Nos Plus

L’année de l’école

Publié le
L’année de l’école
par Héla Msellati

Jusqu’aux années soixante, les neuf  mois de scolarité débutaient le 1er octobre ; écoliers et lycéens d’aujourd’hui n’auront connu que septembre, définitivement entériné depuis et par tous en tant que mois de la rentrée scolaire. Si à l’époque de Jules Ferry, les trois mois d’été étaient destinés pour beaucoup aux travaux des champs,  aujourd’hui, ils devraient, tous niveaux confondus,  servir à préparer la rentrée suivante et si cela n’a jamais été le cas sont, enfin et en toute logique, en passe de le devenir.

Après le bras de fer avec le syndicat des enseignants et le lancement, envers et contre tous, de son programme de réforme, le ministre de l’Education, Néji Jalloul, s’est donné comme objectif de remettre  à neuf un millier d’établissements scolaires pour fournir des conditions plus décentes, voire meilleures, aux élèves de l’école publique, pour la rentrée 2015-2016. L’été durant, il a visité les établissements, allant de découverte en surprise. Les constats sont édifiants : « 4000 écoles sur 6000, jugées insalubres », « gestion catastrophique des ressources humaines », la cerise étant l’« établissement servant d’école le jour et de café le soir ».  Ce faisant, il aura en tout cas, à défaut de servir de modèle, donné l’exemple, s’attirant ainsi la sympathie du citoyen et le soutien des parents. Les dons arrivent, les chantiers avancent et l’émulation porte ses fruits.

Récemment, l’Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières et PETROFAC Tunisie  proposaient de contribuer avec 165 mille dinars destinés à l’amélioration de l’infrastructure de base de neuf écoles primaires sur les îles Kerkennah, permettant d’offrir à environ 600 élèves des conditions de travail  convenables. Relayant les évènements, les réseaux sociaux  ont parallèlement véhiculé  les images de certains établissements dans lesquels corps enseignant et administratif se sont donné rendez-vous, pendant les chaleurs d’août pour balayer, laver, nettoyer, astiquer … dans la gaieté. Dans le sud le plus retiré du pays, des parents solidaires et généreux ont réuni les fonds pour de coquettes écoles où il fait bon retourner étudier, postant avec fierté les photos de leur investissement.  Ailleurs, ce sont les mères, toujours elles, qui ont repeint de leurs mains les écoles où leurs enfants devraient faire leur rentrée. Le « mois de l’école » emballe et suscite un enthousiasme tel qu’il est en passe de se transformer en « année de l’école. »

Aujourd’hui, l’initiative prend son envol puisque le ministère de l’Education s’est proposé d’organiser des concerts donnés par des artistes et un Téléthon qui s’est déroulé les 11 et 12 septembre  en partenariat avec Al-Watania et dont le programme a été diffusé sur les ondes de la chaîne nationale. Bilan : plus d’un million de dinars récoltés et qui profiteront aux établissements éducatifs.

Lutter contre l’ignorance due essentiellement  à l’abandon scolaire dans les régions défavorisées est le but de l’opération « Instruire c’est construire » mise en place par l’association Afreecan  qui prend en charge les écoliers nécessiteux, depuis déjà trois rentrées. Sa quatrième édition se chargera de 200 élèves habitant entre Sidi Salem de Séjnane ainsi que d’autres enfants issus de 15 gouvernorats. La scolarité prise en charge à long terme nécessitant des fonds importants, l’association innove et implique le citoyen, en Tunisie ou à l’étranger, avec une cagnotte en ligne.  L’évènement invite qui le souhaite à parrainer un enfant scolarisé et en difficulté matérielle.  Le parrain reçoit avec un reçu de sa contribution annuelle (75 dt) le nom, la photo et le dossier de l’enfant pour suivre sa scolarité  et rester informé  de la progression de son filleul qu’il pourra appeler ou contacter personnellement.

En ce mois de rentrée, les commentaires que suscitent ces évènements en disent aussi assez long : « Je crois que c’est dans la mentalité des gens que ça se passe: la propreté, l’entretien, le respect du lieu de travail, de l’école, du lycée, de la faculté, bref de l’environnement ne concernent qu’une minorité de Tunisiens. » D’autres, plus audacieux donnent des « Proposition aux ministères : la création de cours d’éducation écologique. 2 heures théoriques et 4 heures pratiques par semaine pour tous les enseignants, les élèves et les étudiants afin d’entretenir les écoles, facultés, foyers et leur environnement ».