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Chedly Belkhamsa « Je n’ai aucune astreinte »

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Chedly Belkhamsa « Je n’ai aucune astreinte »

Peintre, illustrateur, caricaturiste et scénographe depuis 1973, Chedly Belkhamsa a exposé ses œuvres dans plusieurs galeries. Il croque nos attitudes, nos faiblesses, les travers de notre société avec toujours autant de passion. Personnage discret, il nous a fait l’amitié de nous recevoir pour parler de son métier, de ses projets et de santé bien sûr !

par Nour Hamrouni

Quels sont vos gestes de santé au quotidien ?

Je fume vraiment très peu et de plus je ne  fume que la pipe,  jamais de cigarettes et pas plus d’un café par jour. Tous les matins, mon rituel est de prendre un grand verre d’au avec du jus de citron ou un grand jus d’oranges si c’est la saison. Le soir, je mange très peu, en général  un yaourt, une pomme, ou du fromage, pas plus.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Parler d’avantages est peut-être un peu trop optimiste. En ces temps, c’est devenu un métier à hauts risques car on peut pour une simple rigolade passer de vie à trépas. (Voyez ce qui s’est passé dernièrement avec Charlie Hebdo).

Auparavant, le travail de caricaturiste était déjà assez difficile vu le manque d’humour des personnes ciblées. J’ai eu au cours de ma carrière de nombreux problèmes avec les diverses directions des journaux et revues avec lesquelles j’ai travaillé, tels que censures, mises à pied, notes désagréables et renvois. Tout ça pour dire que le réel avantage dans ce métier, c’est la Liberté avec un grand « L ». Je n’ai aucune astreinte. Pas d’horaires fixes, pas de bureau, je travaille à mon rythme  mais dans un confort relatif.

Généralement,  c’est une activité mal payée et qui comporte de nombreux aléas. Nous sommes d’ailleurs moins d’une dizaine à vivre réellement de notre métier. Au bout de toutes ces années, je me suis forgé une sorte de carapace avec laquelle je peux affronter toutes les vicissitudes de la vie. J’ai acquis la Zen attitude. Il faut dire que plus jeune, j’ai souffert de mon manque de patience. Cela s’est traduit par des problèmes d’estomac qu’il a fallu traiter sérieusement durant trois années.

Inciteriez-vous les jeunes à suivre votre voie ?

Sans incitation aucune, de nombreux jeunes suivent cette voie à travers les sites et les réseaux sociaux. D’autres ont commencé à travailler régulièrement dans des revues, et surtout sur des formats numériques, vu le déficit des supports papier. Le web permet des libertés impossibles sur la presse papier. Ce qui a fourni un riche terreau pour une pléthore de nouveaux dessinateurs. Notamment l’arrivée des femmes dans cette discipline (Willis, Hela Halloul etc…). 
Quant à l’esprit satyrique, il ne s’enseigne pas. On l’a ou on ne l’a pas !  On a essayé plusieurs fois de l’enseigner dans les écoles de journalismes et d’art mais sans réel succès. La plupart des caricaturistes qui ont suivi ces enseignements ont eu une formation classique qui ne menait pas nécessairement au travail de presse. Mon conseil est de toujours continuer à croire à l’utilité de ce métier.

Avez-vous toujours la même passion pour ce métier ?

Oui, plus que jamais parce je m’attendais pas à pouvoir m’exprimer encore plus que je ne le faisais avant ce « fameux » 11 janvier. Ce métier m’a permis de transmettre mes idées et mes convictions profondes, en usant plus du double langage ou de messages subliminaux, ce qui était le quotidien des humoristes , que ce soit au théâtre, au cinéma, à la télévision et sur la presse écrite.

J’espère pouvoir continuer quelles que soient les nouvelles dispositions politiques mais, de toutes les manières, les frondeurs, dont je fais partie, continueront la lutte pour la liberté d’expression quel qu’en soit le prix car c’est la seule chose qu’on ait véritablement gagné après la révolution.

Nourriture et satyre font-elles bon ménage ?

Certaines nourritures telles que le lablabi, la  ojja ou les plats très épicés ne font pas bon ménage avec la réflexion. Il est donc souhaitable d’avoir une alimentation plutôt bien équilibrée. Par contre, un repas convivial, léger, agrémentée de boissons et fruits secs peut alimenter l’esprit. Par exemple, dans la Grèce Antique, certains penseurs et philosophes se réunissaient autour d’un banquet et développaient et échangeaient leurs idées. C’est la façon dont je fonctionne, car s’isoler dans une tour d’ivoire ne fait qu’assécher l’esprit. Il ne faut pas oublier que l’on travaille et que l’on n’existe que pour et à travers l’humanité.