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Les enfants de la révolte

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Les enfants de la révolte

Coups de feux, complots, milices, destitution d’un despote, que de bouleversements en si peu de jours. Notre cher pays qui semblait si calme n’était en faite qu’une bombe à retardement qui a fini par exploser. Le choc est de taille et tout le monde ne respire et ne vit plus que par et pour les évènements qui s’enchaînent. A un tel point qu’on en oublie qu’il y a des enfants à la maison. Eux aussi vivent et subissent les conséquences de ce changement. On n’en est malheureusement pas toujours conscients.

par Hajer Missaoui

enfant tunisiens
Il est clair que les enfants ne sont pas capables d’assimiler et de comprendre les évènements.

Pour eux, la politique et les notions de liberté, de démocratie ou de despotisme ne sont que des mots ambigus.

 Une perception différente

Les bébés, eux, ressentiront essentiellement le stress et les perturbations que connaissent leurs mères. Ceux allaités au sein seront plus affectés non seulement en raison du lien plus étroit crée par ce contact fusionnel, mais aussi à cause du goût du lait et de sa texture qui vont être affectés par le changement hormonal occasionné par les bouleversements subits par la maman. Cela va se répercuter sur leur stabilité psychologique. A cet âge là, la crainte essentielle de l’enfant, c’est de perdre sa maman. Et cette angoisse de la séparation va se manifester chez lui de façon plus ou moins marquée, c’est pourquoi il est très important pour les parents de faire attention au moindre changement qu’ils peuvent déceler.

L’enfant plus grand, qui a acquis l’usage de la parole, va poser un autre problème. Il va vivre et ressentir l’excitation générale, la peur ou encore la colère à sa propre manière. Curieux, très réceptif à ce qui se passe, sans pour autant comprendre grand-chose, sa réaction va dépendre essentiellement de son entourage.

 Des questions sans réponses

Il faut comprendre que les enfants habitués à aller à la crèche ou dans les garderies ont subi un déphasage lorsqu’à peine sortis de vacances, ils se sont retrouvés sans préavis de nouveau à la maison, et ce pour une durée non limitée dans le temps.

Il y a aussi l’interdiction de sortir. Même s’ils sont trop jeunes eux même pour jouer à l’extérieur, ils voient leurs aînés ou même les adultes changer leur habitudes : les parents rentrent plus tôt du travail, le père ne sort plus prendre un café avec ses amis, les frères ne sortent plus jouer devant la maison, interdiction d’approcher des fenêtres, la télévision toujours branchée sur les chaînes d’informations, les dessins animés étant relégués à ‘plus tard’, au point que même maman s’est passée de son feuilleton turc préféré !

Les parents eux-mêmes sont bouleversés. Leur comportement change, ce qui est normal avec tout ce qui est arrivé au pays et l’état de terreur latente resté après la chute du dictateur. Mais ils doivent se mettre en tête que cela a un impact sur leur progéniture. Pour certains, ils se sont même retrouvés confrontés aux différents types d’attaque, aux saccages, et ont vu les milices de quartier se regrouper tous les soirs. Aux questions qu’ils posent à leurs parents, ils ne reçoivent généralement que des réponses évasives car même pour eux, la situation n’est pas claire et n’ont aucune idée sur la suite des évènements. Tous ces paramètres vont engendrer une situation de stress chaotique dans l’esprit des tout-petits qu’il faut gérer avec beaucoup d’attention pour ne pas engendrer des troubles permanents.

Des explications délicates

Lorsque leur progéniture pose des questions sur les évènements, certains parents vont essayer de camoufler la chose et prétendre qu’il ne se passe rien du tout. Il s’agit d’une grosse erreur car même si l’enfant ne comprend pas, comme on l’a vu plus haut, il n’est pas dupe. Devant le silence des adultes, il va se forger sa propre explication qui sera bien sur irrationnelle et dénuée de tout raisonnement logique, et qu’il va assimiler à son répertoire de choses terrifiantes comme les extra terrestres venus le kidnapper, l’ogre qui va le punir parce qu’il n’est pas rester sage, ou encore des monstres tout droit sortis d’un de leurs dessins animés.
enfant tunisien

L’idéal est bien entendu d’essayer de leur expliquer la situation en utilisant des mots simples, compréhensibles pour leur âge, les rassurer en valorisant la victoire du bien sur le mal, en précisant par exemple que l’armée c’est les gentils qui sont venus pour les protéger contre les méchants et que tout va finir par s’arranger. On peut aussi reproduire la situation par un jeu du gendarme et du voleur, celui-ci se faisant toujours prendre car ses actions sont répréhensibles, et donc toujours choisir un épilogue heureux. L’essentiel c’est de matérialiser l’histoire pour que l’imagination ne prenne pas le dessus.

Il faut aussi être vigilant devant un enfant qui ne pose pas de questions. Cela ne veut pas forcément dire qu’il n’en a pas. Ce mutisme peut être lié au fonctionnement au sein de sa famille, chez qui la discussion et les débats n’ont pas beaucoup de place ou tout simplement à son caractère propre, renfermé et replié sur lui-même. Là aussi il faut faire l’effort d’aller vers lui et de lui faire parvenir l’information, même s’il ne la demande pas.

✩ Savoir déchiffrer les signes

Le principal risque dans cette situation inhabituelle, c’est que l’enfant développe un stress post traumatique.

Il va se manifester de différentes manières, principalement liées au caractère de l’enfant.
On peut remarquer :

– Un inversement de l’humeur, le tempérament calme est remplacé par de l’agitation et vice versa.

– Une irritabilité qui se manifeste par des pleurs soudains et souvent injustifiés.

– Une insomnie ou un sommeil entrecoupé de cauchemars.

– Une perte d’appétit.

Il peut aussi développer un comportement de fuite ou d’évitement qui consiste en une banalisation de la situation qui va agir sur lui comme un mécanisme de défense.

Parfois, lorsqu’il est incapable d’extérioriser ou d’exprimer ses angoisses verbalement, celles-ci vont ressortir dans ses dessins qui peuvent en dire long sur ses sentiments.

Chez l’enfant fragilisé par un choc émotionnel antérieur, les signes seront plus graves et non négligeables. Il pourra développer :

– des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou des tics ;

– une énurésie ;

– une somatisation : on décèlera alors des signes pathologiques comme une migraine ou des maux de ventre liés directement à son stress ;

– de l’agressivité.

Quels que soient les signes, ils sont passagers lorsqu’on les décèle suffisamment tôt et qu’on y remédie avec beaucoup de tendresse et d’affection. Il faut faire attention aux rechutes car un évènement ou une situation parfois même anodins peuvent faire remonter à la surface les angoisses. Par contre, si votre bout de chou présente plusieurs de ces symptômes et qu’ils persistent au-delà d’un mois, il faut l’emmener chez un spécialiste car il faudra craindre la chronicité de ces troubles et leur aggravation.