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Seins: reconstruire après un cancer

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Seins: reconstruire après un cancer

Pour aider à se reconstruire après un cancer du sein, il y a des décisions difficiles à prendre dans l’angoisse et dans l’urgence. Chaque patiente doit pouvoir disposer d’un minimum de temps de réflexion pour choisir la technique dont elle peut bénéficier. Certes, elle peut en parler à son mari, son chirurgien, son psychologue mais elle ne doit jamais accepter de reconstruction si elle n’y est pas prête. La décision lui appartient…

par Samantha Ben-Rehouma

L’avantage d’une reconstruction immédiate, c’est que la patiente ne subit qu’une seule intervention majeure. En revanche, avec une reconstruction secondaire, la patiente dispose d’un temps de réflexion pour faire le deuil de son apparence « d’avant » et ses exigences esthétiques sont alors plus souples.

Quelle intervention choisir ?

Le choix du type de reconstruction dépend du type de cancer, de la morphologie de la patiente et de l’état de sa peau. Par exemple, la reconstruction immédiate est vivement recommandée dans les cas de cancer in situ (sans métastase) ou au stade 1, c’est-à-dire de petite taille.

La prothèse d’expansion

Si l’on ne sait pas quel type de reconstruction choisir, ou si ce n’est pas possible dans l’immédiat, on peut avoir recours à une prothèse d’expansion, un « ballon expandeur ». Cette technique utilise le potentiel élastique de la peau et des muscles pour étirer petit à petit la peau. Le chirurgien place en arrière du muscle pectoral une poche qui sera gonflée progressivement (tous les mois) avec du sérum physiologique. Cette opération permet à la patiente de s’habituer à l’idée d’une reconstruction, et avec le chirurgien, elle pourra décider, en toute tranquillité, du type de reconstruction qui lui convient le mieux.

La prothèse en silicone

La reconstruction avec prothèse (en sérum physiologique et plus souvent aujourd’hui en silicone) est la technique la plus ancienne. Elle est simple et laisse peu de cicatrices.
Il faut parfois symétriser, c’est-à-dire harmoniser les deux seins, ce qui oblige à une opération sur l’autre sein pour obtenir une forme et un volume similaires. Si complication il y a, la prothèse doit alors impérativement être changée. Ce type de reconstruction concerne plutôt les femmes minces ou de corpulence moyenne, dont le muscle pectoral est sain. Cette opération est idéale pour les seins de petite taille.

Les reconstructions par injection de graisse

Lorsque les tissus sous cutanés thoraciques sont amincis par la mastectomie et/ou par la radiothérapie voire par la maigreur de la patiente, il devient délicat d’envisager la pose d’un implant sous des tissus aussi minces, ceci se solderait par une visibilité et une palpation des contours de l’implant qui, par ailleurs, serait mal toléré. La reconstruction par injection consiste à prélever du tissu graisseux sur la patiente. La graisse injectée est revascularisée par les tissus. Outre cet avantage, la graisse contient des facteurs de croissance vasculaire qui vont améliorer la trophicité et l’élasticité de l’ensemble des tissus locaux.

Les reconstructions avec des muscles du dos

La reconstruction à l’aide d’un muscle consiste à utiliser un lambeau musculo-cutané du grand dorsal (muscle du dos) avec ou sans prothèse. La très bonne vascularisation des lambeaux musculo-cutanés du grand dorsal rend cette technique fiable : les problèmes de nécroses ou autres sont rares.

Les grandes cicatrices (25 cm de haut et 5 cm de large) dans le dos sont l’inconvénient majeur. Cette technique provoque aussi d’importantes douleurs à l’endroit où le muscle a été prélevé car la peau s’accole aux côtes. Certaines patientes la refusent car elles estiment avoir déjà subi une opération traumatisante.

Les reconstructions avec des muscles abdominaux

Autre type de reconstruction à l‘aide d’un muscle : l’opération par lambeau abdominal (muscle grand droit). Elle est moins souvent pratiquée, car plus délicate, notamment en raison de la moins bonne fiabilité vasculaire de ce muscle. Le lambeau prélevé est positionné comme le serait un lambeau dorsal. En l’absence de complications, les résultats esthétiques sur le sein reconstruit sont beaux et durables, car la peau du ventre se comporte comme celle des seins (couleur et texture similaires). Cette intervention laisse toutefois un handicap musculaire (interdiction du port, de charges lourdes…) et une grande cicatrice sous l’ombilic. Elle nécessite aussi l’implantation d’une plaque, à l’endroit du muscle prélevé, pour reconstruire la paroi abdominale et assurer une protection des viscères.

Contre-indiquée aux femmes ayant déjà subi une opération sur l’abdomen, aux fumeuses, diabétiques, coronariennes, elle est une solution idéale aux femmes ayant un gros ventre et dont les muscles sont encore en bon état.

La reconstruction a du bon

La reconstruction du sein ne fait courir aucun risque carcinologique à la patiente, tant pour le risque de récidive locale ou générale, que pour la détection des récidives.

Les progrès réalisés en reconstruction du sein permettent d’obtenir des résultats esthétiques très satisfaisants, le taux de satisfaction des patientes est d’ailleurs proche de 90% à la fin de la reconstruction.

En cas de chimiothérapie ?

Ce traitement qui associe généralement plusieurs médicaments a pour objectif d’attaquer les cellules malades. La chimiothérapie n’abîme habituellement pas la peau et ne constitue donc pas une contre-indication à la reconstruction.

Qu’est ce que la tumorectomie ?

Intervention qui consiste en l’ablation de la tumeur tout en conservant la forme du sein, décidée quand la tumeur est petite.

Des solutions pour le mamelon

Il faut attendre plusieurs mois pour reconstruire la zone aréolo-mamelonnaire. Avant, on risque une asymétrie des deux mamelons et un mauvais emplacement de l’aréole. Celle-ci peut être reconstruite avec une greffe de peau prélevée sur les sillons génitaux cruraux (tout en haut des cuisses près de la vulve). Pour éviter les poils sur l’aréole, une épilation électrique définitive est nécessaire deux ou trois mois après la greffe. On peut aussi tatouer cette greffe afin d’obtenir la même couleur que l’aréole latérale. Pour le mamelon, il est parfois possible d’utiliser un bout de mamelon de l’autre sein, quand il est suffisamment volumineux.

Qu’est ce que la mastectomie ?

Egalement appelée mammectomie, cette intervention consiste en l’ablation totale du sein touché, pratiquée sur des tumeurs volumineuses.

En cas de radiothérapie ?

Il faut attendre au moins huit mois/ un an après l’arrêt de la radiothérapie avant de faire reconstruire le sein, sauf s’il s’agit d’une radiothérapie « en cadre » à savoir sur une petite partie du sein. La radiothérapie est l’unique contre-indication à une reconstruction immédiate car les rayons abîment la peau, la rendant rigide et dure, « scléreuse ».