Etre une Femme

Si jeune et déjà retouché !

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Si jeune et déjà retouché !

Pourquoi vouloir changer d’apparence lorsqu’on est adolescent et qu’on a toute la vie devant soi ? Nos jeunes s’expriment …

par Salem Djelassi

Pourquoi vouloir changer l’apparence physique lorsqu’on est jeune ?

Question de bon sens pour certains, superflue pour d’autres mais, la réponse la plus récurrente et qui nous semble la plus plausible est que les jeunes d’aujourd’hui sont une génération de l’image, des spots publicitaires, des clips vidéo et du sacro-saint web. Oui, les représentations du corps dépendent des conditions sociales dans lesquelles nous évoluons et de nos moyens de communication, essentiellement aujourd’hui où le web et les réseaux sociaux ont carrément bouleversé la représentation que nous nous faisons de nous mêmes de notre corps.

Prenons l’exemple de Facebook et son rapport à l’image de soi.

Leila nous dit  » dès que je me prends en photo, je me sens dans l’obligation de la mettre sur mon profil ». Voici un réflexe devenu caractéristique de notre jeune génération, on aime « montrer » et se « montrer « . Partout  où on va, vacances ou soirées privées, on se prend en photo et on balance le tout sur les réseaux sociaux à tel point que notre définition devient dépendante de nos activités et de nos photos (quelquefois dans l’intimité de la famille) et qui constituent un langage de communication avec les autres. Ce qui équivaut à dire en quelque sorte  « je suis mes photos ».

La publicité et le cinéma n’ont pas épargné nos jeunes en termes d’images. L’idéal du corps qu’elles offrent est toujours un rêve à réaliser par tous les moyens même s’il faut recourir au bistouri … Voici l’histoire de Haykel qui depuis son enfance est subjugué par les corps hypermusclés des acteurs américains, des super-hommes auxquels il veut ressembler comme Hugues Jackman et des Jason Stantham… Mais  le problème c’est qu’il était encore très jeune pour faire de la musculation. À l’âge de 16 ans et contre le gré de ses parents qui craignaient pour le développement de ses os, il s’est inscrit dans une salle de musculation et il s’est mis à pousser les fontes frénétiquement. Au bout d’un an et de plusieurs tendinites et déchirures dues à une mauvaise connaissance du sport, il constate que, contrairement à ses bras et à ses abdos, ses pectoraux n’ont pas  » poussé » comme il faut. Pour lui, c’était une question d’honneur, surtout que l’été de ses 18 ans est aux portes et que bientôt tous les hommes arboreront des pectoraux musclés sur les plages. Il exige alors de ses parents de lui payer un voyage en Angleterre qu’il a organisé avec ses amis au printemps sous prétexte de  » séjour linguistique « . Mais la motivation de ce voyage était autre : Haykel a eu recours à une chirurgie qui n’existe pas encore chez nous: l’implantation des pectoraux en silicone pour les hommes. Et ce fut un succès. Le jeune homme a passé un été agréable avec des pectoraux de culturiste professionnel. Aujourd’hui, il ne regrette toujours rien, mais, depuis qu’il a entendu que les implants mammaires en silicone ont provoqué des cancers chez les femmes en France, ses nuits ne sont plus aussi paisibles qu’auparavant.

Même opération, avec l’aval des parents cette fois, que Leila a subie : implants de fesses en silicone  puisque cette partie du corps a acquis un statut de noblesse dans la séduction moderne. Autre opération très prisée par les jeunes filles de nos jours (la mode du pantalon l’exige) c’est le fait d’intervenir chirurgicalement pour enlever la chair à l’intérieur des cuisses pour que le fameux triangle d’or qui laisse passer la lumière lorsqu’une femme est debout soit le plus dégagé possible. Une opération très lourde de conséquences à ce qu’il paraît et dans laquelle beaucoup de jeunes filles sont prêtes à foncer. Des opérations très sophistiquées… Sinon la chirurgie esthétique chez ces demoiselles est un acte très courant en Tunisie.
Selon un spécialiste, les opérations »monnaie courante » concernent des anomalies mammaires : seins trop petits ou inexistants chez des jeunes filles entre 16 et 18 ans, seins très tombants, sans être hypertrophiés, qu’elles appellent «seins de vieilles» , des anomalies au niveau du nez, considéré comme inesthétique : trop grand, bossu… des déformations de la silhouette : culotte de cheval ou anomalies que les adolescents relient à une histoire familiale.

A tout prendre, les adolescents analysent assez bien leur problème. Ils ne veulent pas ressembler à une star. Ce qu’ils veulent, c’est se débarrasser d’un complexe. Au delà de l’approche psychologique ou psychanalytique, aujourd’hui, les adolescents sont informés des possibilités de la chirurgie esthétique. Dire à une jeune fille de 18 ans, alors qu’elle est complètement plate, qu’il faut attendre une grossesse pour éventuellement voir si le sein va se développer est un non-sens médical. Dire que la nature nous a fait beaux et qu’il faut la respecter ne passe plus.