Mon mec à moi

Etre marginal n’est pas forcément être déstructuré

Publié le
Etre marginal n’est pas forcément être déstructuré

Entretien avec Dr Houssème Louiz, psychiatre, psychothérapeute, sur la marginalité, l’amour et la vie de couple

Certains hommes et certaines femmes épousent un partenaire dans la marginalité ou qui a un passé lourd… (prostitution, drogue, etc..). Ce genre de couple a-t-il des chances de réussir ?

L’expérience montre que la marginalité, qu’elle soit sociale ou comportementale (prostitution, drogue, délinquance) peut être diluée dans la vie d’un couple et que ce couple a des chances de fonctionner ordinairement. L’expérience de marginalité pourrait être alors ce paramètre qui donne au couple une certaine maturité.

L’adage qui dit « on ne change pas la nature de quelqu’un » est-il vrai ?

Pas pour tout le monde. C’est vrai qu’il y a des traits qui ne changent pas mais les comportements marginaux ne dénotent pas nécessairement une personnalité perverse ou déstructurée. Des expériences de vie peuvent être à l’origine de cette marginalité, des expériences qui ont eu lieu dans un contexte particulier et qui peuvent être vécues sur un mode d’apprentissage. Dans la pratique, j’ai connu des gens qui ont eu un parcours très chaotique et qui, finalement, arrivent à se stabiliser dans une vie de couple et dans une famille correcte et réussie…

Et si cette tendance à la marginalité était génétique ?

Je ne pense pas que la marginalité ait des origines génétiques, mais il y a des prédispositions génétiques… Celle-ci est tributaire d’un facteur extérieur pour la provoquer ou l’aggraver. De toute façon, le fonctionnement psychique d’un être humain n’est pas figé… Fort heureusement, il évolue. Mais cette élasticité psychique peut être dans les deux sens, vers le bon ou le mauvais selon l’environnement extérieur. Chez certaines personnes, ces expériences de marginalité peuvent constituer un atout pour une meilleure compréhension du monde, d’une appréhension plus vraie de la réalité extérieure. Ce qui permet un fonctionnement de couple beaucoup plus équilibré. Pour un homme, par exemple, faire le choix d’une femme qui n’a jamais rien connu et qui a évolué dans un environnement où les stimulations extérieures sont très pauvres peut se solder par un échec. Pourquoi ? Parce que ce genre de femme est généralement très compliqué à vivre. Ce qui peut faire durer le couple, c’est une certaine souplesse de part et d’autre.

Les femmes qui on un passé marqué sont-elles plus souples que les hommes marginaux une fois mariées ?

On n’a pas de statistiques dans ce sens. Mais je me permets de donner une hypothèse : je pense que les femmes ont des capacités d’adaptation beaucoup plus importantes que les hommes. Même si elles ont beaucoup de mal à tourner la page parce qu’elles peuvent culpabiliser, parce qu’elles peuvent avoir une réaction exagérée de repenties. Cependant, d’après mon expérience, les femmes ont une psyché beaucoup plus souple et malléable qui leur donne une meilleure adaptation à la vie rangée.

En somme, faut-il avoir peur de se lier à quelqu’un qui a un passé marginal ?

Dans nos sociétés aujourd’hui, tout est bien codé, tout est bien rangé. Quand quelqu’un dit à sa famille qu’il va épouser une personne, cette famille va faire sa petite enquête sur la personne en question, son passé ou sa réputation. Et la réputation, dans nos codes sociaux, peut prendre le dessus sur les qualités de la personne. Maintenant, il y a ceux qui refusent d’épouser quelqu’un après avoir découvert un passé lourd. Mais il y a ceux qui acceptent ce passé sans difficultés…

C’est la force de l’amour ?

Je pense que l’attachement sentimental est très important dans ces cas. Mais même le lien amoureux n’est pas spontané… Il y a des signes envoyés à l’inconscient ou des comportements qui attachent un homme à une femme ou vice-versa. Parfois, c’est le passé marginal qui peut être à la source de l’attirance d’une personne vers une autre.

Mis à part la marginalité, il y a des gens qui épousent une personne handicapée. Par quoi peut-on l’expliquer ?

J’ai rencontré des situations où des femmes ont été amenées à s’occuper d’un handicapé. Et puis il y a un lien amoureux qui s’est créé, lien basé, entre autres, sur ce rapport de nursing où le côté maternel est très présent. Une femme peut trouver son épanouissement dans ce rapport de soutien et de nursing qu’elle peut trouver auprès d’un handicapé. Cela dit, le contraire est beaucoup moins fréquent parce que ce qu’on appelle le « care » (l’attention, la générosité, etc., ce qui est relatif à la maternité), c’est du côté féminin qu’on le trouve. Les hommes sont beaucoup plus dans la recherche du pouvoir.