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Cannabis la fin du tabou?

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Cannabis la fin du tabou?

Des dangers pas vraiment avérés

Le cannabis est une drogue au même titre que l’alcool, la cigarette, ou certains médicaments, pourtant tous en vente libre, l’Etat perçoit même un revenu substantiel de leur commerce. La cigarette et l’alcool sont beaucoup plus destructeurs et coûteux en termes de santé publique que le cannabis. En clair,  oui, il peut y avoir une addiction à la substance THC produite par le cannabis mais contrairement aux drogues légales (alcool, tabac, psychotropes) ou illégales (héroïne, cocaïne, ecstasy etc.), la dépendance n’est pas immédiate et dépend de la quantité fumée par le consommateur.

Pour ce qui est de l’escalade vers des drogues plus dures, il est très rare qu’un fumeur de cannabis passe à autre chose sauf s’il est en quête de paradis artificiels pour calmer des difficultés sociales, psychologiques ou familiales. Ce n’est pas le cannabis qui conduit à la prise de drogues dures mais la personnalité et l’histoire même du consommateur, en proie à ses difficultés.

La dépendance s’installe donc en cas de consommation régulière, et l’absence de consommation engendre comme pour toutes substances quotidiennement ingérées (y compris le café, le thé, le coca) par le corps, agissant sur le cerveau, des effets désagréables : stress, irritabilité, difficulté à s’endormir, déprime passagère. Lorsque la consommation devient quotidienne et importante, alors elle entraîne des difficultés de concentration, une perte de motivation, une distance avec la réalité, voire une désocialisation. Mais cela ne concerne que des gros fumeurs qui cherchent comme d’autres cherchent dans l’alcool ou les drogues dures, à oublier une souffrance, à s’anesthésier pour ne plus ressentir leur mal de vivre.

Les liens établis par certains médecins entre l’absorption de cannabis et certaines maladies mentales telles que les psychoses ou la schizophrénie, n’ont toujours pas été démontrés ni reconnus par la communauté scientifique. En revanche, comme pour le tabac, le cannabis est nocif pour le système respiratoire et contient des substances cancérigènes. Il est donc toxique à ce niveau. Et comme pour le tabac encore, la consommation importante de cannabis aurait une influence négative sur la fertilité des fumeurs, perturbant la vigueur, la structure et la capacité à féconder un ovule, de leurs spermatozoïdes. Les risques d’accident cardiaque pourraient être également augmentés, comme pour la cigarette.

Le danger le plus imminent lié à une consommation même occasionnelle, dite « récréative », du cannabis est l’accident de la route. Le fumeur n’aurait alors plus les mêmes réflexes comme pour une conduite en état d’ivresse. Cependant, aucune étude n’a encore établit un lien strict de causalité entre la consommation de cannabis et les accidents de la route. (Voir le rapport de Transport Research Laboratory)

Des bienfaits thérapeutiques encore à l’étude

Les effets du cannabis ne sont pas tous néfastes, les indications thérapeutiques se multiplient et laissent entrevoir des possibilités de répondre à certaines pathologies, sources de grandes douleurs.

D’ailleurs si l’on en croit les addictologues, Amine Benyamina et Lisa Blecha, de l’hôpital universitaire Paris-Sud, dans un article publié par la revue Douleur et analgésie, en 2012, l’une des premières mentions du cannabis se trouverait dans un document médical chinois datant de 2 700 avant J.-C., qui décrit son usage dans le traitement de la goutte, de la malaria et des rhumatismes ;  le cannabis aurait été largement vendu comme antidouleur de 1845 jusqu’à 1885 car il engendrait moins d’effets secondaires, peu de signes de manque physique et coûtait moins cher que l’opium. L’usage médical aurait décliné avec l’arrivée de nouveaux opiacés et surtout avec celle de l’aspirine, bien plus facile à manier. »

Dès la fin des années 70, des études ont montré l’intérêt du cannabis dans la réduction des effets secondaires de la chimiothérapie, notamment les nausées et vomissements importants résistant aux traitements habituels. Des états américains l’ont utilisé comme stimulateur d’appétit chez les malades atteints du SIDA ou chez certains cancéreux pour limiter leur perte de poids. Parmi ses autres vertus, des recherches récentes ont démontré l’effet analgésique du cannabis, sa capacité à réduire la pression intraoculaire dans le traitement des glaucomes, son action antispasmodique très intéressante dans le traitement de douleurs chroniques ou de malades atteintes par la sclérose en plaques. En mars dernier, une molécule présente dans le cannabis a révélé un pouvoir anti-cancéreux sur certaines tumeurs cérébrales rares ; les études menées actuellement chez le rat paraissent très prometteuses face à ces maladies au diagnostic très pessimiste*(1).

Même si l’utilisation thérapeutique du cannabis n’est pas encore complètement généralisée, plusieurs pays autorisent déjà la mise en circulation de médicaments à base de cannabis. Ainsi après la Californie pionnière en 1996, les Pays-Bas (depuis 2002), l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la Suisse, la Grande-Bretagne, l’Italie, la République tchèque, la Pologne et la France, (depuis juin 2013) ont autorisé une ou plusieurs formules médicamenteuses sur une liste d’indications précises. Aux Etats-Unis, une vingtaine d’états autorisent l’usage thérapeutique du cannabis, le Canada et Israël ont lancé des recherches très importantes sur le sujet. Aux Pays-Bas, une firme, agréée par le ministère de la Santé contrôle la production de cannabis à usage médical, elle est la seule habilitée à vendre aux pharmacies nationales comme à l’international.

Mais les Pays-Bas, l’état de Washington, celui du Colorado*(2) et l’Espagne ont été encore plus loin en autorisant la consommation et l’autoproduction de cannabis à des fins récréatives. Le Portugal et la République tchèque ont dépénalisé la possession de petites doses pour la consommation personnelle, d’autres pays ont décriminalisé mais laissé des sanctions financières, adoucies pour les simples usagers. En Uruguay, une loi votée en décembre 2013 permettra aux usagers obligatoirement inscrits sur un registre d’acheter ou de planter 40 gr maximum par mois pour leur consommation.

Cette légalisation n’est pas encore acceptée par certains pays comme la France ou la Suisse où les résistances sont fortes car, comme en Tunisie, on n’y parle que de la dépendance et des abus liés à la consommation. Or, à côté des vertus thérapeutiques, il existe une utilisation beaucoup plus répandue du cannabis, appelée consommation «  récréative  ». Comme celle de l’alcool ou de la cigarette, elle serait un geste de plaisir, de convivialité, destiné  à la détente, à la rêverie, à l’inspiration artistique. Si on considère que chacun d’entre nous est libre d’acheter et de consommer, à outrance ou pas, de l’alcool et des cigarettes nettement plus addictifs, il est curieux qu’on n’accorde pas la même liberté responsable à ceux qui souhaitent fumer un petit joint de temps en temps. Comme en toutes choses, tout est affaire de proportion.