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Ma vie de diabétique

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Ma vie de diabétique

Entre turbulences, aménagements, transformations et résistance, tout diabétique se doit d’organiser sa vie sociale et professionnelle avec cette maladie, jamais tout à fait résigné à céder à tous les impératifs imposés par elle, mais conscient pourtant de tout son poids !

par Myriam Bennour Azooz

Certains l’ignorent, mais lorsqu’on est diabétique, on vit avec jour et nuit, 24 h sur 24, et on le gère, pour éviter les conséquences néfastes à plus ou moins long terme. Vivre avec un état autant qu’une maladie, organiser son existence avec lucidité, sans pour autant dramatiser, c’est ce que nous raconte notre amie.

Je positive

Avoir un diabète a une influence sur votre vie quotidienne. Moi par exemple, j’ai longtemps refusé de reconnaître que cette maladie avait une incidence sur ma vie, notamment à l’adolescence (période de rébellion oblige), et cela a failli me coûter cher ! J’ai appris avec le temps à vivre « avec » et non « malgré » mon diabète ! Et je prévois des aménagements, par exemple lorsque je suis invitée chez des amis ou lorsque je sors dîner. Mais ce que je fais, c’est que je ne perds pas de vue l’idée que si je prends soin de moi aujourd’hui, c’est pour bien vieillir plus tard. Plus que quiconque, je me dois de garder une hygiène de vie irréprochable pour éviter les complications !

Vais-je prendre ma voiture aujourd’hui ?

C’est la question que je me pose quasiment chaque matin. Cela dépend de plusieurs petites choses. Il faut que je me jauge, que je me juge et que je me dose ! Ceux et celles qui, comme moi, font beaucoup d’hypoglycémies comprendront ce point ; autant les hyperglycémies me donnent des coups de massue et viennent avec leur lot de symptômes, autant l’hypoglycémie arrive sans crier gare et je tombe, sans m’en rendre compte !

Je dois donc faire toujours très attention, et je demande la même chose à mon entourage. Bah oui, mes proches peuvent remarquer des signes dont je ne suis pas consciente ! A chaque fois que je veux donc prendre la route, je fais en sorte d’être la plus stable possible. Oui, cela fait beaucoup varier mon emploi du temps, mais je préfère me dire que cela me rend imprévisible auprès de mes amis !

Ma séance de sport quotidienne

Même avec un emploi du temps surchargé, je fais en sorte de me consacrer au moins une demi-heure de sport par jour. Bon, c’est vrai que bien souvent, je dois jongler un peu : je contrôle ma glycémie au bureau, je profite de la pause déjeuner pour marcher un peu, je vais à l’épicerie à pied en en profitant pour passer mes coups de fil. Et j’y arrive ! Il faut dire aussi que cela me donne une excellente excuse pour jouer plus longtemps avec mes petits bambins !

Ce soir, je sors dîner

Entre les collègues et les amis, les dîners sont fréquents et les occasions de sortir nombreuses. Avant, je trouvais cela indélicat de commander un menu spécial à mon hôte. Mais après, je me suis rendu compte que ça l’était bien plus de laisser la moitié de mon assiette au dîner. Alors depuis, je n’hésite pas, je préviens ! Et vous savez quoi ? Les gens sont très réceptifs et sont même heureux de demander ce qui nous plairait ! Des fois, lorsque je sais que je vais sortir, ou que mon hôtesse est un cordon-bleu, j’essaie d’être plus que modérée en journée et le lendemain pour me permettre un petit écart en soirée, mais chut ! Ne le répétez pas !

Mon rendez-vous chez le dentiste

Caries, gingivites et parodontites sont mes plus grandes ennemies ! Je ne manque jamais mon rendez-vous biannuel chez mon dentiste ! Mes copines m’envient toutes mon si joli sourire et mes dents blanches n’ont pas d’égales ! Il faut dire que le diabète crée un déséquilibre qui engendre ces problèmes dentaires pouvant avoir de lourdes conséquences ! Cela peut entraîner une infection buccale généralisée, voire la perte des dents, non merci très peu pour moi. C’est paraît-il à cause d’une salive plus sucrée et d’une moins grande résistance aux infections microbiennes qui nous rendent, nous diabétiques, plus vulnérables aux infections bucco-dentaires.

Je partage mes bonnes habitudes

C’est valable pour le sport oui, pour l’alimentation, mais aussi pour le brossage des dents ! Ceux et celles qui ont des enfants me comprendront : c’est un calvaire de faire en sorte que son  gosse se brosse les dents ! Sauf que, comme moi je suis obligée de me brosser les dents 3 fois par jour pendant deux minutes minimum et en plus de passer un coup de fil dentaire le soir,  ma petite dernière, qui en est à un âge où elle veut tout faire comme maman, m’imite à chaque fois ! Youpi pour la super maman !

Je surveille les hauts et les bas…de mon sucre

Ah, il y a de ces moments où je me croirais dans des montagnes russes ! Avec ce taux de sucre qui monte qui descend, qui monte qui descend ! S’il est trop élevé, quel que soit l’endroit où je suis, je cherche par tous les moyens à m’échapper pour aller dormir car le surplus de sucre m’assomme et me ferme les yeux. Et si, au contraire, il est trop bas, je deviens dingue et  il me faut du sucre coûte que coûte. Je suis sûre que mes copines me prennent pour une droguée dans ces moments-là, mais bon, elles sont assez chouettes pour ne rien laisser paraître de leur étonnement ! Et puis, avec le temps j’ai appris à prévoir, et j’emporte le plus souvent avec moi un petit en-cas pour ces cas-là.

Je prévois un week-end de vacances

En y réfléchissant un peu, je crois que je ne suis jamais partie en vacances sur un coup de tête. Je m’y suis toujours prise longtemps en avance. D’autant que l’alimentation varie beaucoup d’un pays à un autre, je me revois passer des heures sur internet lisant tout ce qui se dit sur les spécialités culinaires de l’Argentine un mois avant la date prévue de mon voyage. Et j’ai appris à me rééquilibrer en dosages. Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux, et quelques jours me suffisent pour retrouver mon équilibre. Quand on fait attention à soi, les problèmes nous sont minimes.

L’avis du spécialiste Pr Leïla ALOUANE Professeur en nutrition, Chef de service de Formation & Information à l’Institut National Zouhair Kallal de Nutrition

Je préfère commencer par répondre à notre amie qui nous parle de son diabète. Au début je la félicite car elle a tout compris. Je dirai à sa place « depuis que j’ai compris comment cela fonctionne, je suis en harmonie avec mon diabète ! » J’ai juste une question à lui poser, pourquoi « fait-elle beaucoup d’hypoglycémies ? » Je m’étonne de cette affirmation car le premier objectif de l’équilibre du diabète (particulièrement de type 1) est d’éviter les hypoglycémies. Pour les éviter il faut connaître leur origine.

Juste pour rappel : l’hypoglycémie survient lorsque la dose d’insuline est supérieure aux besoins. Cela se produit lorsqu’après injection une activité physique non programmée survient ou après injection il n’y a pas eu de prise alimentaire suffisamment riche en « glucides ». Dans tous les cas il faut anticiper en « se resucrant convenablement et rapidement ».

1-Côté alimentation, quelles sont les grandes différences entre les diabétique de type 1, de type 2 par rapport à une personne non diabétique ?

Logiquement il ne devrait pas y avoir des différences. L’alimentation dite pour diabétique » est celle que tout le monde devrait adopter. Elle est équilibrée, protectrice de plusieurs maladie (maladies cardiovasculaires, obésité, cancer…), non contraignante et variée. Cette alimentation consiste à :

• Manger chaque jour à heures fixes. 3 repas principaux où le petit déjeuner est primordial. Le dîner ne doit pas être tardif et doit respecter un écart de 2 heures au moins avec l’heure du coucher.

• Bien mastiquer tout ce que nous mangeons pour assurer la meilleure assimilation mais surtout ressentir la satiété qui va nous empêcher de grignoter donc de grossir et perturber notre glycémie.

• Choisir un aliment de chaque groupe à chaque repas et tous les jours. Rappel des groupes :

– groupe du lait, yaourt (de préférence nature pour éviter tous les additifs), fromages blancs ou frais (ce groupe doit figurer dans les 3 repas de la journée) ;

• groupe des viandes, les moins grasses possibles (viandes rouges 1 à 2 fois par semaine au maximum ; poulet sans peau et escalope 2 fois par semaine ; poissons blancs ou bleus 2 fois au moins par semaine et les sardines sont une source inestimables d’oméga 3, de vitamines et de minéraux ; les œufs non frits peuvent être consommés 2 à 3 fois par semaine. n’hésitez pas à consommer des mollusques : poulpe, seiche et calamar non frit. Dans la journée un seul repas contiendra un aliment de ce deuxième groupe c’est largement suffisant en faisant attention au type de cuisson. Une fois par quinzaine un petit morceau de foie serait un atout pour combler les besoins en fer.

• Le 3ème groupe  est celui des matières grasses, selon le poids, la taille et l’âge le besoin quotidien (pour cuisson et assaisonnement) en huile est de 2 à 3 cuillères à soupe. L’huile d’olive prime mais les autres huiles de graines ne sont pas à négliger. Eviter autant que possible les fritures. Le reste des matières grasses (beurre, margarines, smen, mayonnaise, crème fraîche…) ne sont vraiment pas indispensables et même pour certaines à éviter.

• Le groupe 4 est celui des céréales et dérivés, est celui qui ramène le plus de glucides mais aussi le plus de vitamines du groupe B, de minéraux et de fibres sans oublier les protéines végétales. Chaque repas doit contenir soit du pain soit des pâtes ou couscous ou riz, soit des légumineuses (lentilles, haricots, pois  chiches ou fèves) soit des pommes de terre. L’essentiel est de respecter les quantités qui varient avec l’âge, le poids, la taille et l’activité physique. Il est fortement conseillé de ne pas associer ces féculents au cours du même repas, sauf pour les légumineuses et de choisir autant que possible ceux qui ne seront pas très raffinés.

• Le groupe 5 comprend les légumes à consommer sans modération et les fruits qu’il est souhaitable de restreindre à 3 par jour, chaque fruit ne devant pas excéder la taille de votre poing (main fermée). Souvent la question du choix des fruits se pose pour les diabétiques, ne craignez rien, si les quantités sont respectées,  le choix de la catégorie de fruit importe peu.

• Le groupe 6 est celui des boissons. Il faut boire de l’eau, au moins un litre et demi à 2 litres par jour. De préférence en dehors des repas. Le thé et café légers, les infusions sont aussi une bonne source d’hydratation. Les autres boissons ne font pas partie de ce groupe et donc à éviter.

2-En cas d’hypoglycémie, que conseillerez-vous ?

Il faut éviter les hypoglycémies en dosant correctement son insuline en fonction de son activité et son appétit. L’autocontrôle glycémique avant les repas et avant la pratique d’une activité physique est capital. Si avant les repas la glycémie est basse il faut manger avant de s’injecter. Si elle est élevée, il faut s’injecter et manger un quart d’heure après.  Si l’activité physique va solliciter les jambes (courses, marche, randonnée…) choisir de s’injecter au niveau des bras et éviter de s’injecter au niveau des cuisses ou de l’abdomen ; si l’activité va solliciter les bras (lavage des vitres, ménage ou handball ou volley ou aviron…) pensez à vous injecter au niveau de l’abdomen ou les cuisses. Quelle que soit l’activité ne l’entreprenez pas si votre glycémie est basse avant de vous avoir resucré.

Comment se resucrer ?

Dès le début des symptômes qui sont spécifiques à chacun, prenez 3 morceaux de sucre dilués dans un verre d’eau ou un verre de jus de fruit du commerce et surtout pas un jus frais ni de paquet 100% pur jus, le soda peut être une solution de rechange à condition de chasser le gaz. Ensuite selon le moment de la chute de la glycémie :

• Si l’hypoglycémie a eu lieu à quelques minutes d’un repas, resucrez-vous puis attendez le repas pour manger correctement et équilibrer votre glycémie.

• Si l’hypoglycémie a eu lieu loin des repas prenez une collation comprenant par exemple un yaourt, un fruit et une tranche de pain en attendant le repas principal.

3-Certaines personnes pour profiter d’un bon dîner, limitent leur alimentation en journée et le lendemain, est-ce une bonne idée ?

Si ces « manipulations » entraînent des déséquilibres, eux-mêmes responsables d’hyper ou d’hypoglycémie, il ne vaut mieux pas les utiliser fréquemment. Si vous êtes invités, choisissez les aliments les plus adaptés à votre cas, mastiquez lentement, si vous avez l’occasion (mariage ou autre festivité) brûlez les calories en excès, par la danse. Avec une alimentation équilibrée, il n’y aura pas de risques car quelque soit le dîner nous pouvons faire le bon choix, par exemple si au dessert nous savons qu’il y aura une pâtisserie à laquelle nous ne pourrons pas résister, au cours du dîner nous éviterons de trop manger de pâtes ou pain ou frites, nous opterons pour les entrées peu grasses, s’il y a le choix nous préférerons les grillades et ainsi nous pourrons nous régaler en savourant le dessert en toute tranquillité.

4-Y-a-t-il des sports déconseillés ?

Les sports individuels et  de combat sont à éviter. Pour le reste il faut juste vérifier sa glycémie avant l’épreuve. Elle ne doit pas être ni trop basse ni trop élevée car le risque d’accident existe dans les deux cas, il vaut mieux attendre l’équilibre pour pratiquer. Vérifier la qualité des chaussures qui ne doivent ni serrer, ni blesser le pied. Les chaussettes doivent impérativement être en coton. L’hydratation au cours de l’épreuve qui va durer 1h ou plus est indispensable. Pour une épreuve de plus de 2h, un encas est à prévoir pour compenser les pertes en « sucre des muscles : le glycogène » et les sels minéraux en plus de l’eau.

Les temps ont vraiment changés. Le diabète est à présent mieux connu donc mieux maîtrisé. Un poids proche de l’idéal, une activité physique régulière et une prise adéquate du traitement médicamenteux prescrit ont permis une meilleure gestion de l’alimentation et une diminution des contraintes. Le diabétique qui comprend sa maladie et qui sait être à l’écoute de son corps ne trouvera pas de difficultés à s’alimenter normalement.