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10 questions à un angiologue

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10 questions à un angiologue

Tôt ou tard, on risque tous d’être confronté à des soucis au niveau de nos vaisseaux sanguins comme les varices, les phlébites et j’en passe. Dans ce cas qui consulte-t-on ? Eh bien un angiologue ! Nous nous sommes adressés au Docteur Raoudha Ayadi pour nous éclairer sur cette pratique.

par Myriam Bennour Azooz

1- Qu’est-ce qu’un angiologue ?

Un angiologue c’est un médecin vasculaire, l’origine du mot est latine angio signifiant vaisseaux et logie étant le mot pour science. Le médecin vasculaire est donc le médecin qui va traiter toutes les maladies en rapport avec les vaisseaux à l’exception du cœur et de ses vaisseaux, qui sont du ressort du cardiologue.
L’angiologue va donc traiter les maladies artérielles (dont les artérites), les maladies veineuses dont les plus connues sont les varices, mais aussi les maladies des vaisseaux lymphatiques (œdèmes…). Et ceci quel que soit l’étage, à savoir membres inférieurs ou supérieurs, abdomen, tête. Et c’est à lui qu’incombe aussi la responsabilité de l’exploration (écho-doppler des vaisseaux soit artériels soir veineux). Pour conclure, je dirai que l’angiologue est chargé d’explorer, suivre et traiter le patient du point de vue des vaisseaux.

2- A partir de quel âge sommes-nous concernés par les problèmes circulatoires dans le sens où l’on doit consulter un angiologue en cas de doute ?

Il n’y a pas vraiment d’âge minimum pour être concerné, et puis cela dépend aussi de la maladie. En fait, chaque pathologie touche un certain nombre d’âge, cela peut commencer dès la naissance. Il y a ce qu’on appelle les angiomes que l’on nomme communément dans notre langage parlé « chahwa » qui apparaissent souvent dès la naissance, alors que ce sont en fait des micro-vaisseaux. A partir de là c’est aux parents de surveiller ces vaisseaux, s’ils persistent, ont une localisation contraignante ou s’étendent, il est conseillé de consulter. En général, ce n’est rien de grave et c’est facilement traitable. Mais c’est à l’angiologue, qui à la suite de son examen, décidera de la marche à suivre. En effet, il y a certains cas où il préférera ne pas agir, notamment si l’angiome est à proximité d’un nerf (étant donné la fragilité des nourrissons), et préférera alors attendre que l’enfant grandisse. Pour ce qui est des varices, étant donné qu’il s’agit là d’une pathologie héréditaire, elles peuvent apparaître dès l’âge de 12 ans.

3- Dans le cas des varices justement, faut-il les traiter dès leur apparition ? Même si c’est si jeune ?

Le traitement des varices est avant tout préventif. Il ne faut pas attendre d’avoir mal pour aller consulter. Si c’est avant l’adolescence, c’est-à-dire avant 15-16 ans, on parlera de traitements locaux qui consisteront essentiellement en des pommades, du sport, des conseils pour une bonne hygiène de vie, parce que le corps est encore en cours de changement. Ce n’est qu’une fois arrivé à l’âge adulte que l’on peut envisager des traitements plus poussés comme la sclérothérapie.

4- Est-ce que les problèmes liés aux vaisseaux sont évitables avec une bonne hygiène de vie ? Une bonne alimentation ?

Même si le 100% n’existe pas en médecine, il est certain qu’une bonne hygiène de vie peut faire éviter bien des soucis de santé en général, et en ce qui concerne les vaisseaux en particulier. Une activité physique régulière permet une meilleure oxygénation protectrice, une alimentation saine aide à éviter le cholestérol qui bouche les artères (que ce soit au niveau du cœur ou des vaisseaux périphériques).

5- Extrémités froides, jambes lourds, varices dans la famille, à partir de quand faut-il consulter ?

Il ne faut pas attendre que la varice apparaisse pour consulter. En effet, s’il y a apparition de varicosités, c’est-à-dire les petites lignes mauvâtres que l’on voit sur la peau (elles ont un petit diamètre et sont cutanées), c’est qu’il y a de fortes chances que l’on ait plus tard des varices. Les varices, elles, sont plutôt vertes et ont un diamètre supérieur ou égal à 4 millimètres. Si on voit une varice sur la peau, c’est que la saphène (veine située sous la peau et localisée sur les membres inférieurs) est touchée.
Pour prendre cet exemple, une personne n’ayant pas de varices, mais qui a un terrain familial favorable, si elle n’a aucun symptôme, elle n’ira pas consulter, par contre, si elle a mal aux jambes, alors cela devient un motif de consultation. En effet, comme le terrain des varices existe, il se peut qu’elle ait des varices internes et du coup qui ne se voient pas. Un traitement précoce évitera alors que les varices apparaissent ou se compliquent, et par la même occasion, d’avoir un traitement moins lourd.

Pour ce qui est des extrémités froides, c’est aussi un motif de consultation puisque c’est d’office un signe de mauvaise circulation, et c’est généralement le signe d’une atteinte des artères.

6- Quelle est la différence entre une atteinte d’une artère et une atteinte d’une veine ?

Oui, bien sûr. En premier lieu, cela est dû aux rôles différents qu’ils ont. Une artère a pour rôle de nourrir le tissu ou le muscle qu’elle irrigue. Elle ramène l’oxygène, les vitamines et autres minéraux. La veine, elle, va assurer le retour veineux, donc elle, elle va assurer le retour de tout ce qui est CO2, acide. L’atteinte d’une artère est donc vitale pour le tissu, ce qui n’est pas le cas pour la veine. Mais cela ne veut pas dire que l’atteinte d’une veine ne peut pas être considérée comme grave. Comme c’est le cas de la phlébite. Il s’agit d’une thrombose d’une veine, le sang coagule dans la veine. Si c’est une grosse veine (au niveau des jambes ou des bras), il y a risque d’embolie. Il ne faut donc pas minimiser les risques liés à l’atteinte d’une veine.

Au final, je dirai que même si l’atteinte d’une artère touche à la vitalité du tissu, celle d’une veine peut entraîner le pronostic vital. Il faut donner à chaque maladie son importance. Puisque toute pathologie non traitée peut avoir des conséquences graves.

7- Comment se rendre compte d’une varice interne ?

Comme on l’a dit tout à l’heure, si on a des varices apparentes, c’est que forcément, il y en a d’autres qui sont localisées au niveau interne. Sinon, même si il n’y a pas de varices superficielles, il peut tout de même y en avoir au niveau sous-cutané, il se peut alors que l’on remarque l’apparition d’un œdème ou encore que l’on ressente une lourdeur au niveau des membres.

Il y a aussi les facteurs aggravants, notamment le terrain familial, le fait d’être une femme, puisqu’on sait maintenant que les varices touchent 3 fois plus les femmes que les hommes, et la grossesse.

8- Quels sont les premiers signes d’une phlébite ?

Il y a principalement 3 signes : rougeur, chaleur et œdèmes, tous trois localisés au niveau de la veine bouchée. Il est alors impératif de consulter immédiatement, la phlébite étant une urgence. En effet, elle peut toucher toute personne, elle est très grave par ses conséquences, mais elle est très facilement traitable, c’est pour cette raison qu’il ne faut pas hésiter en ressentant ces 3 symptômes. On peut ainsi éviter le pire en appliquant le traitement adéquat le plus rapidement possible.

9- Les varices peuvent-elles être considérées comme un problème esthétique ?

Il y a deux volets dans les varices. Quand c’est des varicosités (micro-vaisseaux) et qu’il n’y a ni gêne ni douleur, oui, on peut dire à ce moment-là que c’est esthétique. Mais dès qu’il y a des douleurs, des œdèmes, des crampes, il y a une atteinte des saphènes, ce n’est plus esthétique parce que cela devient un enjeu cutané pouvant entraîner des complications comme les ulcères et les phlébites. Quand le processus variqueux est fini, que la varice est installée, cela ne fait plus vraiment mal, ici, la douleur n’est plus un indicateur, et il faut consulter.

10- Quels sont les signes d’une atteinte artérielle ?

Il y a tout d’abord ce qu’on appelle la claudication intermittente (douleur aiguë et handicapante au niveau des mollets à la marche). C’est une douleur qui apparaît à la marche, après 200 ou 500 m, selon la gravité de l’atteinte. Là, il est impératif de se reposer durant quelques minutes avant de reprendre. Ceci est alors le premier signe d’une atteinte artérielle des membres inférieurs, et c’est un signe suffisant pour consulter tant que cela se répète plusieurs fois. (Même si cela survient à 30 ans ou même 30 ans).

BONUS : que rembourse la CNAM ?

Pour ce qui est des varices, la CNAM ne rembourse pas, sauf si cela migre vers une phlébite. Il est à savoir qu’il y a 6 stades pour les varices, les stades 1 et 2 étant les moins graves, et considérés par le système français comme esthétique et donc non remboursés. Les autres stades, eux, sont aujourd’hui, remboursés en France. J’espère qu’on en sera bientôt là en Tunisie. Pour le moment, il y a l’appareillage qui est remboursé, notamment les bas de contention. Pour ce qui est de tout ce qui touche aux artères, c’est en général pris en charge par la CNAM puisque ce sont des pathologies qui mettent en jeu le pronostic vital.