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Je suis grand,je vais au collège !

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Je suis grand,je vais au collège !

On se souvient tous de sa première rentrée au collège, où l’on s’est senti pour une fois « grand ». Pas de maman qui nous cherche à la sortie, pas de tablier coloré qui nous arrive jusqu’aux genoux. Le collège est une étape de passage, de l’enfance vers l’adolescence qui est, aux yeux de l’enfant, un saut dans le monde des grands. Ils sont trois à avoir témoigné de leur première rentrée au collège, nous faisant part des mille et une questions qu’ils avaient en tête, jusqu’à la veille de la rentrée.

par Saima Ksibi

Je ne suis plusun gamin !

La première rentrée au collège constitue, en effet, un grand changement dans la vie de l’enfant, parce qu’elle correspond à l’âge de la puberté qui le transforme en adolescent et pendant laquelle il connaît des changements physiques, autant que psychologiques.

De par les petites moustaches qui apparaissent, les poils sur le torse ou les seins qui pointent chez les filles, l’adolescent vit aussi une évolution dans sa tête, une sorte de remise en question qui survient, parallèlement au changement de cadre et d’entourage qu’il vit.

Certains peuvent vivre mal ces transformations physiologiques, les garçons se vexent des remarques qu’on leur fait, par rapport à leurs voix rauques et les filles essayent de camoufler leur poitrine et de ne pas parler de leurs premières règles.L’avantage d’être au collège est donc de se trouver avec des adolescents du même âge, vivant tous la même situation de transition de l’enfance vers l’adolescence.

Certes, cette étape transitionnelle n’est pas facile à vivre pour l’adolescent, autant que pour ses parents. C’est une période pendant laquelle le jeune commence à chercher de nouvelles définitions par rapport à certaines notions qu’il avait, remet en question son attachement à ses parents et cherche à se montrer autonome, et « grand » !

Eya, 14 ans : « Je peux considérer que j’ai réussi ma première rentrée au collège »

« Ma première rentrée au collège s’est très bien passée. Je m’étais bien préparée. Je me suis sentie vraiment grande avec tout ce monde, tous ces professeurs. L’avantage, c’est que ma sœur aînée était dans le même collège que moi, donc c’est grâce à elle que le problème d’intégration ne s’est même pas posé. Par contre, j’ai eu un peu de mal avec les nouvelles matières et tout le système des devoirs et des examens. A l’école primaire, c’était beaucoup plus simple. L’année prochaine je serai au lycée, ça sera encore une fois une rentrée à préparer et une nouvelle vie de lycéenne à commencer. »

Anouar, 13 ans : « J’y vais seul, comme un grand ! »

« J’attendais cette rentrée au collège depuis mes années de primaire. Au collège, je suis devenu plus autonome, j’y vais seul, à vélo, comme un grand. Pour moi, être au collège c’est fréquenter des adolescents comme moi, ou plus vieux que moi et non pas des gamins de l’école primaire. La différence entre le collège et l’école primaire, c’est qu’au collège je me sens plus libre, il y a plus de jeunes qui viennent d’autres écoles et d’autres quartiers, donc j’ai pu élargir mon cercle d’amis. »

Sirine, 12 ans : « J’avais mille et une questions en tête concernant ce nouvel entourage »

« J’ai fait ma première rentrée au collège, cette année. J’ai un peu appréhendé ça au début. C’était le changement total pour moi.

J’ai quitté mon école, mes amis, mes instituteurs pour aller rencontrer d’autres personnes, totalement inconnues. Au début, j’ai eu du mal à aller vers les autres, à me faire des amis, j’avais peur du regard des « grandes classes » envers nous, les petits nouveaux. Je ne voulais pas qu’on me prenne pour une gamine avec ma tenue de fillette, mais au bout des premières semaines, j’ai pu m’intégrer et je me sens bien. »

L’avis du spécialiste : Dr. Hédi Khlif Psychiatre psythérapeute

« La rentrée au collège est l’occasion d’un changement d’école, d’un changement de statut social, d’une évolution des goûts…L’enfant n’est plus le même, il n’est plus un enfant, il devient adolescent. Il était dans un environnement très cadré et se retrouve, d’un coup, propulsé en terrain inconnu, où il devra composer seul. Du « grand » de la récré, il deviendra d’un coup le « petit ». Il devra s’habituer à de nouveaux copains, s’affirmer parmi eux…

Ce changement de décor s’accompagne d’un changement dans le corps. C’est l’âge de la préadolescence, avec son cortège de tracas, d’angoisses, de questionnements concernant des seins qui pointent, une voix qui mue, une pilosité qui s’installe.

Tout ceci survient à l’occasion d’un autre changement, psychologique cette fois-ci, au cours duquel l’enfant devient adolescent, apprendra à prendre de la distance vis-à-vis de ses parents, à ne plus vouloir qu’ils l’accompagnent à l’intérieur du collège, à éviter leurs bisous en public. Il tient tête, tente de s’affirmer en tant que personne, impose ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas.

C’est à cet âge aussi que commencent les premières amours, mais aussi les premières tentations : cigarettes, école buissonnière, prises de risque…

Ce passage vers l’autonomie peut fragiliser les enfants, mais aussi les parents qui voient leur bébé voler de ses propres ailes. Il faudra beaucoup de compréhension, de part et d’autre, pour pouvoir dépasser ce moment charnière, sans trop de conflits et préparer les étapes suivantes du développement de l’enfant. »