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Circoncision… Attention le petit oiseau !

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Circoncision… Attention le petit oiseau !

Du latin circumcisio (découper autour), la circoncision est un acte millénaire pratiqué depuis l’époque des Pharaons, non seulement pour des motifs religieux, mais aussi à des fins hygiéniques. Evénement très célébré en Tunisie, il fait la fierté du papa du petit circoncis, assuré que son petit bout de chou deviendra un vrai homme, fort et bien viril, et la gloire du petit en Jebba… ou la frousse de sa vie !

par Zeineb Guizani

Pour les musulmans, la circoncision fait partie intégrante des pratiques de l’Islam.

La circoncision symbolise à la fois la descendance d’Abraham à qui Dieu, en vertu du texte suivant, a ordonné de se circoncire à l’âge de 99 ans pour symboliser son appartenance au peuple Chrétien et marquer celle des générations après lui : «Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire ta race après toi : que tous vos mâles soient circoncis. Vous ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous. Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération». [Genèse XVII : 10-12].
La circoncision constitue aussi la deuxième étape que doit achever un nouveau converti à l’Islam.

Médicalement, des études pratiquées par l’OMS et l’ONUSIDA, publiées en 2007, ont montré les avantages de la circoncision sur la santé, et l’ont intégrée dans leur programme de prévention contre le sida. En effet, la circoncision réduirait avantageusement le risque de MST, jusqu’à 60% ! Car un pénis circoncis sèche très rapidement après un rapport sexuel. De même qu’elle réduirait de 25 % la contamination contre l’herpès simplex, et de 35 % le papillomavirus. Selon Aldo Naouri, pédiatre de renommée, le prépuce n’a aucune fonction organique, et « ne sert à rien » à part retenir le VIH des sécrétions du pénis.

Il est donc bon de le retirer, de préférence par opération, pour plus d’hygiène.
Toutefois la circoncision est parfois considérée comme un crime contre l’enfant, dont les parents ou la famille ont profité de la minorité pour disposer librement de son corps et le « mutiler ». La justice allemande par exemple, considère la circoncision comme un acte immoral et donc un délit.

Ils se rappellent du jour de leur circoncision

Chedly Belkhamsa

«J’ai encore dans les oreilles le tintamarre de la fanfare locale qui remontait la pente allant vers les hauteurs de Borj Ali Raïs. Les musiciens étaient habillés de tenues rouges et jaunes, coiffés de casquettes mal ajustées et soufflant à perdre haleine dans leurs instruments cabossés. Accompagnés par une nuée de gosses du quartier qui les entourait tel un nuage de mouches, ils nous précédaient, mon grand -père et moi, sur la route menant au domicile paternel.

Il était vêtu d’une élégante jebba khamri et de son fez. Il m’avait fait confectionner pour l’occasion (dont j’ignorais encore laquelle) un costume traditionnel: jebba blanche avec tout son assortiment, ainsi qu’une chéchia agrémentée de motifs prophylactique, poisson, croissant et main de Fatma, afin, disait-t-il, d’éloigner de moi le mauvais œil. Je courrais, moi aussi, derrière le bruyant cortège, qui s’arrêta bizarrement face à notre porte. Perplexe, je ralentis le pas, rejoignit la main affectueuse de mon grand père qui me la tint soudain plus serrée. Nous fumes accueillis par les youyous, les embrassades et débarrassés promptement de nos petits bagages.

Toute ma famille était pratiquement là, je commençais à avoir des doutes sur l’objet de cette fête. Etant l’aîné de mes frères, j’avais déjà vu pareille cérémonie dans d’autres circonstances ou je n’étais pas impliqué, d’autant plus que j’entendais mon cadet pleurer dans une autre pièce pour je ne sais quelle cause. Je commençais donc à élaborer un scénario de fuite.

Profitant d’un moment d’inattention je m’échappais hors de la maison et allais me réfugier à une centaine de mètre dans les sous-bois qui entourait la maisonnée et regardais a travers les ronces et les fourrés ce qui pouvait bien se passer.

La fanfare reprenait de plus belle couvrant les youyous et, bien sûr, les cris de mon petit frère, quand je vis mon troisième frère sortir précipitamment de la maison et se cacher sous la 203  grise de mon oncle. Ce dernier sortit à sa suite et le tira par la jambe, tel un mouton, de dessous l’automobile. Cela ajouta à mon effroi et me conforta dans le fait de ne pas me montrer.

Au bout d’un moment, je vis sortir de la maison mon grand-père portant nos bagages et qui m’appelait à haute voix, il me disait qu’on allait partir. Je sortis des fourrés et me précipitait à sa rencontre ne doutant pas un instant de la traîtrise.

Il me demanda d’aller saluer mes parents et de revenir. Je rentrais et… me voici soulevé dans les airs, trimballé à travers la maison, bras et jambes retenus par mon père et mon oncle, gigotant et donnant coup de pieds et de poing dont le premier à être servi a été justement le circonciseur qui ne savait pas comment s’y prendre pour accomplir sa besogne. J’aperçus à travers la cour une de mes tantes qui fracassait une jarre remplies de bonbons autour de laquelle s’agglutinèrent mes cousins et le bruit assourdissant de la fanfare couvrit mon cri de douleur. Tout cela se  fit en un clin d’œil et je me retrouvais écartelé sur le lit parental en compagnie de mes deux frères, entouré des bras affectueux de ma mère et de notre grand-mère qui essayaient de calmer nos sanglots.

Et puis ce fut le défilé de tantes et d’oncles qui nous inondèrent de cadeaux et d’argent, nous faisant oublier cette désagréable journée».

Dhafer, 24 ans, Bizerte

«Par apport à mes amis et mes frères, j’ai été circoncis un peu tard, à l’âge de 7 ans, alors que selon la coutume, la circoncision ne devrait pas être effectuée, passé l’âge de 4 ans.

Ma circoncision en elle-même a également été un peu spéciale dans le sens où, à l’exception de mon père, personne n’était au courant, pas même ma mère. Elle s’est déroulée dans la discrétion la plus totale, sans aucune ambiance ni festivité, et à l’hôpital.
Oui, dans notre petit village, j’ai été le premier à être circoncis au bloc opératoire. Le jour « J », mon père a fait croire à tout le monde qu’il m’emmenait à l’hôpital pour un rendez-vous chez le dentiste. À l’hôpital, une gentille infirmière m’a dévoilé la vérité : j’étais là, en ce jour, pour être circoncis et non pas pour me débarrasser d’une dent. Là, j’ai immédiatement compris pourquoi j’étais habillé en jebba. « N’aie pas peur, cela va passer très vite, nous allons t’anesthésier pour que tu ne ressentes aucune douleur » m’a rassuré l’infirmière.

Horrifié de la manière «traditionnelle» avec laquelle on avait circoncis mon frère et mes cousins, je n’ai pas eu besoin de son argumentation pour être compréhensif, voire content. Effectivement, cela s’est très vite passé et sans douleur grâce au talent du gentil chirurgien…L’après-midi, cela a été la grande surprise dans la famille.

Je tiens à remercier mon père pour cette initiative et surtout pour une douleur que je n’ai pas eu à expérimenter».