Mes Gosses

Bébé trop petit ? En avant la musique !

Publié le
Bébé trop petit ? En avant la musique !

La musicothérapie a toute sa place en néonatologie. En s’adressant aux bébés hospitalisés et à leurs parents, elle recrée pour eux une ambiance déstressée, rassurante et propice à la communication. Par le biais de rituels musicaux bien codés, elle met en valeur leur force de vie et leurs aptitudes relationnelles.

par Rihab Jebali

Dur, dur d’être un bébé prématuré. Et dur aussi, parfois d’être son papa ou sa maman. Comment lui offrir le cocon rassurant dont il a tant besoin alors que chaque minute constitue parfois une lutte acharnée pour la vie ? Peut-être en s’abandonnant un moment dans un univers fait de sons et d’émotions partagées.

Le bébé et sa maman : une relation fusionnelle

Qui oserait contester l’importance de la relation mère / nourrisson dès les premiers jours de la vie ? Mais ce que l’on sait moins, c’est que cette relation fusionnelle ne s’arrête pas à la satisfaction de ses besoins nutritifs, et qu’elle s’établit sur un plan affectif et intime. La maman procure non seulement sécurité et protection, mais elle incarne des valeurs affectives et communicationnelles qu’elle est chargée de transmettre. La musique permet de mettre en place une communication non-verbale, par les berceuses, créant ainsi l’un des premiers pas vers de futurs échanges.

Une chanson douce…

On sait aussi que la musique renvoie le nourrisson à sa vie prénatale lorsque le fœtus percevait les sons de l’extérieur et la voix de sa mère à travers le liquide amniotique. Ces sons, filtrés sous forme d’échos et captés par l’oreille fœtale de telle manière qu’après la naissance, le nourrisson serait capable de connaître les mélodies familières et particulièrement la voix maternelle. Il préfère cette voix et les chansons écoutées in-utéro (dans l’utérus), plus que les autres, puisqu’il est habitué à les entendre depuis sa plus tendre enfance intra-utérine. Le plus souvent, il se calme au son de ces mélodies familières et des berceuses chantées par sa maman.

De bruit et de fureur

Le nouveau né prématuré qui vient de sortir de son environnement fœtal confortable et serein, se retrouve brusquement dans un environnement inconfortable et devient d’un seul coup sujet à des procédures médicales douloureuses : un niveau sonore élevé, une lumière vive, des procédures de soin pénibles… Sa maman, de son côté, sous le coup du stress, est parfois incapable de le protéger et de recréer pour lui l’environnement harmonieux dont il a tant besoin. Ces diverses agressions peuvent entrainer chez ce petit être fragile une baisse du taux d’oxygène dans le sang (une hypoxie) et un déséquilibre cardiaque, nécessitant souvent une prise en charge immédiate.

La musicothérapie : une solution ?

L’efficacité de la musique en néonatologie a été maintes fois démontrée. En absorbant les bruits nocifs des services de néonatologie et en offrant au bébé hospitalisé ses premières notes de musique, le musicothérapeute aide le nourrisson à retrouver son équilibre intérieur. Il peut créer de véritables moments d’harmonie, notamment lorsque l’enfant et ses parents vibrent à la même composition ; dans de pareils cas, la musique stimule le système cardio-respiratoire du bébé prématuré, permet une bonne oxygénation de son sang, améliore sa motricité et son système d’attachement et crée un climat de détente et de sécurité. Tout ceci en réduisant le comportement de stress du bébé et de ses parents.

De quelle musique s’agit-il ?

Si la musique enregistrée peut être utile, elle reste artificielle et rien ne vaut une chansonnette fredonnée par la maman ou par les musicothérapeutes. Les berceuses, véritables concentrés d’émotions, d’amour et d’affection sont les premiers stimulants du nouveau-né prématuré dans sa vie-post natale. «Au clair de la lune», «nenni nenni jak innoum», «diki diki anta sadiki», «hakka yimchi yakhtou», pour ne citer que celle-ci sont autant d’exemples de berceuses pouvant susciter un état de détente et de relaxation chez le nouveau né, grâce à leurs mélodie douce et légère et à leur rythme apaisant.

Stéphanie Lefebvre, musicothérapeute en néonatologie à Senlis/ France a témoigné, dans le cadre des journées cliniques de musicothérapie*, l’importance de la prise en charge musicothérapique en néonatologie.

Sa démarche de musicothérapeute avec les prématurés a pour but de mettre en lumière l’humanité du bébé prématuré dans son contexte, à travers une réponse proposée à ses besoins sensoriels et affectifs, et la mise en valeur de ses compétences ainsi que de ses aptitudes relationnelles déjà en place.

Selon elle, « Chanter sur le berceau ou la couveuse d’un bébé, c’est l’aimer, c’est l’accueillir. Lui offrir un chant, c’est mettre en situation une relation, dans cette intéraction (donner/recevoir), c’est stimuler cette relation ».

Elle ajoute que la musicothérapie en néonatologie est un soin accordé au bébé hospitalisé ainsi qu’à ses parents : « L’harmonie des sons, la rêverie poétique, la beauté d’une mélodie, le plaisir ressenti dans la vibration et la résonance de la voix, accompagnent le bébé et les parents pendant le temps d’hospitalisation ».

*Musicothérapie : Regards multidisciplinaires sur la clinique…