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Sommes-nous égaux face au cancer du sein ?

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Sommes-nous égaux face au cancer du sein ?

Il s’agit bien sûr ici d’une question rhétorique ; bien sûr que nous ne sommes pas égaux face au cancer en général, mais au cancer du sein non plus. Il y a des personnes à l’hygiène de vie irréprochable mais qui sont atteints et d’autres qui profitent pleinement sans penser au lendemain ni à leur santé et qui demeurent indemnes. C’est que l’apparition de cette maladie est liée à un certain nombre de facteurs de risques.

par Myriam Bennour Azooz

L’âge

Même si le cancer du sein peut survenir à n’importe quel âge, il est vrai que le risque d’apparition augmente avec le vieillissement. En effet, il est rare qu’une personne de moins de 30 ans soit touchée. On note une augmentation du risque de survenue presque au double chaque 10 ans jusqu’à la ménopause, pour atteindre 85 % des cas d’atteinte survenant à 50 ans ou plus. Par la suite, la courbe de risque diminue légèrement.

Le sexe

A-t-on besoin de le dire, si vous êtes une femme, vous avez plus de risque qu’un homme de contracter le cancer du sein. Vous avez bien lu, plus de risque oui, cela veut dire que les hommes ont eux aussi une chance d’avoir le cancer du sein, 1 % de chance pour être précis et encore, cela concerne les hommes de plus 60 ans. On comprend par là, que les 99 % autres cas de cancer du sein sont des femmes. Oui, la vie est injuste !

L’hérédité

Nous sommes au regret de vous dire que si des cas de cancers du sein sont déjà connus dans votre famille (sœur, mère ou fille), cela augmente vos « chances » de développer la maladie à votre tour. Pas drôle comme héritage, hein ? (j’aurais préféré un beau collier de perles comme tout le monde !). Pour être plus clair, le risque augmente de deux fois chez les femmes dont les proches ont développé un cancer du sein avant 50 ans. Ainsi, le danger augmente avec la diminution de l’âge d’apparition de la maladie. Il est à noter que le danger augmente aussi avec le nombre de personnes atteintes au sein de la même famille. (On parle ici de risque avec un grand « R » quand il s’agit de parents linéaires, c’est-à-dire mère, grand-mère, fille).

Le cycle de vie

Le cycle de vie, -c’est-à-dire l’apparition des règles, le temps qu’on les a, puis leur disparition- influe aussi, paraît-il, sur la prévalence du cancer du sein. En effet, pour une personne qui aura eu une puberté précoce et une ménopause tardive, la période durant laquelle son corps aura secrété des hormones sera plus longue. C’est ce qu’on appelle une exposition accrue aux œstrogènes naturels. De ce fait, une femme dont la ménopause serait survenue naturellement après 55 ans a 2 fois plus de risque d’être atteinte qu’une femme touchée par la ménopause avant 45 ans.

Absence ou retard de grossesse

L’absence de grossesse ou même une grossesse à un âge tardif pour le premier enfant risquent d’augmenter les risques de survenue du cancer du sein par rapport à une femme devenue mère dans l’âge de la vingtaine. Il faut savoir tout de même que l’augmentation du risque est significative pour les femmes ayant plus de 35 ans au cours de leur première grossesse. Plus encore, certaines recherches laissent supposer que l’allaitement aurait un rôle protecteur par rapport à l’apparition du cancer du sein avant la ménopause. Et c’est très bénéfique pour bébé, d’une pierre deux coup, et hop !

Facteurs environnementaux

Des études épidémiologiques ont pu révéler de grandes différences aussi bien au niveau de l’incidence et de la mortalité vis-à-vis du cancer du sein d’un pays à un autre. Elles ont ainsi démontré que les cas de cancer du sein au Japon et à Hawaï sont 5 fois plus rares que dans les pays de l’ouest. Une étude similaire a été réalisée sur des migrants de ces pays, et il s’avère que leurs taux s’adaptent à ceux de leur pays d’accueil. Ce fait souligne le rôle important que jouent les facteurs environnementaux, même s’ils n’ont pas encore été proprement identifiés. On parle de manière générale de pollution.

L’obésité

Les chercheurs n’ont pas été en mesure d’identifier un lien direct et précis entre l’hygiène de vie et l’apparition du cancer du sein. Ainsi, on n’est pas en mesure d’affirmer si une alimentation trop riche en graisse, ou encore une consommation d’alcool ou de tabac aurait un effet dans ce sens. Par contre ce que l’on sait, c’est que le fait d’être en surpoids augmente considérablement les risque de contracter la maladie. L’obésité est un facteur de risques à ne pas ignorer pour le cancer du sein, peu importe la période de vie où elle survient : adolescence ou âge adulte, le risque est le même. Vous savez ce qui vous reste à faire ? Bougez ! Non seulement une activité sportive régulière vous permettra de perdre vos kilos en trop, mais en plus, on dit que 5 h de sport par semaine diminuerait les risque du cancer du sein de 25 % ! Dans le doute, bouger fait toujours du bien, alors, remuons-nous !

Antécédents personnels

Le fait d’avoir contracté soi-même le cancer du sein, augmente significativement les risques d’une récidive. Il est d’ailleurs fortement conseillé d’écouter les conseils de son médecin traitant qui, selon la forme de la maladie contractée, vous conseillera des contrôles à une fréquence donnée. Faites-lui confiance, il sait mieux que quiconque ce qu’il fait !

Une radio trop tôt

Les recherches essayent toujours d’identifier les facteurs de risques responsables de l’apparition de cette maladie, mais souvent, le chemin vers la confirmation est trop long. C’est pour cela que, le plus souvent, ce qu’on a à se mettre sous la dent, c’est des hypothèses. En voilà une autre : les femmes qui ont reçu des radiations (des rayons X d’intensité élevée) à doses élevées au thorax avant l’âge de 30 ans, ont un risque accru de voir apparaître un cancer du sein. Dans le doute, nous dit-on soyez prudentes !

L’avis du spécialiste Dr Yosr Hamdi, Docteur en médecine moléculaire, Laboratoire de génome biomédicale et oncogénétique, Institut Pasteur

Le cancer du sein, comme le cancer des ovaires et celui de la prostate, est ce qu’on appelle homono-dépendant, c’est-à-dire qu’il dépend des hormones que l’on secrète dans notre corps, à savoir l’œstrogène et la progestérone. Cela veut dire aussi que ce sont là des cancers qui sont liés. On sait aujourd’hui qu’il y a pour le cancer, le facteur héréditaire. On parle donc d’une personne à risque si deux de ses parents linéaires (c’est-à-dire père, mère, enfant) ont contracté l’un de ces cancers et non pas n’importe quel autre type. Parmi les autres facteurs de risque, il y a l’obésité, l’âge et la densité mammaire (cela ne veut pas dire forte poitrine).

Mais le travail que nous réalisons ici concerne la recherche des mutations touchant certains gènes et étant responsables de l’apparition du cancer du sein. La communauté scientifique affirme que 5 à 10 % des cancers du sein ont une origine héréditaire, mais cela peut être sous-estimé.

Notre travail concerne donc ces 5 à 10 %. Actuellement, nous avons identifié deux gènes : le BRCA1 et le BRCA2 dont nous avons formellement identifié les mutations liées au cancer du sein. Nous estimons néanmoins qu’il doit exister encore une dizaine d’autres gènes non encore connus, mais nous y travaillons.

Une part de notre travail consiste dans diagnostic et le dépistage tout en aidant les oncologues dans leur suivi des patientes. En effet, le médecin peut demander une analyse génétique que nous réalisons ici, c’est le diagnostic. S’il s’avère qu’il existe une mutation d’un des gènes BRCA1 ou BRCA2, cela peut orienter le médecin vers un type de traitement, ce qu’on appelle le traitement personnalisé. Aussi, si la patiente est intéressée, elle peut demander à ce que des analyses génétiques soient réalisées pour ses proches, on parle ici de dépistage. On saura alors si un proche est porteur, il aura dans les 80 % de risques de contracter lui-même la maladie. Grâce à ce dépistage, il lui sera conseillé des contrôles réguliers, et si la tumeur apparaît, elle pourra être retirée très précocement, et éviter ainsi les traitements lourds tel que la chimio.

Bon à savoir :
La recherche peut sauver des vies, donnons à la recherche contre le cancer du sein à travers leurs deux associations de soutien :
– REACT
– AFSOMA-Ariana