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Bipolarité en 6 questions

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Bipolarité en 6 questions

Le syndrome bipolaire est un trouble psychologique sévère. C’est une psychose maniaco-dépressive qui se manifeste par des phases de troubles de l’humeur. La bipolarité se manifeste généralement tôt chez les jeunes personnes, entre 15 et 20 ans ou bien à l’âge adulte. Quelles sont les causes de ces troubles du fonctionnement psychique ? Comment se fait la prise en charge de cette psychose ?

par Ema Farès

Notre spécialiste Dr Thouraya Ben Abla Houissa Professeure agrégée-Psychiatre –Psychothérapeute

1) Comment déterminer le trouble bipolaire?

Les troubles bipolaires constituent un trouble fondamental de l’humeur qui se manifeste par la survenue, à intervalles plus ou moins réguliers, pendant lesquels le psychisme est normal, d’épisodes d’excitation thymique, de type maniaque, mixte ou hypomaniaque. Des épisodes dépressifs majeurs peuvent également survenir dans le cours évolutif de la maladie, mais leur présence n’est pas nécessaire au diagnostic.

2) Comment reconnaître un patient bipolaire ?

Dans sa forme typique, définissant le trouble bipolaire de type I, le sujet est en accès maniaque : le tableau est fait d’un état d’excitation associant une exaltation de l’humeur, une agitation motrice, une hyperactivité intellectuelle et une perturbation des fonctions instinctuelles et affectives.
C’est une personne qui présente une joie débordante, avec des idées de grandeurs, elle a une vision exagérément positive d’elle-même, de son entourage et de son avenir, elle ne peut tenir sur place, bouge sans cesse, ne se fatiguant pas, dormant et mangeant peu. C’est une personne qui parle beaucoup, elle est logorrhéique.

Toutefois, il existe plusieurs autres formes de troubles bipolaires (type II, la cyclothymie, etc).

Je voudrais souligner également qu’il y a également des signes avant-coureurs ou prédictifs qui peuvent nous indiquer et dire qu’une personne peut présenter ultérieurement un trouble bipolaire : c’est le cas des sujets présentant une dépression bipolaire et c’est pour cela qu’il faudrait définir et déterminer les symptômes de cette dépression.
Le traitement d’une dépression bipolaire n’est pas le même que la prise en charge d’une dépression « simple ». Généralement la dépression bipolaire est une forme qui se développe à un âge très jeune, elle peut apparaître également au moment du post-partum (après l’accouchement), elle s’accompagne d’un ralentissement psychomoteur important, elle a des débuts et des fins brusques, avec une hypersomnie et une prise de poids, elle peut s’accompagner également d’une grande anxiété, avec des crises d’angoisse, d’une migraine….
C’est pourquoi, il faut savoir reconnaître et évaluer les éléments prédictifs de la bipolarité devant toute dépression car la stratégie thérapeutique est différente, il faut éviter dans la limite du possible, un traitement à base d’antidépresseurs seuls, il faut y associer des thymorégulateurs. Le risque de donner des antidépresseurs, lors d’une dépression bipolaire, est de faire précipiter le sujet dans le trouble bipolaire, c’est-à-dire que son humeur peut changer complètement et se retrouver en accès maniaque ou hypomaniaque.

3) Quelles sont les causes des troubles bipolaires ?

Les causes de ce trouble sont multiples, à la fois génétiques, psychologiques et environnementales.

Il existe une vulnérabilité génétique : de nombreux travaux ont établi l’existence d’un facteur familial dans les troubles bipolaires. En effet, le risque morbide est 8 à 18 fois plus élevé chez les personnes apparentées de premier rang.

Sur cette vulnérabilité génétique vont interagir des facteurs de stress qui vont favoriser l’apparition de cette maladie. Ces facteurs de stress, peuvent être une émotion forte, positive ou négative, un traumatisme, une épreuve importante dans une vie, une perte qu’elle soit réelle ou symbolique, qui peuvent faire apparaître le trouble bipolaire. Un traumatisme dans l’enfance peut constituer une situation de vulnérabilité au même titre qu’un terrain prédisposé génétiquement. Souvent, un deuil, une situation de stress comme la préparation d’un examen ou un choc émotionnel jouent le rôle de détonateur.

4) Quelle est la différence entre la bipolarité, le « borderline », la schizophrénie et les autres problèmes de santé mentale ?

Le trouble bipolaire, est un trouble de l’humeur comme défini plus haut. Aujourd’hui, on parle de « spectre bipolaire », qui comprend certains troubles de la personnalité, troubles bipolaires… Le sujet borderline ferait (en fonction des écoles) partie du spectre bipolaire.

Le trouble « borderline » ou trouble de la personnalité limite c’est d’abord une personnalité qui ne gère pas bien ses émotions, ce qui donne un caractère fortement instable. Ayant une forte sensibilité aux émotions, la personnalité limite est également marquée à la fois par une peur de l’abandon et par une difficulté à se lier aux autres. Il en résulte des sentiments de colère intense. Ce trouble est une souffrance pour celui qui en est affecté, d’autant plus importante que les émotions sont vivement ressenties et manifestées. L’inadaptation des comportements du borderline et son instabilité caractéristique lui causent d’importants préjudices, notamment en termes de vie sociale.

Pour la schizophrénie, nous sommes dans ce cas dans une autre dimension, dans un registre psychotique avec une perte du contact avec la réalité. C’est une maladie mentale chronique qui s’accompagne d’un fléchissement de l’élan vital et de l’activité mentale (perte d’intérêt). Le trouble fondamental réside dans la dissociation mentale et la discordance. L’inhibition de l’activité mentale favorise un repli sur soi, ou autisme, avec apparition de délires et hallucinations, ainsi qu’une dissociation.

5) Quels sont les tests de l’examen clinique lors du diagnostic de la bipolarité ?

On évoque le diagnostic grâce à un faisceau d’arguments cliniques : les antécédent médicaux, personnels et familiaux, le tempérament sous-jacent, les facteurs de stress, les éléments prédictifs de la bipolarité. Il y a également différentes échelles d’évaluation de cette maladie.

6) Comment se fait la prise en charge de la bipolarité ?

Plus la prise en charge est rapide, plus le patient a de chance de bien répondre au traitement. Malheureusement, les premiers symptômes de la maladie passent souvent inaperçus faisant que le diagnostic est souvent tardif, avec toutes les conséquences qui en découlent : désinsertion sociale, familiale et professionnelle, des cycles qui s’accélèrent et deviennent ingérables, un trouble qui devient chronique.

La prise en charge de la bipolarité comprend le volet médicamenteux et une prise en charge psycho-éducationnelle.

Le volet médicamenteux repose essentiellement sur les thymorégulateurs qui sont des médicaments qui stabilisent l’humeur. Ce traitement curatif et préventif traite et prévient les accès maniaques ou dépressifs. Les thymorégulateurs comprennent le lithium et les antipsychotiques atypiques.

La prescription des antidépresseurs dans le cadre d’une dépression bipolaire doit se faire en association avec un thymorégulateur ; concernant l’antidépresseur, il recommandé de prescrire de la fluoxétine en association avec un thymorégulateur pour traiter une dépression bipolaire. Les antidépresseurs seuls aggravent le pronostic du trouble.

Le volet psycho-éducationnel, ou éducation thérapeutique du patient, de son entourage, de la famille proche, du conjoint est également très important et consiste à fournir une information exhaustive aux différents acteurs sus-cités, à savoir sur la maladie elle-même, le traitement médicamenteux, les signes prodromiques, l’hygiène de vie à suivre pour minimiser les rechutes… La triade thymorégulateurs, hygiène de vie et travail personnel (psychoéducation) sont généralement le chemin vers la stabilité.