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Maman, pourquoi tu as un ballon dans le ventre ?

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Maman, pourquoi tu as un ballon dans le ventre ?

L’arrivée d’un deuxième enfant au sein d’une famille représente un grand changement et nécessite de nouvelles dispositions.

par Hajer Missaoui

Une question de mauvais calcul ?

En tant qu’adultes responsables, on programme, on calcule et on prévoit presque tout. On fait en sorte que tout se passe pour le mieux et que le nouveau venu ne manque de rien. Mais, généralement, en tant que parents d’un premier enfant, on oublie de prendre en considération l’opinion de ce dernier. Bien que tout jeune, celui-ci a aussi son mot à dire. Même en bas âge, l’aîné doit être considéré comme une personne à part entière. Il éprouve des sentiments qu’il est capable d’exprimer d’une façon plus ou moins directe et explicite.

Que ressentent nos aînés ?

La venue d’un petit frère ou petite soeur peut être très mal vécue par un enfant, surtout s’il n’y a pas été préparé. Pour lui, cet intrus va lui voler l’amour de ses parents, le destituer de sa place d’unique qui retient toute l’attention et lui prendre ses avantages. Il peut se sentir rejeté, abandonné et ne pas comprendre pourquoi cet « étranger » s’est immiscé entre lui et ses parents. L’aîné a peur de perdre sa place au sein de sa famille, d’être devenu quelque chose d’accessoire, d’inutile et de facilement remplaçable.

Pourquoi tant d’inquiétudes ?

Ce sentiment de crainte, voire de terreur, est d’autant plus accentué si les parents ou parfois même l’entourage ont utilisé l’éventuel cadet comme instrument de menace. Les phrases du genre « Arrête tes bêtises sinon on va ramener un autre enfant à ta place et on l’aimera plus que toi ! » peuvent sembler anodines aux adultes. Malheureusement, elles restent gravées dans la mémoire de l’enfant pris en faute et elles se concrétisent comme un cauchemar à l’annonce de cette nouvelle naissance. A ce moment, il ressent un sentiment d’injustice car il se croit puni sans savoir quel mal il a fait.

Une deuxième grossesse, c’est aussi le moment que choisissent certains parents pour mettre l’aîné à la crèche ou à la maternelle. L’idée n’est pas mauvaise si elle est bien expliquée et placée dans le bon contexte. Sinon, celui-ci la perçoit comme un renvoi en bonne et due forme de l’institution familiale et de son cadre. Il est devenu un élément encombrant dont il faut se débarrasser. Charmante vision pour un enfant en bas âge, non ?

En plus, pendant la grossesse, la maman est fatiguée par son état. Cela est normal et compréhensible pour tout adulte mais pas pour un enfant. Sait-il seulement ce que ce mot veut dire ? Tout ce qu’il constate, c’est que celle qui lui consacrait tout son temps le délaisse pour aller dormir, ne veut plus le porter, n’est plus disponible, perd facilement patience, ne rit plus de ses bêtises, et tout ça parce que son ventre ressemble à un ballon qui ne cesse de gonfler.

Et pour couronner le tout, elle finit par s’absenter un jour ou deux pour ramener avec elle un paquet de chair enroulé dans un drap qui pleure à tout bout de champ et qui attire l’attention et sollicite l’extase de tout un chacun autour de lui.

Les trucs de nos lectrices

Lamia, 35 ans, 3 enfants

A la clinique, dès le retour dans ma chambre après la naissance de bébé, c’est ma grande fille qui lui a changé sa couche. Elle était fière comme… un coq !

Hedia, 40 ans, 2 garçons

Fayçal, mon aîné, a trouvé un cadeau que lui a «apporté» son nouveau frère dans le berceau de celui-ci. Il était aux anges.

Comment réagit-il ?

Le tempérament de l’enfant et son caractère vont conditionner sa réaction qui peut varier du simple mal-être silencieux aux réactions les plus excessives.

Il peut rester triste dans son coin, sans plus prendre goût à ses plaisirs habituels, pleurer de façon inattendue sans raison apparente. A l’opposé, il pourra aussi se montrer agressif envers ses parents et son cadet. Il cherchera à tromper l’attention des adultes pour le frapper, le pincer, parfois même à l’étouffer. Il peut aussi chercher à attirer l’attention en enfreignant les règles de bonne conduite et en provoquant la colère et l’agacement comme en cassant sciemment des objets ou en jetant de la nourriture par terre, ou encore en refusant de prendre son bain ou de se mettre au lit. Bref, tout ce qui peut vous exaspérer et vous faire sortir de vos gonds.

Certains peuvent même inconsciemment régresser par rapport à leur stade de développement. L’enfant se retrouve à un niveau plus précoce de son enfance et réclame des soins et de l’attention au même titre que le nouveau- né. Il se met à avoir des problèmes de rétention urinaire, il a besoin qu’on l’habille, qu’on le fasse manger… ça revient, à la limite, à avoir non plus un seul mais deux bébés à la maison.

Quand doit-on s’inquiéter ?

Toutes ces réactions sont plus ou moins normales quand il n’y a pas eu de préparation psychologique de l’enfant à la venue d’un petit frère ou d’une petite soeur.Si elles sont prises au sérieux et convenablement gérées, elles finissent par s’estomper avec le temps et restent comme anecdotes à raconter entre amis autour d’un bon café. Cependant, certains signes doivent vous alerter si vous les détectez chez votre aîné car ils reflètent un mal-être très profond aux répercussions parfois graves comme notamment une agitation excessive ou une hyper activité, des insomnies, des angoisses nocturnes, des cauchemars quasi quotidiens ou encore un besoin maladif de s’agripper à sa mère. Dans ce cas, il faut s’orienter vers un spécialiste qui vous aidera à lui faire retrouver son équilibre.

Comment préparer votre enfant à l’arrivée de bébé ?

Vous avez neuf mois pour agir.
Voici quelques conseils qui vous aideront à rassurer votre aîné :

Associez-le à la prise de décision concernant votre grossesse. Il n’est pas question de demander sa permission, loin de là, mais il doit sentir que son avis compte. Cherchez à savoir s’il souhaiterait avoir un petit frère ou une petite soeur.

Expliquez-lui que le nouveau-né ne vient pas pour lui voler votre amour ou sa place au sein de la famille, mais qu’il vient pour compléter cette union et lui apporter lui aussi de l’amour. Il doit comprendre que les parents ont assez de place dans leur coeur pour tous leurs enfants. Les oncles et tantes peuvent être une solide preuve qui abonde dans ce sens.

Emmenez-le avec vous à vos rendez-vous de suivi de grossesse. Il pourra voir ainsi son petit frère ou sa petite soeur évoluer petit à petit et faites-lui comprendre que pour lui aussi les choses se sont passées comme ça. L’échographie morphologique est un moment particulièrement intense, ne l’en privez pas. Faites-lui aussi sentir les mouvements du bébé dans votre ventre.

Faites-le participer dans la préparation du trousseau de son cadet, laissez-le choisir les couleurs et les modèles et n’oubliez pas de lui offrir quelque chose à lui aussi. Il ne doit pas se sentir en manque.

Lorsque la maman est fatiguée, c’est au père de prendre la relève et de s’occuper de l’aîné. Il doit compenser le manque occasionné par l’état de sa femme pour que l’enfant ne se sente pas délaissé et lui expliquer que c’est une étape transitoire qui ne durera pas.

Responsabilisez-le vis-à-vis de son cadet. Expliquez-lui qu’en tant qu’aîné, il doit prendre soin du bébé, le protéger, lui apprendre des choses. Faites-lui prendre part aux soins prodigués au bébé, confiez-lui certaines tâches. Il ne s’en sentira que plus fier et valorisé.

Si vous comptez l’envoyer à la crèche ou dans une garderie, faites en sorte qu’il ne sente pas que cela est lié à la grossesse. Il doit prendre ça pour une nouvelle étape de sa vie parce qu’il a grandi, qu’il doit découvrir de nouveaux horizons, se faire de nouveaux amis et non pas pour céder la place à son petit frère car vous ne pouvez pas vous occuper des deux à la fois, même si au fond, c’est la vraie cause.