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«Un bon musicien, c’est un bon citoyen !»

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«Un bon musicien, c’est un bon citoyen !»

Depuis la création de son premier groupe « Ochak el Fen » en 1984, Mounir Troudi a su s’imposer sur la scène musicale avec son style unique, qui mélange allègrement, le soufi, le bédouin, l’électro-Jazz, le latino, le reggae et la musique indienne.

par Nadia Arfaoui

Grâce à sa curiosité musicale, il a collaboré notamment avec Fadhel Jaziri, EricTruffaz pour deux albums, Mantis (2002) et Saloua (2005) et plus récemment avec le musicien et cinéaste français Sigefried dans son dernier album Tawassal (2010). Portait santé d’un homme qui situe son art entre la transe et la méditation.

Quels sont vos gestes santé au quotidien ?

J’aime bien me lever tôt pour prendre soin de ma terre. Dans la famille, nous cultivons cette passion depuis plusieurs générations. En fait, je suis très proche de la nature et je ne peux pas imaginer vivre loin de mes oliviers. Sinon, je ne fume pas, je ne bois pas et je fais attention à mon alimentation. Je n’aime pas manger trop piquant, trop gras ou trop sucré. Je préfère le poisson au poulet et à la viande rouge. J’essaye de l’éviter au maximum vu que j’ai un terrain favorable à l’hypertension. Et en général, je préfère ne pas manger à ma faim et rester léger. Les gens rassasiés me font peur, ils peuvent perdre la tête et se prendre même pour Dieu.

Pratiquez-vous du sport ?

Quand j’étais plus jeune, j’étais un fou de sport. J’ai fait de l’athlétisme, de la natation et duYoseikan Budo. C’est un art martial qui combine les techniques d’attaque et de défense contrairement à l’aïkido par exemple. Malheureusement, maintenant, j’en fais beaucoup moins, faute de temps. Il faut dire que je me dépense autrement. Quand je suis sur scène, je bouge et je danse beaucoup. Sinon, je m’occupe de ma terre. Et je peux vous dire que c’est très physique.

Quand vous êtes en tournée, comment gérez-vous le manque de sommeil ?

Ça ne me dérange pas de passer des nuits blanches. Pour le dernier concert à Gafsa, j’ai conduit à l’aller et au retour. Tous les musiciens ont dormi tout au long du trajet. Quant à moi, la première chose que j’ai faite en arrivant chez moi a été allumer l’ordinateur pour travailler un peu. J’ai fini par me coucher à 10 h du matin.

Vous bougez beaucoup sur scène. D’où vous vient cette énergie?

Quand je suis sur scène, je suis comme porté par la musique. Je me démène pendant plus d’une heure et demie. Pourtant, je ne me sens jamais fatigué. C’est magique, cet état de transe, d’ivresse, qui me fait perdre toute notion d’espace et de temps. Je suis complètement déconnecté et je perds même la sensation de mon corps qui obéit aux seuls rythmes de la musique.

Selon vos amis, vous êtes toujours «speed». Une réaction ?

Oui, c’est vrai. D’ailleurs, ils me le reprochent souvent. C’est ma nature, je n’y peux rien, je fonctionne à 200 à l’heure. Et c’est vrai que pour les autres cela peut paraître trop rapide. Quand j’étais enfant, mes parents ont eu beaucoup de mal avec moi. J’avais toujours besoin de courir et de bouger dans tous les sens. Quand j’avais trois ans, j’ai même creusé en dessous de la porte pour pouvoir sortir de chez moi. Je me souviens aussi que j’enchaînais trois à quatre matchs de football à la file par exemple. Et en grandissant, cela n’a pas beaucoup changé. Mais, je ne me dépense plus de la même manière.

Etes-vous quelqu’un d’anxieux ?

Je suis perfectionniste, je veux tout contrôler aussi bien dans la vie professionnelle que personnelle. Pour moi, personne n’est capable de faire les choses mieux que moi. Et au final, je me retrouve à tout faire. Cela provient probablement de mon côté narcissique. Ça peut être fatiguant par moments, mais je ne peux pas faire autrement. C’est ma nature !

Comment vous occupez-vous quand vous n’êtes pas sur scène ?

Si je n’ai pas de concerts ou d’enregistrements, je consacre mon temps libre à ma terre et à mes oliviers. Sinon, j’aime bien lire, plus particulièrement les livres d’histoire. J’en suis un grand fan. Par contre, je pourrais vous surprendre en vous disant que j’écoute rarement de la musique. J’ai toujours peur d’être (trop) influencé par la musique des autres. Il est vrai qu’avant je le faisais souvent. Mais maintenant, j’estime que j’ai besoin de digérer tous les rythmes déjà entendus tout au long de ma vie.

Vos conseils pour les jeunes ?

Ils devraient faire les choses davantage par amour. Malheureusement, de nos jours, les jeunes s’intéressent de plus en plus à l’argent. Ils ont tendance àpenser au cachet plus qu’à la musique. Et c’est vraiment dommage. Je leur conseille de ne pas être aveuglés par le diktat du matériel pour retrouver l’essence même des choses. Je ne vous cache pas que je suis passé par cette période. Pour moi, le plus important était les habits que je portais, les soirées que je passais et l’argent que je touchais… mais grâce à mon éducation et à mes différents voyages, j’ai pu dépasser toutes ces futilités. Je pense qu’il faudrait également apprendre à s’ouvrir sur d’autres cultures et accepter la différence. Et comme on dit, la culture «c’est la seule chose qui reste quand on a tout perdu».

Son actualité

Mounir Troudi aime partir à la rencontre d’un public qui apprécie de le suivre dans ses pérégrinations musicales. Et c’est ainsi qu’accompagné de ses musiciens, il vient d’inaugurer la série de concerts que souhaite organiser l’Hôtel Sentido Tabarka Beach afin de sortir des sentiers battus, en replaçant l’établissement hôtelier bien connu dans son contexte à la fois géographique et culturel. Ami de Meriem Milad, concept manager, il a en effet tenu à offrir à ses hôtes cette performance post révolution qu’il a conclu par son célèbre «Sayeb Salah ya Ammar».