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Petits conseils pour une grossesse sereine en étant diabétique

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Petits conseils pour une grossesse sereine en étant diabétique

Pour chaque femme, la grossesse est vécue avec beaucoup de bonheur, mais aussi avec quelques craintes : est-ce que mon bébé sera en bonne santé ? Est-ce que l’accouchement se passera bien ? Toutes ces appréhensions sont plus importantes encore quand il s’agit d’une femme diabétique dont la grossesse est fragile. Pour mieux répondre à ces interrogations nous reviendrons sur le suivi de cette grossesse précieuse.

par Amel Mnakbi

Tomber enceinte oui, mais pas n’importe quand

Si, à une époque assez récente, le corps médical était réticent quant à la possibilité d’une grossesse pour la femme diabétique et y mettait des conditions drastiques (l’âge, un seul enfant, une césarienne…), ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il n’en demeure pas moins important, pour une femme diabétique, de programmer sa grossesse et s’y préparer. Avant tout, il faut équilibrer la glycémie et la stabiliser pour la simple raison qu’une glycémie non stabilisée peut entraîner des fausses couches et même des malformations congénitales chez le bébé. Une complémentation en acide folique peut être aussi nécessaire, avant la grossesse, pour éviter d’éventuelles malformations.

Les règles d’or pour une grossesse sans risques malgré le diabète

Avant tout, il est impératif pour la femme enceinte diabétique d’être suivie par un médecin, voire même de coordonner le suivi entre les deux spécialistes : le diabétologue et l’obstétricien. Il lui faut, au préalable, faire certains examens médicaux (une analyse du taux de l’hémoglobine glyquée et un fond de l’œil pour arriver à déceler une rétinopathie que la grossesse pourrait aggraver si elle n’est pas prise en charge à temps).

En début de grossesse, il est primordial que la femme enceinte diabétique se prenne en charge, dans le contrôle de sa glycémie et respecte rigoureusement les horaires des prises d’insuline. Rappelons que la femme diabétique du type 2, non insulinodépendante, devra remplacer ses antidiabétiques oraux par des injections d’insuline et ce, tout au long de la grossesse. Pendant le premier trimestre de grossesse, la femme enceinte sera inévitablement sujette à des hypoglycémies suivies par des hyperglycémies. Il lui faudra donc suivre un régime alimentaire strict, à savoir, prendre 3 repas par jour à heure fixe, éviter les produits hyperglycémiants et gras, s’hydrater suffisamment… Durant le 3ème trimestre de grossesse, la femme enceinte, atteinte du diabète, développe une insulino résistance; cette situation doit être scrupuleusement suivie par le diabétologue, afin d’arriver à trouver le bon dosage insulinique. Sachant que l’insuline ne franchit pas la barrière placentaire, le bébé recevra des quantités importantes de sucres, ce qui tend à le faire grossir (le bébé des femmes diabétique pèse en général avant terme autour de 5 kg). Dans ces conditions, la grossesse ne pourra pas être portée à terme; afin d’éviter une souffrance prénatale et d’éventuels risques obstétricaux, l’accouchement est alors provoqué. Si les tentatives d’accouchement échouent, la césarienne devient inévitable.

Pour un après grossesse serein

Le post partum demeure également une phase délicate pour la mère diabétique et son bébé. À sa naissance, le nouveau-né présente, dans beaucoup de cas, une hypoglycémie qu’il faut prendre en charge. Le fait est que, dans la vie in utero, le bébé dépend de la glycémie de la maman, via le cordon ombilical. Après la naissance, ce n’est plus le cas. Si, en fin de grossesse, la mère est en hyperglycémie fréquente, par exemple, le bébé produit plus d’insuline pour compenser. Après l’accouchement, le pancréas hyperplasique du bébé va continuer à produire beaucoup d’insuline. Même si ses besoins insuliniques baissent après l’accouchement, il n’en demeure pas moins que la maman continuera à avoir des hypoglycémies et ce, en particulier pendant la période d’allaitement qui consomme beaucoup de calories.

Nul besoin de rappeler les bienfaits du lait maternel pour la santé du nouveau-né. Les femmes diabétiques peuvent allaiter, d’autant que l’allaitement accroît la dépense énergétique et a un effet positif sur la perte de poids et l’équilibre glycémique de la mère. Cependant, il y a des précautions à prendre pour que l’allaitement se passe dans de bonnes conditions : il faut avant tout surveiller les hypoglycémies qui peuvent être soudaines et violentes, avoir du sucre à portée de main si elles surviennent pendant la tétée, boire abondamment et augmenter la ration calorique si la mère ne souffre pas de surpoids. Pour les mères diabétiques du type 2, les injections d’insuline continueront à être faites pendant la période de l’allaitement. La reprise des antidiabétiques oraux se fera une fois que la maman décidera de ne plus donner le sein à son bébé.

En début de grossesse, il est primordial que la femme enceinte diabétique se prenne en charge, dans le contrôle de sa glycémie et respecte rigoureusement les horaires des prises d’insuline.
Il faudra donc que la femme diabétique suive un régime alimentaire strict, à savoir prendre 3 repas par jour à heure fixe, éviter les produits hyperglycémiants et gras, s’hydrater suffisamment.

3 questions à docteur Sélima Akrout, endocrinologue

1-Quelles sont vos recommandations à vos patientes diabétiques enceintes ?

Avant tout, je tiens à revenir sur les différents types de diabète. Nous comptons trois types de diabètes : le diabète de type 1 ou insulino dépendant où le corps ne produit pas ou peu d’insuline pour réguler le taux de sucre dans le sang. Le diabète de type 2, diabète qui survient plus tard dans la vie de l’individu adulte; ce diabète se caractérise par un problème de captation de l’insuline dans le corps. Tout se passe, comme si le corps ne reconnaît pas l’insuline et donc ne l’utilise pas. Enfin, le diabète de type 3 qui est un diabète occasionnel qui se déclare au moment de la grossesse ; de ce fait, nous l’appelons diabète gestationnel; il est réversible ou pas, tout dépend de l’organisme de la patiente. Maintenant, revenons aux patientes diabétiques gravides, peu importe le type de diabète dont elles souffrent. Les recommandations sont les mêmes. Il faut qu’elles se prennent en charge elles-mêmes, en ce qui concerne les mesures de glycémie quotidienne, qu’elles apprennent à avoir une hygiène de vie exemplaire. J’entends par hygiène de vie exemplaire, le respect des horaires des prises alimentaires, des injections d’insuline et du régime hypoglycémiant qu’on leur propose. C’est uniquement ainsi que l’on peut équilibrer durablement son diabète et éviter des complications, aussi bien à la mère qu’à son enfant.

2-Beaucoup de femmes diabétiques vivent avec la hantise de transmettre le diabète à leur enfant. Comment les rassurer ?

Je tiens à rappeler que le diabète n’est pas une maladie contagieuse !!! Donc pas de panique ! Il n’en demeure pas moins que, le diabète peut avoir des facteurs héréditaires. Une mère peut transmettre génétiquement une certaine prédisposition à développer un diabète à son enfant. Cependant, l’apparition de la maladie n’est pas certaine; en fait cela dépend de l’organisme de l’individu et de son hygiène de vie. Un sujet ayant un facteur génétique (parents diabétiques), en surcharge pondérale, sédentaire et tabagique a de fortes chances de développer un diabète beaucoup plus qu’un sujet ayant la même prédisposition génétique mais n’ayant pas de problèmes de surpoids ni de tabagisme.

3-Avec les progrès de la science, nous avons à disposition de nouvelles méthodes pour réguler les prises insuliniques, je pense, en particulier, à la pomme à insuline, qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que les progrès techniques nous apportent des solutions innovantes qui aident à vivre au quotidien avec une pathologie comme le diabète. Toutefois, la pompe à insuline reste assez inaccessible pour plusieurs raisons. En premier, l’aspect pécuniaire; en effet, cette pompe est excessivement chère, de plus elle n’est pas prise en charge par la sécurité sociale.

Ajoutons à cela que sa manipulation reste assez difficile et nécessite un apprentissage technique assez pointu. Bien qu’elle existe depuis plusieurs années, cette pompe n’est pas utilisée massivement, même dans les pays industrialisés (aux États Unis qui détiennent le record mondial d’utilisation de cette pompe, elle n’est utilisée que pour 30 % des patients diabétiques !). Notre objectif premier est d’assurer au patient diabétique une qualité de vie se rapprochant le plus possible de la « normale » et je ne pense pas que l’utilisation de cette pompe s’inscrive dans cette démarche.