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10 questions à un pédiatre

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10 questions à un pédiatre

Que vous soyez jeunes ou futurs parents, les questions doivent se bousculer dans votre tête quant à la santé de votre tout petit. Livret Santé s’est donc proposé de vous offrir quelques réponses.
Cette fois, nous sommes allés à la rencontre du Docteur Leïla Essaddam, pédiatre endocrinologue de l’hôpital d’enfant Béchir Hamza

par Myriam Bennour Azooz

Dr Leïla Essaddam, pédiatre endocrinologue de l’hôpital d’enfants Béchir Hamza

Bien que cette spécialité soit bien connue, pouvez-vous nous la présenter en quelques mots ?

– Dans le texte, le pédiatre prend en charge les enfants de 0 à 16 ans, mais dans les faits, il n’y a pas vraiment de règles qui en délimitent la pratique, particulièrement pour les cas de maladies chroniques où les patients peuvent avoir du mal à quitter la sphère pédiatrique (il arrive que nous les suivions jusqu’à 23-24 ans). C’est pour cela qu’à l’hôpital Béchir Hamza, nous réalisons, pour nos patients diabétiques, environs deux fois par ans, des réunions de transition avec nos confrères qui s’occupent de la tranche adulte, qui sont des nutritionnistes, des psychiatres, des diabétologues).

Pour résumer, je dirai que le pédiatre est le médecin référent pour cette période de la vie, notamment pour ce qui est des maladies infantiles mais aussi pour les différents troubles de l’enfant.

A partir de quand peut-on dire qu’un enfant tarde à parler ? Comment déceler un trouble ?

– Tout d’abord, il faut vérifier si l’enfant entend ou pas, parce que si ce n’est pas le cas, il ne pourra pas parler (l’apprentissage de la parole se fait avant tout par mimique). Pour ce faire, c’est assez simple, et les parents peuvent le faire eux-mêmes en tapant des mains de chaque côté des oreilles de l’enfant pour voir s’il réagit. Ce test peut être réalisé dès 4 mois, même si on doit s’attendre à ce que l’enfant fasse ses premiers babillages entre le 8ème et le 12ème mois. En effet, on ne peut pas donner de chiffres exacts dans ce sens puisque chaque enfant aura son propre rythme, sans forcément être en retard, et ce n’est pas valable que pour la parole. Mais on parle de retard de parole à proprement parler à partir de 2 ans en allant jusqu’à 4 ans.

D’un autre côté, il y a des enfants qui ne parlent pas, mais qui arrivent tout de même à se faire comprendre, contrairement à des cas autistiques.

Ce qui est donc à contrôler autour d’un retard de parole, c’est l’audition avant tout, mais aussi l’interaction, voire le retard mental.

Pour ce qui est de la marche et du trotteur, ce dernier aide-t-il à cet apprentissage ? Vaut-il mieux le mettre au trotteur les pieds nus ou en chaussures ?

– L’idée répandue veut qu’on ne mette un enfant sur un trotteur que quand il arrive déjà à se mettre débout au risque, dans le cas contraire, de créer une sorte de dépendance qui entravera son apprentissage de la marche. Si on pose un enfant dans un trotteur, alors qu’il n’aura pas encore acquis certains mécanismes, il cherchera la facilité, c’est-à-dire faire rouler le trotteur avec les pieds en pointe, et non en position de marche.

Pour ce qui est des chaussures, celles-ci offrent une stabilité certaine à l’enfant pour ses premiers pas. Par contre, vivre l’expérience de ses pieds nus est primordial pour le jeune enfant, puisqu’il est dans la découverte de ses sensations et de ses capacités, ce qui le mène vers la station debout.

Si un bébé est endormi sur le ventre, doit-on le réveiller pour le retourner ?

En règle générale, il faut toujours coucher un bébé sur le dos. Il a été établi depuis longtemps que la position sur le ventre augmente le risque de mort subite du nourrisson. Par contre, s’il arrive à se retourner dans son sommeil, c’est qu’il a dépassé la période critique. La réponse est donc non, autant le laisser dormir dans cette position.

Pouce ou sucette ? Jusqu’à quel âge ?

– Plutôt sucette, mais pas n’importe laquelle. Il faut qu’elle soit adaptée au palais pour éviter de le déformer car en bas-âge, ce dernier est encore très malléable. Une sucette mal adaptée où le pouce aura pour effet de le déformer et de créer des problèmes d’occlusion, de même que d’empêcher le passage de la déglutition infantile à la déglutition adulte.

Les poussées dentaires sont-elles un motif de consultation ? Que doivent faire les parents dans ce cas ?

– En règle générale les poussées dentaires ne sont pas un motif de consultation. Mais il arrive qu’elles soient accompagnées de bronchite dentaire, de diarrhée, de petite fièvre (on parle d’une fièvre de 37.7 à 37.8, au-delà cela devient autre chose), de troubles digestifs ou encore de troubles légers du comportement (irritabilité, troubles du sommeil). Dans de tels cas, on dit que la poussée dentaire demande un tel effort au corps que le système immunitaire en est affaibli, d’où ces différentes expressions. Ce que l’on propose dans ces cas-là, c’est un traitement symptomatique. Mais on conseille aux parents de ne pas tout miser sur la visite chez le pédiatre et de traiter ce qu’ils peuvent, à savoir hydrater en cas de diarrhée, essayer de faire baisser la fièvre s’il y en a, et ce, dans l’idée de ne pas risquer de voir ces symptômes empirer.

Si la mère a eu un diabète gestationnel, quels risques pour l’enfant à naître ?

– Le premier risque pour l’enfant est une macrosomie, c’est-à-dire qu’il va avoir un poids élevé à la naissance (plus que 4 kilos), ce qui va augmenter les risques d’un accouchement par césarienne. Sinon, ce sera un bébé à risque d’hypoglycémie et d’hypocalcémie durant les premières 48 h de sa vie, il s’agira donc de les surveiller. Par la suite, ce sera un enfant tout ce qu’il y a de plus normal, qui ne requerra pas de soins particuliers. En effet, il n’y a pas de lien entre le diabète gestationnel et le diabète infantile. Le premier est hormonal, quant au second, il est auto-immun, chacun ayant son mécanisme propre.

Est-ce que tous les vaccins sont pris en charge à l’école ?

– A la naissance, en maternité, on administre au nouveau-né son premier vaccin. Les parents sont dirigés par la suite vers le Centre de Protection Maternelle et Infantile pour le vaccin des 2 mois. A partir de 6 ans, c’est en effet, dans le cas de l’école que les autres vaccins sont assurés.

Quel est l’âge minimum conseillé pour avoir son premier animal de compagnie ?

– Cela dépend de la santé de l’enfant. S’il s’agit d’un enfant asthmatique, bien entendu, mais aussi a-topique ou dont la mère ayant une rhinite allergique, une allergie cutanée, ou même alimentaire. En effet, il a été noté que les risques pour un enfant d’être asthmatique sont multipliés par 40 si sa mère l’est. Mais en règle générale, il vaut mieux éviter tout animal de compagnie avant l’âge de 2 ans.

Les parents en général, mais surtout les jeunes parents peuvent avoir tendance à angoisser pour rien et assez vite. Pourriez-vous nous indiquer le top 3 des motifs de consultation ?

– Ce n’est pas évident à délimiter comme cela car les situations changent d’un enfant à un autre, elles dépendent de l’environnement, des antécédents de chacun et aussi de son âge.

Mais je dirai une grosse fièvre peut être dans bien des cas un motif de consultation, si elle dure depuis un jour pour un nouveau-né, et plus de 48h pour un jeune enfant. De manière générale, tout changement de comportement chez l’enfant et enfin : si les parents s’inquiètent. Dans ces cas-là, même si on va emmener son enfant voir le pédiatre, il ne faut pas pour autant perdre les bons réflexes en hydratant son enfants s’il a une diarrhée, en ne cessant pas l’allaitement, en traitant les symptômes en général.

En plus : un conseil pour les jeunes mamans ?

Si je devais donner un seul conseil aux jeunes mamans ce serait d’allaiter leurs enfants. Même si l’alimentation est mixte, l’apport du lait maternel est de première importance pour l’acquisition de l’immunité, entre autres. En bref, même les meilleurs laits au monde ne remplacent pas le lait maternel.