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Bibliothèque rose

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Bibliothèque rose

A l’heure où la société civile et le lectorat s’indignent de la parution d’une littérature d’un genre sombre et de couleur on ne peut plus noire, il y aurait matière à coloriser les deux dernières années de la vie politique et sociale tunisienne. 

par Héla Msellati

A défaut d’envisager un futur en rose, il y aurait de quoi dépeindre le mémorable règne de la Troïka, dans cette tonalité, précisément.
Couleur de la séduction et associée à la féminité, avant de devenir celle de B.B. et de Barbie, le rose était la couleur de l’écrivain Barbara Cartland, spécialiste du roman sentimental, « à l’eau de rose », justement. S’il est associé à la tendresse ou au bonheur, ce « bâtard du rouge triomphant » s’allie volontiers à l’érotisme, voire à la sexualité. Si « le sexe est une des formes primaires du pouvoir » et «le pouvoir (…) comme une nuit de noces, quand on y goûte, on a du mal à s’en défaire (car) il ouvre l’appétit», le quotidien du Tunisien n’en a pas manqué, si l’on fait le bilan des évènements.
La matière pour une littérature, d’un genre coloré, foisonne. Ce livre rose commencerait au chapitre premier par la proposition incongrue de réduire la moitié de la société:

la femme à la portion « congrue de complément» de l’homme pour qu’elle puisse accomplir «sa fonction essentiellement sexuelle».
D’ailleurs, au vu du nombre de femmes, la polygamie pour résoudre les problèmes de leur célibat était une proposition des plus pratiques. Elle l’était autant que celle d’importer du viagra pour satisfaire le gynécée. Le succès de la vente de la pilule bleue, qui a par ailleurs coûté la vie à un bonhomme adultérin de 63 ans, a d’ailleurs donné naissance à un autre négoce florissant, celui des « sexshops halal » qui ont ainsi vu le jour, au pas des portes des mosquées. Aphrodisiaques et fertilisants vendus par des apothicaires à la barbe fleurie, mettent désormais de bien bonnes idées dans les têtes bien croyantes qui n’en manquaient pas d’ailleurs, pour accroître la « omma ».

Si Ennahdha prétend être « passée de ‘en couple’ à ‘ c’est compliqué ‘ avec Ansar Chariâa », pendant la période des amours, on commença par les petites filles. C’est ainsi qu’on proposa l’excision, pratique étrange, venue d’ailleurs, pour une esthétique du sexe.
Ce qui a sans doute inspiré une idée géniale à un jeune homme de Bizerte qui se coupa le sexe et le ramena au poste de police le plus proche. C’est encore au rayon esthétique que s’invita l’importation massive d’un drapé noir et exotique, affriolant et mystérieux, pour dissimuler toutes les disparités et occulter tous les désirs. Ce qui n’empêchera pas ses adeptes d’en avoir, circulant dans l’anonymat et accouchant sous X.
Dans la lancée, le « sexe-djihad » est apparu, émanant de fatwas nées de savants religieux, autorisant filles et femmes recrutées par des pseudo associations caritatives à être envoyées au «front» syrien dans un effort de guerre et en soutien aux islamistes syriens. Ces ballets-roses, prostitution légitimée, quand elle n’est pas bénite, ramèneront quelques centaines de futurs kamikazes et presque autant de maladies vénériennes, trophées de la guerre sainte.
L’autre épisode de la guerre « seinte » sera celui de Amina, et des trois Femen, « propriétaires de leur corps » et de leurs seins dénudés qui ont fait couler plus d’encre que tous les attentats réunis. Parallèlement et dans une lutte opiniâtre contre la prostitution, on empêchera filles et femmes de quitter le territoire sans autorisation parentale ou maritale et contre les mauvaises moeurs, le « streat kiss » de deux adolescents se solda par deux mois de prison. 

« On compte plus 170 viols depuis deux ans », selon les associations et les réseaux sociaux, le seul déclaré et longuement relaté est celui de Mariem, les autres victimes se taisant dans la crainte de représailles.
Viols d’enfants –filles et garçons- de vieilles dames, d’une chanteuse qui quitte tard son travail, de femmes aux « moeurs inconvenantes » d’une jeune fille au cimetière ayant le tort d’avoir des cheveux non couverts et que deux hommes niqabés découpèrent, avant d’asperger d’essence. Dans un Jardin d’enfants estampillé « chariâa » une gamine de trois ans n’y échappera pas, violée par la brute qui y officiait. « Yajouz», selon le diktat de la loi du séant, jugeant et exécutant une sentence à lui seul profitable.

En attendant la peine de mort pour les violeurs, le fouet pour les adultérins et la lapidation pour les adultérines. Erotisme, amour, sexe, le dernier pas reste la gynécologie et un internaute résumait la révolution tunisienne comme « une gestation extra-utérine. La révolution égyptienne (comme) une césarienne. La révolution libyenne a avorté.

La révolution syrienne est une fausse couche. Seuls le Maroc et l’Algérie utilisent un préservatif. Les autres pays arabes sont tout simplement stériles. Et quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux, c’est l’humour. »