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Le vrai faux du soja

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Le vrai faux du soja

En Tunisie, on trouve, dans les rayonnages des grandes surfaces, de plus en plus de produits à base de soja, cette plante, cousine du haricot, qui nous vient des régions chaudes du sud-est de l’Asie. Petit zoom sur ce nouveau venu dans nos cuisines.

par Myriam Bennour Azouz

Parmi les principaux composés du soja, on peut citer les phyto-œstrogènes, présents dans un grand nombre de produits végétaux, le soja en contenant des quantités particulièrement importantes. Il faut préciser qu’il existe plusieurs types de phyto-oestrogènes, dont les isoflavones dans le soja.

Bien que n’étant pas des hormones, elles appartiennent à la catégorie des polyphénols (et non des stéroïdes dont les œstrogènes font partie), on parle de phyto-œstrogènes car ces molécules ont des structures semblables à celle des œstrogènes, dont elles peuvent occuper les récepteurs cellulaires et induire un effet physiologique similaire, quoique bien moins important. Mais quels effets ont-ils sur notre organisme ?

Soja et ménopause : offrez-vous une pause

Dans ce cas, ces phyto-œstrogènes permettraient de restaurer une légère activité œstrogénique et de réduire les symptômes dus à la chute du taux d’œstrogènes comme la sécheresse vaginale, les bouffées de chaleur…

De ce fait, on peut contrer les sautes d’humeur liées à la ménopause grâce un apport nutritionnel en phyto-œstrogènes !

Soja et cancer : des effets hormonaux à double tranchant

La consommation de soja pendant l’enfance (après 3 ans) et l’adolescence aurait un effet protecteur par rapport aux cancers.

Sans gluten et sans lactose, le soja est d’un précieux secours pour les allergiques.
Il renferme une grande quantité de protéines, de glucides, de lipides, de vitamines A et B, de zinc, de potassium, de phosphore, de fer, de calcium et de magnésium.

En Tunisie, on retrouve le soja dans divers produits alimentaires : sauce soja mais aussi certains biscuits ou gaufrettes (vérifiez les ingrédients !) disponibles en grandes surfaces. Mais on peut le trouver également en pharmacie sous forme de complément alimentaire.

Elle pourrait ainsi réduire les risques de cancer (sein, utérus, prostate), selon certains scientifiques, alors que selon d’autres experts elle pourrait les augmenter. Les avis divergent. Ces effets œstrogéniques ne sont pas sans conséquence, en particulier chez certaines populations : la grossesse, l’allaitement et la jeune enfance (moins de 3ans) correspondent à des périodes particulièrement sensibles aux phyto-œstrogènes, responsables d’une forte croissance cellulaire et d’un développement précoce des organes sexuels (à l’origine de malformation, anomalie de fertilité).

Certains considèrent que la consommation de phyto-œstrogènes en quantités importantes est suspectée d’être un facteur aggravant des cancers hormono-dépendants, surtout en cas d’antécédents familiaux. Les phyto-œstrogènes auraient une action proliférative sur les cellules cancéreuses, raison pour laquelle leur consommation est souvent déconseillée pour les personnes atteintes de cancer.
La grossesse, l’allaitement et la jeune enfance correspondent à des périodes particulièrement sensibles aux phyto-œstrogènes.

Effets sur la glande thyroïde

La consommation exagérée de soja est également susceptible de déséquilibrer les traitements hormonaux en cas d’hypothyroïdie, créant un besoin accru de thyroxine, et nécessitant souvent d’augmenter les doses du traitement. Il est donc conseillé d’exclure tout produit à base de soja chez les personnes présentant une hypothyroïdie, traitée ou non.

Les produits au soja ne sont pas sans danger sur la santé. Pour l’adulte, en pratique, il est conseillé de se limiter à la consommation d’un seul produit à base de soja par jour.

En ce qui concerne la consommation tardive (à l’âge adulte), les avis des scientifiques divergent (les résultats des études cliniques aussi) et il est bien difficile d’y voir clair…selon les études, l’apport de soja ralentirait la synthèse de l’hormone thyroïdienne si les apports en iode sont insuffisants. Mais d’autres études ont montré que si l’apport en iode est correct, aucun impact du soja sur le fonctionnement de la thyroïde n’est constaté.

Le soja et autres maladies

De part leur composition, les aliments à base de soja sont riches en fibres et en acides gras polyinsaturés. Ils contribuent ainsi à réguler favorablement le bilan lipidique, favorisant la baisse du cholestérol. La diminution des triglycérides reste plus aléatoire.

Les isoflavones de soja semblent avoir une action favorable sur les vaisseaux sanguins en renforçant leur tonicité, avec, en conséquence, une baisse du risque cardiovasculaire.

Les isoflavones de soja ont une action protectrice vis-à-vis du capital osseux.
Cet effet bénéfique ne se produirait que pour une consommation déjà conséquente (de l’ordre de 45 à 55 mg/jour). Les doses supérieures n’ont pas fait preuve de leur innocuité. L’amélioration du bilan lipidique contribue également à diminuer le risque cardiovasculaire.

Les isoflavones de soja ont une action protectrice vis-à-vis du capital osseux, en limitant la résorption de l’os. L’apport calcique doit parallèlement être satisfaisant.

Des effets au cas par cas

En fonction de la flore intestinale de chacun, du régime alimentaire et de la prise de médicaments (antibiotiques notamment), les isoflavones peuvent être activées, ou non. Ainsi, il semblerait que chez certains individus, la consommation de soja n’ait aucun effet sur l’activité œstrogénique, les isoflavones n’étant pas activées.

On peut contrer les sautes d’humeur liées à la ménopause grâce un apport nutritionnel en phyto-œstrogènes !

Ceci pourrait expliquer en partie que certaines études cliniques n’aient pas pu mettre en évidence l’efficacité de la consommation d’isoflavones sur l’atténuation des bouffées de chaleur et la réduction du risque d’ostéoporose, chez la femme ménopausée

En conclusion…

Devant l’absence de consensus scientifique (il faudrait mener d’autres études), chacun est libre de se faire son opinion. On peut néanmoins supposer que la consommation de soja, en quantités raisonnables (par exemple un produit au soja 2 à 3 fois par semaine), et en l’absence d’antécédents de cancer hormono-dépendant, a des effets bénéfiques et protecteurs chez les adultes. Les femmes enceintes devraient néanmoins éviter les phyto-œstrogènes, par mesure de précaution.