Etre une Femme

Un enfant, si je veux quand je le veux

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Un enfant, si je veux quand je le veux

A l’occasion de la célébration de la Journée nationale de contraception, l’Office National de la Famille et de la Planification (ONFP) a organisé, en partenariat avec le ministère de la Santé publique et le ministère du Sport, de la femme et de la famille, une journée scientifique intitulée « la contraception, un choix pour protéger votre santé et votre avenir », à l’hôtel Africa, à Tunis.

par Chiraz Bouzaeien

Les travaux de cette journée inaugurés par le ministre de la Santé et clôturés par la secrétaire d’Etat chargée de la femme et de la famille, invitent les spécialistes à s’arrêter sur le parcours de la Tunisie en matière de politique contraceptive afin de réfléchir, désormais, sur les défaillances et les solutions envisageables.

L’avortement en Tunisie a été légalisé depuis l’année 1973.

Par conséquent, les femmes tunisiennes ont le droit d’avoir un avortement dans les conditions qui sont préconisées par la loi. « Il faut savoir que l’avortement médicalisé est très important dans le cas de la lutte de la mortalité maternelle.

Dans les pays où l’avortement n’est pas légalisé, les femmes qui ne désirent pas une grossesse vont avoir recours à des méthodes clandestines qui très souvent se soldent soit par un décès, soit par une morbidité et des fois par une stérilité et une infertilité », a déclaré Dr. Rim Ben Aissa, gynécologue obstétricienne et déléguée régionale de l’ONFP.

Les produits de contraception sont autorisés à la vente en Tunisie depuis 1961.

La mesure avait notamment été prise dans le cadre d’une politique officielle visant à maîtriser le taux d’accroissement de la population, quelques années après l’abolition de la polygamie en 1956.

En 2012, la Banque mondiale évaluait que 63 % des femmes tunisiennes mariées et en âge de procréer faisaient usage de contraceptifs. En 2011, 67 % des Marocaines étaient dans le même cas. Ces moyennes sont nettement au dessous des Britanniques 84 % ou des Chinoises 88 %, mais bien au dessus des femmes du Niger 14 %. Mais alors que le taux d’utilisation des contraceptifs n’avait cessé d’augmenter de 1978 (31 %) à 2001 (63 %), il aurait stagné puis baissé (60 % en 2006).

Le Dr Hédia Belhadj, présidente de l’Association pour la coopération, l’échange des connaissances et l’expertise pour l’accès universel à la santé, a donné un aperçu de la situation mondiale sur l’utilisation des services de santé reproductive y compris la contraception.

Aujourd’hui, en dépit des avancées observées de notables contraintes continuent à priver les femmes de leurs droits d’accès aux méthodes contraceptives.

Près de 80 % des pays dans le monde exigent une ordonnance médicale pour la vente des pilules contraceptives. En Afrique, ce moyens contraceptif est dépourvu de toute subvention ce qui le rend inabordable pour les femmes à faible revenu.

Par ailleurs, si la loi tend de plus en plus à libérer l’avortement ou l’interruption volontaire de la grossesse, elle semble négliger le dossier de la contraception.

La revue de 2014 du Programme d’Action de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD), qui s’est tenue au Caire en 1994, montre que 222 millions de femmes dans le monde aimeraient arrêter ou espacer leurs grossesses mais n’ont pas les moyens de le faire ni l’accès aux services de planification familiale.

Par conséquent, il y a un très grand nombre de femmes dans le monde qui ont des besoins non satisfaits : presque le quart d’un milliard. Le Programme d’Action et beaucoup d’autres instruments et des conventions internationales reconnaissent l’importance des droits humains dans la prestation des soins de santé de la reproduction y inclus la contraception.

Ce qui est en retard par rapport à tous les progrès qui ont été réalisés dans le domaine de la santé en général de la femme et de l’enfant, c’est d’assurer quatre choses à la fois par rapport aux services de la santé reproductive.

Il faut que les services soient (1) disponibles, (2) accessibles, à la fois physiquement, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas à une distance trop grande de la personne qui va les utiliser, et leurs coûts abordables, (3) acceptables du point de vue culturel, et qu’ils répondent aux besoins et aux désirs des femmes et des jeunes et (4) qu’ils soient de bonne qualité.

Dans la revue du rapport sur les 20 ans depuis la CIPD, la disponibilité des services a progressé de façon limitée ces 5 à 10 dernières années, a subi une stagnation, ou même une régression dans les pays en situation humanitaire d’urgence.

Le problème de l’accès peut être en relation avec des barrières dans le foyer, c’est le cas du mari ou de la belle-famille qui s’oppose à l’utilisation par la femme d’une méthode de contraception moderne. Cela traduit la situation dans le monde en général, mais de tels exemples se retrouvent également en Tunisie.

Un critère important de l’accès se rapporte aux résistances et le manque de sensibilité du personnel de la santé (infirmières, sages-femmes, techniciens de santé, etc.) dans les hôpitaux ou les cliniques.

L’amélioration de l’accès aux méthodes contraceptives

En Tunisie, l’augmentation de 1 point par an observée dans l’utilisation des méthodes de contraception moderne entre 1978 et 1995 (la prévalence allant de 24.8 % a 49.8 % de femmes mariées entre l’âge 15-49 ans) a été suivi d’une stagnation avec une utilisation qui reste aux alentours de 50 % en 2011, par conséquent sans changement depuis 1995.

On remarque par ailleurs depuis une vingtaine d’années beaucoup moins de campagnes d’information en faveur de la planification familiale et des prestations disponibles.

Il est important de remettre en place des stratégies pour la promotion de la contraception en tant que droit pour la santé de la femme et de la famille, car elle prévient les décès maternels et du nouveau-né, et en tant que mesure d’équité afin d’assurer que toutes les femmes, quel que soit leur niveau socio-économique, d’éducation ou de résidence puissent choisir et utiliser une méthode qui leur permet d’atteindre le nombre désiré d’enfants.

Vu les progrès enregistrés dans plusieurs domaines du développement économique et social, il n’y a aucune raison que la Tunisie ne puisse pas atteindre les niveaux enregistrés au Brésil par exemple, qui montre un taux de contraception moderne de 77 %.

Comme mentionné, pour une utilisation optimale par les femmes et les hommes, les services doivent être disponibles, accessibles physiquement, et économiquement.

Ils doivent être acceptables culturellement, et de bonne qualité. Les problèmes de logistiques peuvent être facilement corrigés, tels que les ruptures de stock. Les femmes sont souvent renvoyées chez elles sans méthode de substitution, ce qui entraîne une grossesse non désirée. Mais l’un des éléments négatifs sur l’acceptation des méthodes est lié aux aptitudes du personnel de santé, à la fois techniques et de communication.

Faire participer la femme, c’est lui proposer un choix informé et ne pas lui imposer une méthode qui conduirait à un abandon. L’une des causes d’abandon est en relation avec des effets secondaires mal expliqués par la personne qui prescrit.

En outre, certaines populations n’accèdent pas facilement à l’information et aux services de contraception, tels est le cas des jeunes, des adolescentes, des femmes non mariées, une tranche qui ne cesse d’augmenter en raison du report de l’âge au mariage.

En Tunisie les services en santé de la reproduction sont presqu’exclusivement orientés vers les besoins des femmes mariées et excluent les populations vulnérables, telles que les personnes vivant avec le VIH/Sida, celles vivant dans les zones rurales, les migrants, les déplacés. A présent, le grand nombre de familles déplacées de Lybie exigent de la part des services de santé une compréhension des besoins de cette communauté.

Les recommandations

La contraception est une composante de la santé de la reproduction. C’est un élément essentiel de la santé. Par ailleurs, les droits à la contraception découlent des droits humains.

Il faut continuer les efforts en Tunisie en matière d’éducation et pour la mise en place de services et de prestation de services de qualité. Avoir atteint un niveau de fécondité qui assure le remplacement de la population comme l’a montré le recensement de la population en 2014 ne veut pas dire que la planification familiale n’est plus nécessaire.

Bien au contraire, il faut doubler les efforts pour pallier à la stagnation de l’utilisation des services et surtout pour répondre aux besoins des femmes de couches défavorisées et des populations vulnérables.

Le gouvernement et la société civile doivent travailler ensemble pour remettre sur l’agenda des priorités nationales de santé des stratégies innovantes et vigoureuses pour améliorer l’accès a la contraception pour toutes et pour tous, au delà de 2014 et pour les décennies à venir.