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Pourquoi veut-on plaire aux copains ?

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Pourquoi veut-on plaire aux copains ?

A l’adolescence, on s’éloigne des parents, de leur protection, on devient plus indépendant. On commence une nouvelle vie en abandonnant son enfance. Beaucoup d’adolescents cherchent le plus possible à ressembler à leurs copains ou à la bande dont ils font partie, par exemple en s’habillant à la mode, en employant certains mots, en adoptant une attitude particulière…

par Jaouida Ben Aouali

Cela nous agace, nous les parents, mais l’adolescent se construit une image de soi basée sur les critères de la bande, ses modes, ses valeurs, sa morale. Il se sent beau ou laid selon qu’il se rapproche ou non de cette image idéale de soi. Suivre une mode, celle de la bande, c’est une façon de s’affirmer et aussi de porter le costume du groupe. C’est un signe de ralliement, d’intégration. L’ado se sent parfois bien à l’abri dans la mode et la bande. Comme il ne sait plus, il cherche à se plaire dans le regard des autres, son repère.

Les repères sont les pairs

L’adolescent découvre au sein du groupe de copains (les « pairs ») de nouvelles réalités. Il y fait de nouvelles expériences, très importantes pour sa vie sociale future (famille, travail, amis). Il adhère à ces groupes souvent très ritualisés, un peu comme on adhère à une religion, voire une secte. Ce qui n’est pas sans nous inquiéter. La fidélité voire la soumission au groupe est très intense ! Cela n’est pas nécessairement inquiétant ! Bien au contraire, la bande permet de partager, loin des adultes, des actes qui marquent le passage vers l’âge adulte…du moins tant que le groupe de copains ne se transforme pas en horde sauvage ni en bande délinquante !

Quand tout se passe bien, le groupe sert de nouvelle identité, commune à tous les membres de ce groupe, qui partageront les mêmes idéaux, les mêmes comportements, le même langage codé, la même musique, etc. L’ado y dépose sa quête d’idéaux, de force, de modèles, de croyances, de valeurs dans lesquels chaque jeune du groupe peut se reconnaître. La bande fonctionne un peu comme un groupe de frères du même âge. L’ado y exprime ses désirs en évitant d’en porter la responsabilité personnelle. Le groupe de pairs permet de jouer différents rôles (y compris les « mauvais ») tout en se fondant dans son identité uniforme. Les conflits intérieurs de l’ado peuvent ainsi se vivre et se résoudre au sein du groupe, loin des adultes. En proie aux bouleversements qui le fragilisent, l’adolescent se sent intégré socialement et soutenu par ses pairs. C’est ainsi qu’il développe ses capacités futures à établir des liens sociaux et amicaux. L’on comprend donc l’importance que revêtent les autres, les copains, et les raisons du désir de l’adolescent de leur plaire.

Les copains d’abord !

Déjà dans la mythologie grecque, le mot «exclusion» évoque le châtiment. Des héros tels que Dédale ou Œdipe, punis par les dieux, sont condamnés à l’exil. Ces récits illustrent l’une de nos angoisses fondamentales ; de même que la peur de ne pas être aimé, celle d’être mis à l’écart est partie intégrante de nous, car nous naissons avec le désir viscéral d’être inclus, de plaire. Lorsque l’on se sent différent et que l’on a le sentiment d’être rejeté, la relation aux autres devient infernale. Mais ce mal-être permet à certains de se dépasser : ils font de leur hypersensibilité un plus et se font accepter. Le sentiment de rejet s’enracine dans la toute petite enfance, essentiellement lorsque certains « décalages » dans l’image de soi se sont installés : décalage, par exemple, entre ce que l’enfant percevait de lui-même et la place qui lui a été réellement attribuée. Décalage aussi entre ce qui a été donné à l’enfant et ce qu’il a effectivement reçu: un bébé peut avoir fait l’objet de soins physiques rigoureux, mais sans investissement affectif réel. Certains grandiront ainsi avec l’impression d’avoir manqué d’amour et développeront un instinct de persécution. Dans les cas les plus extrêmes, cette angoisse peut évoluer en paranoïa.

Le « vilain petit canard»

« On ne veut pas de moi parce que je suis différent », « Je ne me sens pas à ma place », « Je suis de trop » : certains réajustent sans cesse leur comportement pour se conformer aux supposées attentes d’autrui. C’est à cause de la sensation d’être «tombé là par hasard», d’être le «vilain petit canard», ce mal-être particulièrement vif à l’adolescence, que l’ado s’efforce de gommer ses particularités pour ne pas être exclu du groupe. Grandir consiste à sortir de cette crise pour s’affirmer comme individu. L’image que le groupe, la bande, se fait de nous paraît vitale par moments. On cherche à s’identifier, à être pareil aux autres. De peur d’être rejeté, on s’identifie à ses amis. C’est difficile, parce qu’en fait, pour qu’un groupe fonctionne et soit vivant, il faudrait plutôt être complémentaires.

On a peur des différences comme si elles menaçaient le groupe alors qu’elles le construisent. Il y a un équilibre que chacun doit trouver entre être assez «comme le groupe» pour en faire complètement partie et garder sa singularité, sa personnalité pour rester soi-même. La véritable amitié, celle qui peut durer, commence quand on peut dire à l’autre : « tu n’es pas comme moi, tu as raison d’être comme tu es, et je t’aime bien d’être autrement que moi ».

Nadia K., 14 ans et demi

On ne peut pas plaire à tout le monde, moi-même je n’aime pas tout le monde ! Il m’arrive parfois d’avoir envie de dire « Ta tête ne me revient pas. ». La tolérance c’est bien, mais ça n’est pas toujours évident. Il y a des gens qu’on aime et d’autres moins, c’est la vie. Pour certains je pourrais être trop sérieuse et pas sympa, pour d’autres je pourrais sembler très « m’as-tu vu ». En tout cas je ne pense pas qu’être neutre ou d’accord avec tout le monde soit la bonne attitude pour plaire aux autres, cela donnerait l’impression qu’on n’a aucune personnalité et c’est moche. Il faut juste paraître tel qu’on est et il y aura toujours quelqu’un pour nous apprécier.

Hédi B. G., 15 ans

L’image que je donne de moi-même est très importante pour moi, je m’habille comme les gens de mon âge parce que c’est branché mais ça ne m’empêche pas de dire ce que je pense, même si ça peut déplaire. Bien sûr, j’évite de blesser pour ne pas avoir l’étiquette du méchant de service et puis mieux vaut être bien vu par beaucoup que de se faire des ennemis inutilement. Ceci dit j’ai un groupe de bons potes avec lesquels je me lâche complètement parce que nous avons les mêmes idées et les mêmes loisirs, je me sens bien avec eux.

Ramla B., 14 ans

Quand j’étais encore à l’école primaire, on n’arrêtait pas de me critiquer, de me dire que j’étais moche et insignifiante. Je me suis dit qu’il fallait que ça s’arrête, qu’à la rentrée de 6ème il fallait que ça change. Depuis que j’ai 12 ans, je ne cesse de me faire jolie, je veux que l’on me regarde et que l’on me fasse des compliments. A chaque fois que je suis avec mes copines à l’école ou dans la rue, je fais tout pour que l’on me remarque. Je veux toujours plaire et de temps en temps je me maquille sans trop en mettre, je m’habille à la mode, le tout sans choquer!

Amine R., 16 ans

Je ne cherche pas particulièrement à plaire aux autres, en tout cas pas aux garçons! Seulement je ne veux pas être en reste dans une discussion ou dans un groupe. Je veux qu’on s’intéresse à moi, qu’on m’écoute et j’ai aussi besoin de parler avec des jeunes de mon âge et leur confier mes inquiétudes ou mes problèmes car avec les parents, il y a des choses dont je ne préfère pas parler, ils ne pourraient pas comprendre. Par rapport aux filles oui, il est certain que je cherche à leur plaire ! Avoir une petite amie, ça impressionne toujours les copains ! Sinon voilà: je ne veux pas être transparent, j’ai besoin de savoir que j’existe pour les autres, la solitude n’est pas pour moi ! Je soigne aussi mon apparence parce que j’aime m’habiller et c’est elle qui donne une idée de ce que je suis, mon style vestimentaire ; ce sont aussi mes goûts et une part de moi-même.