des hôpitaux spécialisés dans l’apipuncture et reconnus par l’Etat. Ce n’est pas le cas ici, l’OMS refuse de reconnaître les soins par la ruche comme une technique médicale allopathique et donc l’apithérapie est considérée comme une médecine douce, ou alternative. De très nombreuses associations dans le monde œuvrent cependant à la reconnaissance de la pratique notamment en France, au Japon, en Allemagne, aux USA, en Roumanie…

Ridha Labidi exerce depuis 20 ans, en plein centre ville, sans jamais avoir été inquiété ni empêché même si le conseil de l’ordre tunisien ne le reconnaît pas comme médecin. Il a créé l’association tunisienne des médecines naturelles qui comprend également la phytothérapie, le Riki… Pour lui, cette médecine alternative qui n’utilise pas de produits chimiques est avant tout une médecine naturelle.

Comment se pratique l’apithérapie concrètement ?

On prend à l’aide d’une pince médicale une abeille dans la ruche, on l’appose sur des points précis en fonction de la maladie du patient, une légère pression et l’abeille pique laissant son dard et son venin. La ruche présente dans le cabinet présente une face fermée (côté cabinet) et ouverte sur la fenêtre pour permettre aux abeilles d’aller butiner et de revenir.

Nous nous inquiétons avant de poursuivre l’entretien du risque de réactions graves liées aux piqûres d’abeilles, mais Ridha Labidi se veut rassurant. « D’abord dit-il les réactions très graves n’interviennent que très, très, rarement, à titre d’exemple, je vous dirai que dans une étude américaine récente, on a dénombré que sur 2 millions de décès par an (toutes causes confondues), seuls quarante sont dus à des piqûres d’insectes, serpents et autres bestioles, dont les abeilles, ce qui représente très peu de cas… de plus, les réactions les plus importantes sont souvent plutôt dues aux piqûres de guêpes dont le venin est beaucoup plus fort et pas du tout de même nature».

Pour autant il ne s’agit pas de prendre des risques donc la première séance est une séance test, où Ridha Labidi ne pratique qu’une seule piqûre et observe les réactions qui n’arrivent que dans un cas sur mille, pas de raison donc de s’inquiéter outre mesure.

Puis M. Labidi établit pour chaque patient un protocole qui varie selon sa pathologie. Le protocole prévoit en général de 5 à 20 séances à raison de deux par semaines. La première séance (après le test), comprend 3 piqûres, puis le praticien multiplie par 2 le nombre de piqûres à chaque séance.

Les piqûres renforcent le système immunitaire et certains patients font même des cures préventives, arguant que les apiculteurs seraient les gens en meilleure santé. On a également remarqué son intérêt dans le traitement du psoriasis et d’acné sévère ; pour ces deux indications, on extrait le venin des abeilles et on l’applique comme un masque.

Est ce douloureux ?

Hélas oui, très douloureux, autant ne pas le cacher. Mais cette douleur ne dure qu’une minute trente ; pour les gens qui souffrent de maladie chronique préfèrent sentir la piqûre et après 2 minutes ne plus rien sentir, voir leurs vieilles douleurs disparaître, cela est très encourageant.

Quels sont les effets du venin d’abeille ?

Le venin d’abeille contient des substances anti inflammatoires et analgésiques dix fois plus puissant que la morphine et contient même une substance corticoïde.

Le traitement des varices ?

Comme pour les autres pathologies, les abeilles piquent au niveau des veines apparentes. Après quelques séances, selon les patients, la veine n’est plus visible et la guérison est durable, sauf si les causes de la maladie sont récurrentes. En pénétrant dans la veine, le venin brûle ce qui gêne la circulation du sang, la veine se retend, le sang reflue et circule à nouveau. Rapidement, la veine reprend sa place initiale et la marque bleue disparaît.

L’apipuncture, pour qui ?

A l’exception des personnes allergiques, il n’existe pas de contre indications. L’apipuncture est cependant déconseillé aux femmes enceintes parce qu’on ne sait pas si les fœtus ne sont pas allergiques. En revanche pour les enfants même en bas âge, l’apipuncture est utilisé comme un vaccin mais la quantité de venin injectée est moindre, c’est à dire que le praticien retire immédiatement le dard alors que pour un adulte il est laissé plusieurs minutes. Le nombre de gouttes de venin est donc réduit.

70% des patients ont entre 50 et 90 ans.

Pratique

Dubitative je l’avoue, lorsqu’à la fin de l’entretien, un jeune homme d’une vingtaine d’années se présente pour une énième séance, je ne résiste pas à la curiosité d’observer la séance et de l’interroger. Le jeune souffre d’une alopécie précoce et subite, depuis quatre mois il a eu recours à l’apipuncture, directement sur son crâne chauve et, force est de reconnaître que sous mes yeux j’ai pu constater la repousse des cheveux sur presque toute la totalité de la tête. Malgré la douleur, le patient content de retrouver des cheveux, a affirmé être prêt à continuer le traitement.

Ridha Labidi reçoit tous les jours sans rendez-vous de 9h à 18h sauf dimanche. Sans rendez-vous mais les patients qui entament un protocole, ont un planning précis à respecter. Par exemple s’ils choisissent une consultation le lundi, ils devront impérativement venir pour la deuxième séance le jeudi. La séance coûte 5dt quelque soit le nombre de piqûre.