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100 jours contre le tabac

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100 jours contre le tabac

La consommation tabagique est liée à un risque d’apparition de pathologies pulmonaires, c’est la première cause de cancer pulmonaire. Le tabac est également associé à un risque de séquelles graves sur les artères et le cœur. Avec un sevrage tabagique, le risque d’un infarctus du myocarde est réduit de moitié après une année d’arrêt. Dans ce cadre une campagne de mobilisation de « 100 jours anti-tabagisme » a été lancée dans les espaces publics par le ministère de la Santé publique et a été initiée le vendredi 27 février 2015, 10 ans après la signature le 27 février 2005 de la convention cadre de la lutte anti-tabac, à l’aéroport de Tunis-Carthage pour une prise de conscience et une mobilisation de tous.

par Hela Kochbati

Le tabac tue près de six millions de personnes chaque année dans le monde, parmi lesquelles cinq millions de fumeurs et un million de personnes exposées au tabagisme passif. Seulement 5 % de la population mondiale bénéficie  des services d’assistance et d’aide au sevrage tabagique. Cette mobilisation cible l’augmentation des connaissances générales de la population sur les méfaits du tabac sur la santé, la poursuite de la « dé-normalisation » du produit tabagique, la dissuasion des jeunes et des adultes à ne pas fumer, l’information  des fumeurs très dépendants, les femmes et les adolescents sur les  risques et les dangers  du tabagisme. Cette campagne d’éducation, de sensibilisation et d’information est un programme préventif réalisé avec les professionnels de la santé  de première ligne tels que  les  médecins et les  médias grand public. En Tunisie, la moitié des hommes adultes, 20 % des adolescents  et près de 10 % à 12 % des femmes fument. Le tabac  est un fléau de santé publique qui entraîne chaque année le décès de six à sept mille fumeurs. Cette manifestation a pris son point de départ  à l’aéroport de Tunis-Carthage. Elle vise tous les aéroports du pays et chaque semaine cette manifestation anti-tabac se déplacera dans un endroit public pour aider les gens à arrêter de fumer et les renseigner sur les dangers du tabagisme.

Dr Nessiba Cheickhrouhou Boudrigua  (Direction de la santé de base)

1) Quel est l’objectif de cet événement ? Et pourquoi le choix de l’aéroport de Tunis- Carthage pour initier cette mobilisation de la lutte anti-tabagique ?

Nous sommes présents à l’aéroport de Tunis-Carthage pour la célébration de la décennie de la convention cadre adoptée par l’Organisation Mondiale de la Santé à Tunis. La signature de cette convention a eu lieu  le 27 février 2005 et elle a été ratifiée en 2010.  Nous avons ciblé  le démarrage de cette campagne à l’aéroport de Tunis-Carthage, parce que c’est la vitrine du pays en collaboration avec le ministère de la Santé publique et la direction de l’Office de l’Aviation Civile et  des Aéroports (OACA). Nous espérons que le programme de 100 jours atteindra son objectif. L’initiation de la sensibilisation au sevrage tabagique et son interdiction dans les espaces publics a démarré aujourd’hui. 

Nous avons chaque semaine une manifestation similaire de sensibilisation contre les méfaits du tabac. On commence par la sensibilisation et nous allons pénaliser  par infraction  ceux qui fument dans les espaces publics. La campagne de mobilisation s’est déroulée sous le slogan « pour un aéroport sans tabac ».

2) Pour cette campagne de mobilisation de 100 jours, quels sont les objectifs spécifiques ?

Le programme de la campagne de sensibilisation nationale sur le sevrage tabagique dans les espaces publics l’information sur les effets nocifs du tabagisme, pour que celui qui ne fume pas ne devienne pas un fumeur potentiel. Nous visons ceux qui fument pour arrêter de fumer. Nous pouvons les aider par des conseils et des recommandations sur les méthodes et les techniques de sevrage tabagique. Nous leur  fournissons les informations nécessaires. Nous disposons de 120 cabinets  pour le sevrage du tabac dans les centres de soins de base et dans les établissements hospitaliers dans les différentes régions du pays. Nous allons soutenir leurs efforts pour stopper le tabac. Nous prenons également le taux du monoxyde du carbone (CO) pour que ceux qui fument sachent le taux de déficit d’oxygène dans le sang. C’est une action de sensibilisation pour arrêter de fumer.

Dr Mounira Masmoudi Nabli (inspectrice générale de  la Santé publique)

1) Quel est le but de cet évènement de sensibilisation nationale sur le sevrage tabagique dans les espaces publics ?

Cette manifestation rentre dans le cadre du renforcement des activités des  différents ministères, essentiellement les ministères de la Santé qui a choisi d’initier une campagne de mobilisation de 100 jours pour lutter contre le tabagisme.

2) Pourquoi cette lutte contre le tabagisme et cette mobilisation de 100  jours sont initiées à l’aéroport de  Tunis-Carthage ?

Nous savons tous que le tabac est un facteur de risques non seulement pour les personnes (tabagisme  actif et passif)  mais aussi pour la société, pour l’économie et aussi pour la santé des individus. Le tabac est le premier facteur facilitant l’apparition de cancers, de diabète, les maladies cardiovasculaires, le jaunissement des dents, la baisse de la vision  et beaucoup d’autres maladies. Il faut dire que le tabac est nocif pour tous les organes du corps. La manifestation anti-tabac a été organisée à l’aéroport de Tunis-Carthage,  parce que c’est le visage de la Tunisie. Plusieurs visites, soit plusieurs centaines de visiteurs tunisiens et étrangers  affluent dans l’aéroport chaque jour. Nous avons voulu montrer  par cette mobilisation  que la vitrine de notre pays est un espace public sans tabac.

3) Quelles sont les activités  initiées au cours de cette  mobilisation ?

Plusieurs activités ont été programmées comme les points de sensibilisation. Parmi ces activités, il y a l’information sur les méfaits du tabac,  l’incitation et la promotion à l’arrêt du tabac, la mesure du monoxyde du carbone (CO) au cours de la respiration des fumeurs qui les pousse à arrêter de fumer puisqu’ils constatent lors de ce test la diminution du taux d’oxygène dans leur sang. Au cours de cet événement, nous ciblons également la distribution d’affiches et de dépliants résumant toutes les informations nécessaires sur le tabagisme.

4)  Qu’en est-il de la législation anti-tabac et son actualisation ? Et comment vont se faire les contrôles sanitaires dans les espaces publics ?

Nous disposons d’une loi extraordinaire, c’est celle de 1998. Seulement, il y a des articles qui manquent par rapport à la convention cadre de lutte contre le tabagisme que la Tunisie a signé en 2005 et a ratifié en 2010. Cela fait des années que nous attendions l’actualisation de cette loi. Aujourd’hui, elle est actualisée, mais elle n’est pas sortie officiellement. Elle va passer à l’assemblée du nouveau parlement pour être admise, sera validée prochainement et paraîtra bientôt dans le Journal Officiel. Pour actualiser la loi, quatre articles ont été ajoutés. Le premier article concerne l’interdiction de la vente des cigarettes au détail. En second, l’interdiction de vente  de cigarettes pour les jeunes moins de 18 ans. On voit aujourd’hui que ce fléau est répandu devant les écoles et les collèges avec des enfants qui commencent à fumer dès l’âge de 11 ans. C’est un phénomène très grave et il faut commencer par le commencement, c’est-à-dire renforcer la lutte  contre le tabagisme des enfants, et là on gagnera le combat contre le tabac. En effet, si les enfants ne commencent pas à fumer, ils ne seront jamais des fumeurs et puis actuellement il existe beaucoup de motivations qui incitent l’enfant à fumer. Par ailleurs, il ne suffit pas d’interdire  la vente de cigarettes au détail ou pour les enfants de moins de 18 ans, mais il faut sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge, à l’école, notamment afin de comprendre les enjeux sur sa santé. Les deux autres articles du texte législatif concernent la publication  de photos choquantes sur les paquets de cigarettes montrant les séquelles et les maladies graves liées au tabagisme et également la suppression des termes « light », « super light », etc. Ces appellations de cigarettes légères ne veulent absolument rien dire. Les cigarettes sont nocives qu’elles soient « blondes » ou « brunes »,  « light » ou « pas light » et sont des facteurs déterminants de maladies graves et parfois mortelles comme le cancer des poumons, l’infarctus du myocarde ou l’amputation des membres. En outre,  au cours de  cette campagne anti-tabac,  nous allons cibler tous les espaces publics (hôpitaux, aéroports, administrations, restaurants, cafés, etc). Les forces de l’ordre sont responsables du contrôle de l’interdiction du tabagisme dans les lieux publics. Cependant, il est à noter que même parmi  ces contrôleurs, il existe des personnes qui fument. La  législation a été revisitée pour permettre de faciliter les procédures aux   agents de police et aux  intervenants de juridiction, immédiatement lors de l’infraction. 

5) Quel message adressez-vous aux lecteurs suite au lancement de cette campagne?`

Mon  message est adressé en premier lieu aux non-fumeurs,  je les incite à demander le droit de respirer un air sain, sans tabac et de réclamer leur droit auprès de  leurs collègues au bureau, dans un espace fermé ou dans un espace public. « S’il vous plaît ne fumez pas, moi je ne fume pas, respectez-moi ». En s’adressant aux non-fumeurs, nous avons beaucoup plus de poids. Si 35 % de la population fume, nous visons d’agir avec les 65 % des personnes qui ne fument pas pour faire réagir  et  gagner notre combat contre le tabac.