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Péridurale: Un accouchement sans douleur, mais pas pour nous toutes

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Péridurale: Un accouchement sans douleur, mais pas pour nous toutes

L’image d’une femme qui accouche est systématiquement associée à celle d’une femme qui hurle de douleur, les cheveux en pagaille, toute en sueur et qui pleure. Les réalisateurs de films se surpassent pour nous donner une vision très réaliste de l’évènement jusqu’à en terroriser les futures mamans. Apparemment ils n’ont pas encore entendu parler de la péridurale. Très appréciée de beaucoup de spécialistes, elle suscite encore certaines craintes chez le commun des mortels. Alors petites précisions pour démystifier cette baguette magique qui fait de l’accouchement un pur moment de bonheur.

par Hajer Missaoui

La péridurale constitue actuellement la méthode d’analgésie la plus efficace du point de vue obstétrical. Le médecin anesthésiste réanimateur introduit un cathéter entre deux vertèbres lombaires dans la partie inférieure du dos, en dessous de la moelle épinière jusque dans l’espace péridural, d’où le nom de la technique. Le cathéter est alors fixé dans le dos de la patiente par un adhésif et doit rester en place jusqu’à l’accouchement.

Pourquoi est-elle moins efficace pour certaines ?

Malgré les promesses de soulagement offertes par la péridurale, il arrive certaines fois que l’anesthésie ne marche pas. Cet échec peut être attribué à différentes causes dont notamment :

– Un manque de technicité ou d’expérience de l’anesthésiste lui-même qui peut faire que le cathéter n’est pas installé au bon endroit.

– Un problème anatomique chez la patiente, comme l’obésité ou une déformation de la colonne vertébrale au niveau lombaire.

– Un manque de coopération de sa part, pouvant provoquer une délocalisation du cathéter.

– Une hyperalgie de la parturiente qui rend les analgésiques peu efficaces chez celle-ci.

– Un problème au niveau de l’analgésie elle-même qui peut être asymétrique, plus importante d’un côté que de l’autre.

– Un avancement trop rapide du travail qui ne laisse pas le temps à l’analgésique d’agir.

– Un retard dans la pratique de la péridurale.

Quand la péridurale constitue-t-elle une contre-indication ?

Il y a bien entendu certaines situations où la péridurale ne peut être utilisée, les plus importantes étant :

– Les troubles de l’hémostase qui constituent la contre indication majeure à cette technique. C’est pour cela que faire un bilan de contrôle des facteurs sanguins et plus particulièrement des plaquettes est très important.

– Le refus de la parturiente : le médecin n’a pas le droit de la pratiquer sans son accord préalable.

– Les cardiopathies décompensées.

– Un état septique qui risque de contaminer l’espace péridural lors de l’introduction du cathéter et provoquer des infections très graves.

– L’hyperthermie, quelque soit son étiologie

– Les situations où il y a eu une intervention antérieure sur le rachis

– Les hypertensions intracrâniennes

– Tout type d’infection localisée au niveau du point de ponction.

La péridurale est une technique d’anesthésie loco- régionale destinée à supprimer ou à atténuer les douleurs liées à l’accouchement et si besoin, à en faciliter le déroulement.

Et après ?

Il y a des effets secondaires dus à la technique elle-même et d’autres aux produits injectés, à savoir les anesthésiques locaux, responsables d’une toxicité nerveuse et cardiaque et qui peuvent entraîner une hypotension artérielle, et les morphiniques qui peuvent occasionner un prurit(démangeaison) ou une rétention urinaire et provoquer dans certains cas une détresse respiratoire qui peut apparaitre plusieurs heures après l’accouchement. Une erreur au moment de la ponction peut engendrer hématome périmédullaire qui sera alors responsable de lésions neurologiques graves pouvant donner des paralysies dans les cas extrêmes.

Il a aussi été rapporté que les hémorragies du post partum étaient plus fréquentes chez les femmes ayant subi une péridurale. Mais la complication la plus fréquente, ce sont les céphalées qui peuvent être rebelles et nécessiter un traitement spécifique.

Péridurale et douleurs lombaires

Bien souvent après l’accouchement, la jeune maman se plaint de douleurs du bas du dos. On en impute la cause à la péridurale. Ce raisonnement est faux puisque ces lombalgies touchent aussi bien celles qui ont subit cette intervention que les autres. Elles sont en faite la conséquence de la grossesse elle-même : poids du bébé, assouplissement des ligaments des vertèbres lombaires, élargissement du bassin. De toute façon il n’y a pas de quoi s’alarmer car ces douleurs finissent par disparaitre dans les mois qui suivent l’accouchement.

Un acte médical à ne pas sous estimer

La péridurale est un acte médical non dénué de danger et une préparation préalable doit se faire.
Toute femme enceinte atteignant le neuvième mois de grossesse doit subir une consultation d’anesthésie préalable car de façon générale, on ne peut pas prévoir comment va se dérouler l’accouchement. La patiente rencontre le médecin anesthésiste qui la prendra en charge pendant son accouchement pour un entretien préliminaire. Il se doit de lui expliquer le principe de la péridurale et de l’informer des risques éventuelles qui lui sont attribués. C’est à la future maman de prendre la décision de pratiquer ou non cette technique d’analgésie. Une fois d’accords sur le principe, le médecin anesthésiste va l’examiner pour vérifier son état de santé et relever d’éventuelles contre indications. Il va également lui demander de réaliser un bilan sanguin, pour vérifier surtout s’il n’y a pas de problème au niveau de l’hémostase, les problèmes de coagulation constituant une contre indication majeure à la péridurale.

Pr Abdelmajid Daoud: Anesthésiste réanimateur, ancien chef de service et enseignant à la faculté de médecine de Tunis

Une intervention qui n’est pas dénuée de risques

La péridurale est une technique qui a révolutionné le domaine de l’obstétrique. Elle permet à la future maman de profiter de son accouchement et de ne pas l’assimiler à une expérience traumatisante. Comme toute intervention, elle n’est pas dénuée de risques. Mais lorsqu’elle est appliquée dans les bonnes règles de l’art, les avantages et les bienfaits qu’elle apporte sont nettement plus importants que les inconvénients. Il reste cependant indispensable que la patiente prenne sa décision en étant convenablement informée.