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A bonne école

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A bonne école

Septembre est le mois de la rentrée et l’occasion de revenir sur les informations et les chiffres qui circulent. Lu sur FB : « Rentrée scolaire en l’absence d’un Ministre de l’éducation démissionnaire mais non remplacé depuis le 27 juillet 2013… « Pénurie » d’enseignants, en particulier à l’intérieur du pays… Défaillances au niveau du mouvement de mutation des enseignants avec 5000 demandes restées sans réponse… Travaux de réfection non encore achevés dans plusieurs établissements éducatifs …Sans compter la hausse des prix des fournitures scolaires … Élèves, parents et enseignants broient tout simplement du noir ! » C’est le moins que l’on puisse dire et « le contexte de la rentrée 2013-2014 se veut défavorable », constat amer édulcoré par des informations plus optimistes. Salem Labiedh, ministre démissionnaire continue à exercer pleinement ses fonctions, comme si de rien n’était. Présent le jour de la rentrée, il a effectué les nominations de certains directeurs régionaux de l’enseignement, en a révoqué d’autres «qui ne se sont pas montrés à la hauteur». En véritable missionnaire, son attitude se justifie par son souci « de ne pas perturber la marche de ce service public ».

En outre et en prévision de cette rentée, dans le secondaire, 1.500 enseignants ont été recrutés, en plus de 2.000 autres, pour le primaire. Il s’agirait de recrues ayant bénéficié de « l’amnistie générale » et « intégrées dans l’enseignement pour réparer une supposée injustice ». Un coup de maître : deux en un. Pour réparer une injustice on en commet une autre, en les livrant à des compétences douteuses. Qu’à cela ne tienne, du berceau au tombeau, il n’y a pas d’âge pour apprendre, ces « enseignants » le feront en même temps que leurs élèves.

Il va sans dire que tout bon enseignement ne peut être que religieux, celui-ci, dans les établissements pénitentiaires a été confié à des extrémistes religieux dont certains ont été accusés dans des actes terroristes et connus des services de sécurité. Ainsi, le corps des gardiens de la prison de Mornaguia s’enorgueillira de nouvelles recrues appartenant au mouvement salafiste. Les deux sont fraîchement issus du cru de 2012, le premier s’étant illustré dans l’affaire de «l’émirat de Sejnane», et le second ayant acquis ses qualifications dans l’incendie du mausolée de Saïda Manoubia.

Les services des renseignements saoudiens, recrutent aussi puisqu’ils viennent de faire appel à l’ex-président. La « chaire Zaba », fallait y penser ! Le choix saoudien se justifie amplement pour le docteur « Honoris Causa » de l’Université d’Ancona en vertu de ses « mérites » et « la consolidation des droits de l’Homme et des droits sociaux dans son pays». Ayant « en effet accumulé une grande expérience dans la répression des islamistes », ce « conseiller spécial », à l’apport « très apprécié », diffusera donc connaissance et expérience.

Triste est l’état de nombreuses écoles et lycées du pays, un état de délabrement tel qu’il les rend incapables d’accueillir les élèves dans des conditions décentes. Laisser les écoles se détériorer ne tient pas que du laxisme, encore faudrait-il ne pas y voir une volonté de réduire le savoir des futures générations, plus faciles à manipuler grâce à l’ignorance dans laquelle elles seront maintenues. Quoi qu’il en soit, les élèves de certaines écoles et leurs parents, particuliers ou entreprises se sont mobilisés, chacun à son niveau et selon ses moyens pour contribuer à mettre en place une rentrée digne.

A ces informations rassurantes, il faudrait ajouter quelques chiffres. Cette année 1 million 45 mille petits Tunisiens feront leur première rentrée. Un chiffre important, sans doute, mais moins alarmant que la baisse du nombre d’élèves inscrits en deuxième cycle et dans le secondaire. Le chiffre communiqué par le ministère de l’Education, passible d’être en deçà des réalités, est de l’ordre des 100 mille élèves qui auraient quitté l’école durant l’année passée. Cette déscolarisation touche notamment des enfants n’ayant pas encore atteint 16 ans et qui, conformément à la Convention internationale des Droits de l’Enfant, ne devraient pas quitter l’école. Un chiffre énorme, assourdi par l’incessant brouhaha autour des débats d’ une actualité toujours aussi désolante.

Il n’est besoin de sortir de Saint-Cyr pour mesurer la gravité du phénomène et qu’il soit légal ou spontané, l’échec scolaire est un drame dans la mesure où ce record n’avait jamais été atteint, au cours des cinquante dernières années, dans l’école bourguibienne, jusque-là modèle dans les « pays en voie de développement ». La raison la plus flagrante en est qu’au commencement, il y a le manque de moyens, voire la misère, qui poussent les familles à déscolariser, en priorité leurs filles. Ensuite, il y a le modèle de société importé des profondeurs d’un obscurantisme moyenâgeux, qui, depuis un lendemain d’octobre, sévit. Celui-ci invoque des arguments tels que l’interdiction religieuse de la mixité ou le « devoir de jihad », celui-ci prenant diverses formes, dont nul n’ignore maintenant l’aboutissement. L’équation est facile à résoudre, il y aura 100 000 candidats de plus, au chômage, à la délinquance quand ce n’est pas au salafisme. Si toutefois, ils en ont les « califications ».

Héla Msellati