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Enurésie nocturne : comprendre et agir

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Enurésie nocturne : comprendre et agir

L’énurésie nocturne, ou syndrome du pipi au lit, est relativement rare mais assez gênante autant pour l’enfant que pour la famille. Des problèmes physiques peuvent être à l’origine de ce souci, mais souvent la cause est psychologique. Le médecin vous dit « ne vous inquiétez pas, il somatise… ». Quelles sont les causes physiques et quelles solutions ? Quelles réponses apporter en cas de causes psychologiques ?

par Sondes Khribi Khalifa

Qu’est-ce que l’énurésie nocturne ?

Le « pipi au lit » au-delà de quatre ans en moyenne s’appelle « énurésie nocturne ». Il faut distinguer l’énurésie dite primaire, c’est-à-dire quand l’enfant fait pipi au lit et qu’il n’a jamais été propre avant. Et l’énurésie dite secondaire, c’est-à-dire celle où l’enfant a été propre pendant un certain temps et qu’il a commencé à un moment donné à faire pipi au lit. L’énurésie secondaire peut être totale (chaque nuit), clairsemée, intermittente ou épisodique. Elle est dite épisodique quand elle est liée à des évènements inhabituels surgis dans la vie de l’enfant.

Les causes ?

Les causes ne sont pas uniquement physiques ou organiques (affections urologiques), il peut aussi y avoir des causes somatiques. En général, les causes sont physiologiques, pour l’énurésie primaire, et psychologiques, pour l’énurésie secondaire. Quand le problème est physique, il s’agit précisément de l’immaturité vésicale (ou de la vessie), c’est-à-dire d’un retard des réflexes neuromusculaires contrôlant la vessie. La démarche à suivre est donc simple : aller consulter pour savoir si le problème est organique ou psychologique. Vous déciderez de la réponse adaptée ensuite avec les conseils du médecin de famille.  

Il faut savoir que dans la majorité des cas le problème est (juste) psychologique. C’est donc une énurésie nocturne secondaire et épisodique. Elle peut être due à plusieurs facteurs dans l’environnement de l’enfant. Un conflit à l’école, une nouvelle naissance, une séparation dans la famille, un échec ou une épreuve qui est perçue comme telle, etc. Peu importe la gravité de l’événement pour vous, c’est la perception de l’enfant qui compte pour lui.

Comment agir ?

Il faut savoir que l’enfant énurésique souffre du regard de ses parents, celui des frères et sœurs ou des camarades d’école. Il est dans une situation très délicate et votre réaction sera amplifiée dans sa tête. Le plus important est donc de ne pas culpabiliser l’enfant. Evitez d’en parler devant les frères ou sœurs ou les cousins et cousines. Il ne faut surtout pas punir l’enfant, car c’est hors de sa volonté, et il ne le fait pas exprès. Si vous le punissez, le problème ne fera qu’empirer car la confiance de l’enfant en lui-même sera saccagée. Des mesures simples peuvent aider aussi : éviter l’absorption de diurétiques le soir ou de trop grandes quantités d’eau.

Veillez à ce que l’enfant fasse pipi avant d’aller se coucher. Evitez aussi les couches pour permettre à l’enfant de créer le réflexe nécessaire à son auto-éducation sphinctérienne. Il sera sinon moins apte à faire cet apprentissage. En tout cas, l’enfant doit avoir une posture active (et non passive) pour résoudre ce problème. Le rôle des parents dans la motivation active et non culpabilisante est capital. 

Notre  spécialiste Hélène Pratlong Baret, conseillère en coaching familial

Hélène, vous êtes une professionnelle du coaching familial, quels conseils donnez-vous aux parents quand l’enfant fait pipi au lit

Sur le plan émotionnel, passé l’âge de 6/7 ans, l’énurésie nocturne est très mal vécue par l’enfant. Elle est handicapante : difficile d’aller dormir chez un camarade de classe, difficile de partir en colonie de vacances lorsqu’on mouille son lit toutes les nuits.
Pas facile également de sentir qu’on donne du travail à la maison (lavage du linge, aération du matelas). L’enfant vit cette situation comme une mise en défaut de ses capacités et de ses compétences. Il aura alors l’impression qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est pas aussi grand que ses copains ou encore aussi grand que ce que voudraient ses parents.
Il faut absolument l’aider à retrouver l’estime de soi pour que la situation s’améliore.

Cela peut se traduire en 3 étapes :

– Redonner confiance et rassurer

Cela implique qu’on ne banalise pas mais qu’on ne gronde pas non plus. L’idée est de mettre des mots sur cette situation : « c’est difficile quand je te demande de ne pas mouiller ton lit. Je sais que tu ne le fais pas exprès et je suis sûr(e) que ce problème se réglera bientôt. »

– Responsabiliser et impliquer

On peut inclure l’enfant dans la prise en charge de son problème en lui demandant : « que crois-tu que nous pourrions mettre en place pour t’aider ? » et en lui faisant éventuellement des propositions concrètes : davantage de lumière dans sa chambre, un pot à côté de sa table de chevet, la lumière du couloir qui reste allumée, etc. L’enfant saura dire ce qui peut lui convenir. Et pour qu’il ne culpabilise pas de réveiller ses parents la nuit, on peut mettre à sa disposition des vêtements de nuit et du linge de lit qui lui permettront d’attendre sereinement le matin en lui disant simplement : « je pose ça ici afin que tu puisses gérer comme un(e) grand(e) pendant la nuit. » C’est suffisant pour qu’il comprenne que vous savez qu’il n’est plus un bébé.

– Encourager ses progrès

Il est parfois difficile pour les parents, pris entre le linge en plus et le souci que la situation représente, de voir les efforts faits par l’enfant. Pourtant, il est très important de les valoriser. Un outil simple existe et fonctionne bien, si on l’utilise sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il s’agit de la « météo du pipi ». L’enfant a dans sa table de nuit un calendrier sur lequel il dessine avec vous, chaque matin, un soleil s’il n’a pas mouillé son lit, un nuage si les draps sont souillés.

Chaque fin de semaine, il compte le nombre de soleils. Plus il dessine de soleils, plus vous encouragez ses progrès et plus il se sent valorisé dans ses efforts. Ce travail paye mais sur du long terme. Il ne s’agit pas de le faire une semaine seulement.

Dans tous les cas, l’essentiel est d’avoir en tête que l’enfant ne fait pas exprès de mouiller son lit.
L’humilier ou le sanctionner ne ferait qu’accroître sa gêne ou sa culpabilité. Il faut, au contraire, lui donner la possibilité de se sentir écouté, entendu et compris. Les progrès pourront alors avoir lieu.