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Allergies des enfants : les précautions à prendre

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Allergies des enfants : les précautions à prendre

L’allergie est la maladie du siècle. L’Organisation Mondiale de la Santé a classé l’allergie au 4ème rang mondial des pathologies. Près d’une personne sur trois est concernée aujourd’hui par un problème d’allergie et les chiffres continuent d’augmenter régulièrement.

par Kamel Bouaouina

De nombreux allergologues estiment même que dans moins de dix ans, une personne sur deux sera allergique. Cutanée, alimentaire, respiratoire ou médicamenteuse, l’allergie a différents visages et suscite bien des idées reçues. Cependant, malgré sa grande fréquence, elle reste mal connue. Quand un enfant souffre d’allergies – asthme, eczéma, allergie alimentaire, rhinites, des questions, des inquiétudes et des peurs (re)surgissent.

L’allergie, souvent familiale, est parfois vécue comme une calamité qu’il faut subir.

Pourtant plus de 50 % des allergiques ne sont pas diagnostiqués en tant que tels, ne bénéficient pas de traitement adapté et vivent avec des manifestations gênantes et parfois invalidantes qui s’aggravent au fil des années. Et pourtant, depuis les années 1980, l’allergologie a fait des progrès remarquables, tant dans la connaissance et la compréhension de ces maladies que dans leur traitement. Les explications du docteur Etienne Bidat,  médecin des hôpitaux, responsable de l’unité d’allergologie et de pneumologie du service de pédiatrie de l’hôpital Ambroise Paré (Boulogne sur Seine).

Tout d’abord pourquoi cette augmentation des allergies ?

La fréquence des maladies allergiques est liée à plusieurs facteurs. Certains sont encore hypothétiques, d’autres sont prouvés. Passons en revue les « certitudes ». Il y d’abord la pollution. Elle est aggravante mais pas allergisante. Les particules émises par les véhicules diesel augmenteraient en théorie la fréquence des maladies allergiques, mais il n’y a pas d’étude épidémiologique qui le confirme.
Par contre, chez un sujet présentant déjà une maladie allergique, la pollution peut aggraver les manifestations. Le mode de vie est responsable de l’allergie. Les enfants vivant à la ferme, au contact des animaux, et tout particulièrement des vaches, développent moins d’allergies, et notamment d’allergies aux pollens. Une maison humide, mal aérée, renfermant de nombreux allergènes ne semble pas favoriser l’apparition chez les personnes non allergiques de nouveaux cas de maladies.
Par contre, chez une personne déjà allergique un tel environnement favorise la survenue de manifestations. Le tabagisme de la mère pendant la grossesse et après la naissance est un facteur de risque reconnu de maladie allergique chez l’enfant.

A la crèche, certaines infections virales peuvent favoriser le développement de maladies allergiques, d’autres peuvent l’éviter. Les infections respiratoires ORL banales, virales (rhinites, rhinopharyngites…) répétées dans les premières années de vie, diminuent le risque de développer un asthme à l’âge scolaire. Quand les infections respiratoires dues au virus de la bronchiolite (virus respiratoire syncithial) sont sévères (conduisant à une hospitalisation), ou se répètent, le risque d’avoir un asthme ou un eczéma à 7 ans est plus grand.
Par contre si la bronchiolite n’est pas sévère l’enfant fera probablement par la suite quelques « bronchites sifflantes », mais à 12 ans le risque d’avoir un asthme est identique à celui des enfants qui n’ont jamais eu de bronchiolite.

Comment savoir si un enfant est allergique, et à quoi ?

Un enfant qui souffre d’un rhume des foins typique est à l’évidence allergique.
Il n’est donc pas nécessaire de prouver qu’il a un terrain allergique, il faut avant tout, chez lui, rechercher les pollens qui déclenchent sa rhinite.

Par contre, en présence d’une obstruction nasale chronique (nez bouché en permanence), d’une toux persistante, d’un asthme, l’enquête recherche tout d’abord un terrain allergique qui repose sur un interrogatoire poussé et un examen clinique (examen de la peau, des bronches, du nez…) et éventuellement sur les tests sanguins de dépistage du terrain allergique.
L’interrogatoire recherche un asthme, un eczéma ou une rhinite allergique chez les parents ou dans la fratrie. Si ces manifestations sont présentes, l’enfant risque d’avoir un terrain allergique. Les tests sanguins de dépistage de l’allergie recherchent la présence d’IgE à certains allergènes courants.

Face à des signes que le médecin soupçonne être d’origine allergique, il demande, par le biais d’une seule prise de sang, à ce que les allergènes les plus courants soient examinés. En cas de positivité, les signes de l’enfant ont probablement une composante allergique. La fiabilité de ces tests est de 90 à 95 %. Un test négatif signifie en général que les manifestations de l’enfant ne sont pas d’origine allergique mais cela n’est pas absolu.
Comme pour tous les tests sanguins, il existe des faux négatifs et des faux positifs. Cette prise de sang ne nécessite pas d’être à jeun, et peut être pratiquée même si un traitement par antihistaminiques est pris. Si les manifestations sont à l’évidence d’origine allergique ou si les tests sanguins de dépistage de l’allergie sont positifs, l’enquête allergologique se poursuit.
L’interrogatoire joue alors un rôle primordial, le médecin en fin limier, cherche le ou les allergènes à l’origine des troubles. Pour chaque allergène, il demande aux parents s’ils ont déjà constaté des manifestations allergiques quand l’enfant est exposé à l’allergène.
Parfois, la relation de cause à effet entre l’exposition à un allergène et les manifestations cliniques est évidente : l’enfant a immédiatement une manifestation à caractère allergique chaque fois qu’il caresse un chat.

Dans d’autres situations, c’est un interrogatoire minutieux, détaillé, policier, couplé aux connaissances sur les allergènes, qui permet de retrouver l’allergène qui est à l’origine des manifestations. Les tests cutanés confirment, le plus souvent, l’impression clinique et il n’est pas nécessaire, pour les allergies aux pneumallergènes, d’effectuer d’autres examens.

Comment prévenir ces maladies allergiques ?

Il persiste des incertitudes quant aux mesures pertinentes pour diminuer l’incidence des nouveaux cas de sensibilisation aux allergènes ou de manifestations allergiques.
Quand l’allergie aux chats, aux acariens ou aux pollens se manifeste par un asthme et/ou une rhino-conjonctivite, on sait très bien éviter l’apparition des signes de l’allergie et/ou réduire leur sévérité.
Mais chez un fœtus, un nouveau-né ou un nourrisson beaucoup de mesures traditionnellement recommandées pour prévenir l’apparition d’une sensibilisation allergique ou le développement de manifestations allergiques sont actuellement remises en cause.

Plus les travaux scientifiques rigoureux avancent, plus il faut admettre que les mesures antérieurement conseillées sont parfois inutiles voire nuisibles ! Toute la difficulté est qu’une même mesure peut avoir un effet opposé en fonction du stade de maturité immunologique de l’enfant. Ce qui est efficace pour prévenir l’apparition d’une allergie chez un nourrisson peut être très nuisible chez un enfant ou adulte déjà allergique.
Il faut différencier la prévention de la sensibilisation aux allergènes (présence de tests cutanés positifs ou d’IgE sériques spécifiques d’un allergène), de la prévention du développement de manifestations à caractère allergique (eczéma atopique, rhino-conjonctivite ou asthme).
Antérieurement, on imaginait que si on prévenait le développement d’une sensibilisation à un allergène, on éviterait le développement des manifestations allergiques. En fait, on n’observe pas de lien constant entre la prévention de la sensibilisation à un allergène et la prévention des manifestations cliniques. Si l’exposition précoce aux acariens entraîne une sensibilisation à cet allergène, les enfants sensibilisés ne présentent pas pour autant un risque supérieur d’asthme.

Pour certains allergènes, le lien entre la prévention de la sensibilisation et la prévention du développement de manifestations à caractère allergique n’est pas constant ; ces observations laissent à penser que la diminution de l’exposition à certains allergènes ne fait que diminuer le risque de sensibilisation, sans pour autant diminuer le risque de maladie allergique.
Par contre, chez un enfant déjà allergique, il existe un lien entre l’exposition aux allergènes et le déclenchement et la sévérité des signes. Par exemple, chez un enfant ayant déjà présenté des manifestations cliniques par allergie aux acariens, l’exposition aux acariens déclenche des manifestations de la série allergique, d’autant plus sévères que l’exposition aux acariens est intense.
La prévention primaire consiste à éviter que le sujet ne développe un terrain atopique, c’est à dire que ses tests d’allergie ne se positivent (tests cutanés et/ou IgE spécifiques).
Pour la prévention secondaire, il faut éviter que le sujet qui présente déjà des tests d’allergie positifs ne développe des signes cliniques d’allergie (asthme, rhinite allergique, eczéma atopique…)
Enfin pour la prévention tertiaire, il faut éviter que le sujet qui a des tests positifs et a déjà présenté des signes cliniques d’allergie ne développe de nouvelles manifestations cliniques (asthme, rhinite).

Notre spécialiste Etienne Bidat

Médecin des hôpitaux, responsable de l’unité d’allergologie et de pneumologie du service de pédiatrie de l’hôpital Ambroise Paré (Boulogne sur Seine).