Livret Santé

Hypersexualisation des enfants Un phénomène qui inquiète

Publié le
Hypersexualisation des enfants Un phénomène qui inquiète

La sexualité occupe une place de plus en plus grande dans l’espace public, avec des conséquences potentielles sur les enfants. L’image de la femme est exploitée, surexploitée, par la publicité et les médias, en occident comme en orient. Nous vivons dans un village planétaire où tout le monde a accès aux grosses autoroutes de l’information que sont la télévision par satellite et l’Internet.

Une fille de 9 ou 12 ans qui veut des talents aiguilles, qui insiste pour acheter un soutien gorge ou pour mettre un manteau léopard…parce qu’elle a vu cela à la pub ou chez une copine. Est-ce normal ?

Sondes Khribi Khalifa

Les enfants : le meilleur créneau marketing qui soit
Il ne faut pas s’y tromper, si les annonceurs et les marques ciblent tant les enfants en développant tellement de produits qui leur sont destinés, ce n’est pas par hasard. C’est simplement parce qu’ils ont compris à quel point il s’agit d’un marché juteux. L’enfant n’a pas encore intégré la véritable vie active, il ne met pas les mêmes significations que nous adultes sur des mots comme « argent » ou « produit ». C’est ainsi qu’il veut tout acquérir. Acquérir tout ce qu’il voit. Le phénomène est d’autant plus grave quand l’enfant a été élevé comme un enfant roi à la maison, qu’il a toujours obtenu ce qu’il a demandé, à la seconde près pour certains. C’est de l’amour pour ces parents qui se croient être simplement bienveillants. Il n’en est rien en réalité. L’amour d’un enfant inclut la responsabilité de lui donner une éducation et une façon de penser le monde et de s’y comporter.

Qu’est ce que l’Hypersexualisation ?
L’hypersexualisation est généralement définie comme le fait de donner un caractère sexuel à
un comportement ou un produit qui n’en a pas en soi. Exemple typique, la femme qui met deux minutes pour prendre une cuillère dans un yaourt…avec gros plan sur la bouche, la langue et les yeux fermés de plaisir.
Cette hypersexualisation encourage à considérer autrui en fonction de son apparence et selon un rapport de séduction. Séduction elle-même basée sur des stéréotypes figés et entretenus par les médias car apportant une rentabilité évidente. Typiquement un homme musclé et dominateur, une femme mince et aux longs cheveux dorées. Stéréotypes qui règnent en maîtres, autant dans des grands marchés comme les parfums, ou des niches comme la pornographie. Le problème c’est que ces stéréotypes forgent et dictent à l’enfant, de façon insidieuse et silencieuse qui passe simplement par l’image, des normes comportementales, des normes de faire et d’être.

Un monde « sexy »
Nous vivons donc, incontestablement, dans une époque où tout peut avoir une valeur marchande. Les enfants n’échappent pas à la règle, malheureusement. L’utilisation de l’image sexualisée de ces derniers dans les médias est manifeste. Est-il besoin de rappeler que les médias ce n’est pas la chaine Nationale ou la 2, mais toute la panoplie de chaines francophones pour enfants (ou pas pour enfants d’ailleurs), comme celles des pays de l’orient et qui ne sont pas en reste sur cette question de l’hypersexualisation. Il suffit de voir comment des petites filles de 5 ans sont maquillées…
Les ressorts de la sexualité adulte sont utilisés en filigrane pour vendre toutes sortes de produits ou de services, des produits « sexy ». Et ce dans l’indifférence à peu près totale.
Des études montrent clairement que plus de 50% du contenu média (presse ou télé) adressé aux enfants de 6 à 13 ans est basé sur l’apparence sexualisée : maquillage, coiffure, vêtements sexy, conseils de séduction, etc .
A noter également qu’une partie du corps médical s’interroge sur le lien entre l’hypersexualisation de la société et l’apparition plus précoce de la puberté chez certaines petites filles.

Encadré : Des limites à tout
Il faut bien mettre des limites aux pratiques des industriels qui peuvent ne pas penser aux conséquences de leurs stratégies marketing, seule la rentabilité compte. La logique du consommateur et du citoyen est complètement différente, c’est celle de la santé physique et mentale de sa famille et ses enfants, d’abord. Le bon sens d’abord. La recherche complètement dérégulée de rentabilité détruit la société. Comme les cellules cancéreuses qui se mettent à proliférer de façon anarchique…et qui détruisent le corps.

Un enfant est un adulte en devenir
Un enfant étant par définition un individu qui n’a pas accompli son développement, sa personnalité et ses choix sont très influencés par les paramètres de l’environnement, et ce notamment à l’adolescence. Le jeune subit un cortège de transformations, une hyperproduction hormonale qui chamboule tout son être, physique mais surtout psychique.

Un enfant qui subit en permanence le matraquage publicitaire, ou les images de produits hypersexualisants en magasins, développe vite un sentiment d’insatisfaction quant à l’image qu’il a de son propre corps. D’où mal-être et manque de confiance en soi. Sans oublier les troubles de l’alimentation qui apparaissent chez des enfants de plus en plus jeunes, et qui voudraient, consciemment ou pas, ressembler à telle ou telle image. Enfin, évoquons les risques majeurs de perméabilité vers une découverte trop précoce de la sexualité via des images qui circulent à peu près partout et que votre enfant peut croiser un peu partout, à la télé ou sur le net.
Un enfant a le droit de vivre pleinement son enfance. Donnons le temps à nos enfants. Notre logique n’est certainement pas celle des industriels, ce n’est certainement pas celle de la rentabilité !

Faut-il jeter la télé ?
Que faire face à ce tsunami d’influences ? Faut-il jeter la télévision ? Couper Internet ? Eviter d’emmener les enfants quand on va faire les courses ?
Certainement pas. Vous n’aurez fait que retarder et noyer le problème. L’enfant à qui on interdit tout sera le plus tenté de tout essayer. Mais la mesure est nécessaire en toute chose, donc pas de télévision pendant des heures d’affilée sans aucun contrôle parental. Pas de télévision, ni d’Internet, dans la chambre des enfants. Mais plus important que tout cela, l’information et l’éducation. Le choix même des programmes télé à regarder. Le parent a aussi le droit de choisir -avec et pour son enfant- le type de télé à regarder. La grande diversité des chaines proposées par le satellite et Internet pourrait aussi être une chance, pour découvrir le monde, comprendre la vie, éveiller la curiosité, apprendre des langues vivantes, etc.
Il faut le vouloir pour passer des heures devant des séries typiques Américaines. Il ne faut pas s’étonner ensuite que sa petite fille veuille s’habiller exactement comme la vedette de la série. N’oubliez pas qu’avec chaque télé on vend une télécommande.

Information et éducation
Il faut parler à ses enfants, leur expliquer les choses. Expliquer d’abord que nous vivons dans une économie -et par conséquent dans un monde- dont la première valeur est la recherche du profit. Les enfants ne saisissent en effet pas l’intention commerciale de la publicité . Il faut donc leur expliquer que si l’on voit des publicités ou des produits en magasins, ce n’est pas pour nous donner du bonheur ou nous faire plaisir. C’est pour faire de l’argent. D’ailleurs dites à l’enfant d’essayer de prendre quelque chose sans payer…il comprendra vite que si tout a une contre partie, rien n’est fait au hasard.
Il faut expliquer à l’enfant que tout ce qui se vend, n’est pas forcément à acheter. Les entreprises veulent tout nous vendre : c’est dans leur intérêt. Mais est-ce dans notre intérêt d’acheter tel ou tel produit ? Voila la bonne question.
Très tôt, et dans chaque famille, on devrait expliquer à l’enfant la différence entre le plaisir de regarder quelque chose et de dire « Ah c’est beau » et le besoin d’acheter quelque chose. Mais aussi, la liberté de dire « Ah c’est moche »…même si plein de gens ont achètent !

Encadré : Mesures de régulation et de prévention
De plus en plus de pays optent pour des mesures légales de régulation de l’image hypersexulaisée (que ce soit de la femme, de l’homme, ou de l’enfant) dans l’espace public : codes de bonne conduite pour certaines industries, séparation claire des rayons enfants et adultes pour la lingerie, programmes d’éducation sexuelle dès le primaire pour comprendre la relation homme-femme sous un angle sain et global avant de subir les déformations des images diffusées ici et là (encore faut-il avoir du personnel qualifié pour le faire..), etc.
Un exemple original est celui de ce collège Britannique qui a fait retirer les miroirs des toilettes, car les jeunes passaient le temps de la récréation à se maquiller et à se coiffer. On voulait les pousser à sortir prendre l’air et à discuter…