Etre une Femme

Chirurgie plastique réparatrice ou esthétique … Même combat ?

Publié le
Chirurgie plastique réparatrice ou esthétique … Même combat ?

Entre la chirurgie plastique réparatrice et la chirurgie plastique esthétique, l’amalgame est souvent fait, pourtant
une différence de taille les sépare.

par Jaouida Ben Aouali

En effet, alors que la première, à l’origine d’une spécialité particulière de la médecine interventionnelle, émane
d’une nécessité vitale pour le patient, la seconde est liée à une question purement esthétique. Pourtant, il arrive souvent que la frontière entre les deux disparaisse, lorsque l’intégrité physique est en jeu ou lorsque le facteur psychologique devient un argument important dans l’équilibre d’une personne.

Quelle différence existe-t-il entre le recours à l’une ou l’autre de ces deux interventions ?

Avant de chercher à l’établir, attachons-nous au préalable à définir chacune d’entre elles, puis tentons de déterminer dans quelle mesure elles se rejoignent pour se fondre dans une seule et même finalité.

Et l’homme créa la chirurgie plastique

La chirurgie plastique existe depuis fort longtemps et remonte à 2000 ans avant Jésus-Christ avec les Indiens qui
réalisaient déjà des rhinoplasties.
Les Romains, quant à eux, ont aussi commencé à s’y intéresser en intervenant sur les paupières vers le 1er siècle avant JC, tandis que les Byzantins opéraient les becs de lièvre au 4ème siècle après JC.
La chirurgie était cependant très mal perçue par l’Eglise qui y était totalement réfractaire, d’autant que les populations étaient très religieuses en ces temps-là.

Bien qu’à la Renaissance des tentatives de relance de la chirurgie plastique aient été faites, elles péchèrent par erreurs multiples et manque de technique. Ce fut toutefois la période des premières diffusions de cette pratique, grâce à l’émergence de l’imprimerie, qui avait permis une meilleure connaissance des procédés chirurgicaux du monde arabo-musulman.
C’est aussi durant cette période que Gaspare Tagliacozzi Trigambe (1546-1599), médecin italien considéré comme le créateur de la chirurgie faciale, trouva la technique pour greffer la chair du bras sur le nez, les lèvres ou les oreilles mutilés. Une technique utilisée bien plus tard sur les « gueules cassées » lors de la Première Guerre mondiale.

Bien que l’Eglise contestât toujours la transformation artificielle du corps, la chirurgie plastique connut un renouveau au XIXème siècle à la faveur de l’évolution scientifique avec laquelle la chirurgie a été améliorée, dépassant les interventions rudimentaires et douloureuses.

C’est avec la Guerre mondiale de 1914-1918 que la chirurgie réparatrice a trouvé tout son sens, en particulier dans les interventions maxillofaciales, développées à cause des horribles mutilations subies par les soldats, lors des combats. Ayant fait ses preuves en limitant les traces laissées par les blessures profondes, la chirurgie réparatrice s’est ensuite attachée à refermer des plaies de grande dimension ou à reconstruire des os écrasés, certains soldats se retrouvant sans bouche, sans joues ou sans yeux, d’où l’attribut de « gueules cassées » inventé par le colonel Picot, le premier président de l’Union des Blessés de la Face et de la Tête.

La chirurgie réparatrice a ainsi accompli de grands progrès grâce aux innovations trouvées par les médecins pour réparer des blessures jamais rencontrées auparavant.
La population de blessés grandissant sans cesse, le Service de Santé des armées connut un grand développement, aboutissant à de meilleures conditions sanitaires et à de meilleures techniques chirurgicales, ainsi qu’à l’introduction de l’assistance d’un anesthésiste.

Après le développement phénoménal qu’a connu la chirurgie réparatrice au niveau du visage lors de la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale l’a vue s’étendre à tout le corps, faisant tomber toutes les réticences qu’elle suscitait depuis ses débuts.

Les procédés de réparation les plus anciens correspondent aux greffes par prélèvement d’un site donneur et par implantation dans un site receveur. On peut greffer la peau, le cartilage, de l’os, de la graisse, des tendons, des cheveux.

Elle répare, elle remplace

Les causes de l’intervention du chirurgien plasticien sont, chez l’adulte, les tumeurs, les traumatismes, les pertes de substance, et chez l’enfant, les malformations (fentes labio-palatines ou becs de lièvre), on parle alors de chirurgie plastique, dite morphologique, où la non intervention entraîne des risques de détériorations mentales : dans ce cas, il y a nécessité de réparer la fonction et la forme ou la forme et la fonction.

De façon générale, la chirurgie plastique touche à toutes les parties du corps, à ses tissus, exception faite des viscères (cerveau, coeur, poumons, organes digestifs), elle s’adresse aux cavités et aux parois viscérales (peau, graisse, muscles, tous les plans biologiques, os compris). Elle est à l’interface avec de nombreuses autres disciplines : dermatologie et chirurgie de la peau, gynécologie et chirurgie mammaire, chirurgie digestive et chirurgie de la paroi abdominale ou bariatrique, etc.
Il existe donc une association entre la nécessité de restaurer une fonction et sa forme ou son apparence.

Il arrive que la réparation de la fonction d’un organe prédomine celle de l’aspect mais s’agissant de la face, l’esthétique est en soi une fonction car une personne défigurée souffre d’un réel handicap.
Quand on procède à une chirurgie des tumeurs de la face, l’impératif esthétique est primordial.

• Le premier recours à la chirurgie plastique reconstructrice intéresse la chirurgie des tumeurs de la peau et de
celles du sein, le cancer du sein étant le plus fréquent chez les femmes puisqu’il touche une femme sur mille.

• La deuxième cause de recours à la chirurgie plastique réparatrice est liée aux traumatismes comme les brûlures
et les paralysies.
Les paralysies relèvent d’un problème de fonction et c’est ce sur quoi va être axée la chirurgie plastique :
restaurer, tout au moins en partie, une fonction grâce à une greffe de nerfs et de tendons, on parle alors de chirurgie palliative des transferts tendineux car on transfère ces deux éléments prélevés dans le corps sur une fonction plus importante.

• La troisième cause à l’origine de la chirurgie plastique sont les malformations physiques, fort nombreuses, et les malformations psychiques, beaucoup plus rares.
En matière d’anomalies psychiques ou, plus exactement, d’inversions du genre, il s’agit d’individus de sexe apparent ayant, par exemple, un morphotype d’homme et qui se sentent appartenir au sexe opposé. Il n’y a aucune connotation sexuelle ni aucune perversion dans la demande du vrai transsexuel mais la seule intervention possible
dans ce cas est palliative et concerne le sexe apparent du corps.
Après deux à trois évaluations psychiatriques par un spécialiste et une évaluation endocrinienne poussée, le chirurgien procède au transfert du sexe en transformant l’attribut masculin en attribut féminin et vice versa.

Pour ce qui est des malformations physiques, la chirurgie plastique a connu des progrès spectaculaires, particulièrement en matière de chirurgie crânio-faciale dans les années soixante.
L’intervention aborde alors l’ensemble du squelette de la tête, à la fois le crâne et la face, et son remodelage entraîne également celui des muscles et de la peau. De cette façon, chez les enfants, l’on rapproche les orbites oculaires, l’on répare une fente faciale, une scaphocéphalie ou élongation excessive du crâne, une asymétrie faciale.

La chirurgie plastique réparatrice consiste donc à reconstruire et corriger certaines parties du corps affectées par une malformation, un accident ou une maladie. Dans cette optique, le rôle du chirurgien plasticien est alors
indispensable. Il intervient auprès des grands brûlés qui, après les soins médicaux, nécessitent une greffe de peau, sachant que celle-ci implique le retrait ou excision de tous les tissus nécrosés de la zone brûlée afin d’éviter tout risque d’infection et de septicémie, puis une greffe de peau prélevée dans une zone saine du corps, généralement le cuir chevelu, la face interne des bras et des cuisses.

Par ailleurs, la prise en charge des tumeurs malignes implique souvent une collaboration interdisciplinaire, en particulier dans le cas du cancer du sein, cet organe symbole de l’intégrité physique de la femme et de sa féminité, et là la chirurgie plastique reconstructrice joue un rôle essentiel.
La chirurgie plastique touche à toutes les parties du corps, à ses tissus, exception faite des viscères (cerveau,
coeur, poumons, organes digestifs), s’adressant également aux cavités et aux parois viscérales (peau, graisse,
muscles, tous les plans biologiques, os compris).

Elle est à l’interface avec de nombreuses autres disciplines : dermatologie et chirurgie de la peau, gynécologie et chirurgie mammaire, chirurgie digestive et chirurgie de la paroi abdominale. Il y a association entre la nécessité de restaurer la fonction et la forme, la forme et la fonction.

Une chirurgie nommée désirs

La chirurgie, dite esthétique, n’est qu’une des nombreuses applications de la chirurgie plastique et répond aux
besoins des personnes qui souhaitent modifier leur aspect sans qu’une pathologie ou ses séquelles n’en soient la
cause. Elle est alors voulue, non pas en tant que soin réparateur, mais par désir de changer son apparence, soulevant un problème complexe : être mal dans sa peau du fait d’une apparence qui ne correspond pas à l’idée que l’on se fait de soi ou attribuer son mal-être à son apparence alors que la cause est plus profonde.

Dans le premier cas, la chirurgie plastique est un acte chirurgical qui soulage les malaises psychologiques car, en atténuant ou éliminant les complexes, elle réconcilie certains avec l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, contribuant au recul du syndrome dépressif et améliorant la qualité de vie.
Ce qui est d’autant plus important que la pression sociale, en imposant certains critères physiques comme standards de beauté, est très forte avec l’avènement de l’image comme facteur de réussite, tant sociale que professionnelle. En effet, l’intérêt grandissant porté au schéma corporel est une idéologie véhiculée par les médias (télévision,
publicités, magazines) qui imposent, à travers des images et des mots, un modèle de beauté mais aussi celui d’un statut social qui y est associé. Le corps devient alors à la fois apparence et support de valeurs.
Pour ce qui est du malaise profond, la chirurgie esthétique n’est peut-être pas la solution vers laquelle l’on doive s’orienter. D’autres réponses peuvent en effet être apportées, comme celle de l’aide d’un psychologue ou d’un
psychiatre pour déterminer les raisons profondes du mal-être, ou pour que la personne parvienne à s’accepter telle qu’elle est.

Les facteurs affectifs peuvent également jouer un rôle : être aimé même si l’on ne répond pas aux canons du top modèle de l’heure aide forcément à s’accepter. Ce malaise peut pourtant atteindre des proportions exagérées, voire pathologiques, et l’on parle alors de dysmorphophobie, ce trouble psychologique caractérisé par une préoccupation ou une obsession excessive concernant un défaut dans l’apparence.

Les personnes souffrant d’une telle obsession ont une image déformée ou dégradée d’elles-mêmes et des craintes déraisonnables de rejet à cause de l’interprétation qu’elles font de leur apparence et du regard des autres.
Elles demandent fréquemment à recourir à la chirurgie esthétique et aux praticiens de détecter chez elles cette anomalie comportementale, les amenant à refuser de réaliser l’intervention demandée.

En situation normale et sans altérations de l’équilibre psychique, les demandes concernent très souvent la silhouette, la lipoaspiration étant la technique la plus utilisée, non pas pour un amaigrissement mais pour un remodelage. Vient ensuite la chirurgie mammaire, celle-ci pouvant être une nécessité dans le cas de la réduction mammaire, même si elle reste d’un point de vue esthétique, car une poitrine volumineuse peut entraîner des problèmes au niveau du dos.

Quant à la chirurgie plastique esthétique du visage, c’est un domaine où les impératifs de fonction et de forme sont les plus impérieux. La chirurgie esthétique est alors fondamentalement celle de la forme mais la fonction est ici celle d’une nécessité, plus ou moins sérieuse, psychologique. A ce niveau, le médecin a la responsabilité de dire au patient ce qu’il est raisonnable ou non de faire, chaque geste ayant sa propre morbidité (cause à l’origine de conséquences néfastes pour la santé) et entraînant un certain nombre de risques.

Il est donc du devoir du praticien d’informer le patient non seulement des suites normales d’une intervention mais aussi de ses complications fréquentes, voire exceptionnelles, suite à quoi un délai de réflexion d’au moins quinze jours est nécessaire pour une prise de décision ferme en faveur de la chirurgie, c’est ce que l’on appelle le consentement éclairé, car les complications existent, même si elles sont gérables.

Par contre, l’injection directe de silicone dans le corps est totalement proscrite car l’action est irréversible, pouvant provoquer une inflammation et des douleurs sans traitement possible.

Quant aux prothèses en silicone, des études ont démontré qu’elles n’engendrent aucun risque pour la santé, mis à part le scandale lié aux prothèses PIP.

Par ailleurs, toute personne désirant recourir à la chirurgie esthétique doit présenter un profil psychologique adapté à une intervention, la finalité étant la satisfaction de résultat.