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Club Inner Wheel Sfax Des femmes généreuses comme l’olivier

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Club Inner Wheel Sfax Des femmes généreuses comme l’olivier

A 9 heures passées, Sfax s’active. Les quelques gouttes de pluie matinale n’ont qu’un effet relatif sur la fourmilière et n’effraient guère ce peuple de «bosseurs»… Dans cette activité intense aux mille facettes, aujourd’hui 21 novembre est un jour important pour les membres du Club Inner Wheel de la capitale de l’olivier, arbre de l’abondance et de l’éternité. Ces femmes, dont les aînées et pionnières sont toujours là pour les guider discrètement, donnent tout leur sens aux mots «solidarité», «générosité» et «don de soi». Aujourd’hui, elles accueillent Marie-Françoise Pignard, Gouverneur 2011/2012 du District 73 (Andorre, Algérie, Maroc, Tunisie) pour lui faire part de leurs œuvres récentes. Et elles m’ont fait l’immense honneur de m’associer à cette journée haute en émotion.

par Senda Baccar

Oui, en ce 21 novembre, Sfax s’éveille. Hommes, femmes et enfants vont avec plus ou moins d’espoir, de joie vers leur quotidien. Et comme partout ailleurs le malheur a frappé. Il a d’abord pour visage le «cancer», une maladie que le service du Pr Mounir Frikha de l’hôpital de Sfax prend en charge pour toute la région, jusqu’au Sud. Il n’y a pas si longtemps, les enfants atteints dormaient dans un coin de lit des patients adultes… Les ambulatoires qui étaient admis pour leur chimio se reposaient dans les couloirs. Aujourd’hui, ils disposent enfin d’une salle aux couleurs de la nature garnie de huit fauteuils, de potences individuelles, d’un téléviseur et d’un climatiseur. De même, se réjouit Lilia Hariz, past Présidente du Club de Sfax, qui a été à l’origine du projet d’aménagement de l’extension du service cancérologie, une chambre pour les petits enfants malades a été aménagée où les parents et leurs enfants malades, pour plus de confort et de dignité (lire également l’interview du Pr Frikha).
Direction « Errafiq »
La maison et ses huit puéricultrices accueillent près d’une quinzaine d’enfants sans soutien familial depuis sa fondation par feu le Dr Anouar Achich, un psychiatre qui considérait l’INPE comme une pépinière à autistes.
Emu par le manque de soutien affectif aux enfants abandonnés ou nés en dehors du cadre du mariage, il a mis toute son énergie dans la création de cette association. La Présidence en est assurée depuis son décès, qui a laissé un bien grand vide autour de ceux qui ont côtoyé cet homme généreux, par son confrère Dr Mohamed Drira, gynécologue. Ce dernier est impatient d’achever les travaux du nouveau local qui permettra d’accueillir aussi les mères célibataires.
En attendant, précise-t-il, «nous n’accueillons que des enfants envoyés sur ordre de justice. De même, on ne les propose à l’adoption que sur demande de la justice et ce, dès qu’on constate que le dossier est favorable». Il est en effet important de veiller à ce que l’enfant soit intégré dans une famille répondant aux critères stricts d’adoption afin qu’il puisse poursuivre sa vie dans de bonnes conditions. Mais il faut avant cela mettre tout en œuvre afin de favoriser son retour dans sa famille biologique. La mère dispose pour ce faire d’un temps de réflexion variant entre 3 à 6 mois selon les cas, jusqu’à 9 mois dans des situations particulières au risque parfois de compromettre le processus d’adoption.

Au village d’enfant SOS Mahress
Sur les chapeaux de roue, nous descendons plus au Sud. Au cours du trajet, Yosr Achich, épouse de feu Dr Anouar Achich, me raconte le rôle de son Club Inner Wheel et l’histoire du Village d’enfant SOS Mahress : «Une année Inner Wheel commence le 1er juillet et se termine le 30 juin, chaque fois sous la présidence de l’une d’entre nous. Nous essayons chaque année d’organiser diverses activités culturelles, sociales… et de récolter des dons pour réaliser une œuvre sociale (lire encadré).
L’achat d’une ambulance pour l’hôpital régional de Kerkennah, une aide substantielle à l’hôpital régional de Sfax qui étouffait sous un grand nombre des patients, en équipant le service de pédiatrie, le service de réanimation et aujourd’hui le service de cancérologie, une participation à l’aménagement d’une salle polyvalente pour la seule association d’autistes dans le monde arabe, la fourniture de biens de première nécessité à Errafiq (appareillages, biens de consommation tels que le lait, les couches, l’eau minérale), etc. Un jour, nous sommes allés visiter l’hôpital de jour où nous avons constaté que les malades étaient traités dans les couloirs. Certains tenaient

même de leurs propres mains la perfusion alors qu’ils souffraient. Personne ne croyait qu’en Tunisie il puisse y avoir autant d’insuffisances dans nos hôpitaux !
Nous avons également acquis un appareil pour la détection de la surdité ainsi qu’une unité mobile pour toute la région du Sud au profit d’une association de sourds muets de Sfax. De même, il y a deux ans, nous avons construit une unité de vie qui permet de loger huit personnes et nous l’avons dédiée à notre amie, feue Ikram Sellami, membre très actif de notre club. L’unité comprend quatre chambres de deux lits qui hébergent huit jeunes filles dont les mères sont en difficulté, emprisonnées ou décédées. Les travaux ont coûté environ 50.000 dinars».
Justement, nous y voici. A moins de 90 kilomètres de Gabès, le village d’enfants SOS Mahares est le 4ème village après ceux de Gammarth, de Siliana et d’Akouda. «Dar Ikram», construite grâce aux dons du Club Inner Wheel de Sfax, financée en permanence par la famille Sellami, est l’institution la plus importante du village.
«Lorsque les jeune enfants atteignent l’âge de l’adolescence, s’il s’agit de garçons, ils sont envoyés vers un foyer proche tandis que les filles restent dans le village à Dar Ikram où elles prennent un peu plus d’autonomie, ce qui leur permet de pas être séparées de leurs mères adoptives qui résident à proximité», explique Abdellatif BarkAllah, directeur Village d’enfant SOS Mahares. Heureusement, les garçons ont quand même l’occasion de voir leurs mères tous les dimanches et pendant les fêtes.

Pr Mounir Frikha
Chef du service cancérologie, Hôpital de Sfax

Il fait partie de ces médecins qui font avec… ce dont ils disposent. C’est-à-dire pas grand-chose en ce qui concerne une unité qui souffre cruellement d’un manque de moyens à la fois financiers et matériels, et surtout face à des malades qui risquent leur vie. Travaillant avec la logique d’un centre anticancéreux sans en être un, il a pu compter sur ses liens avec les associations pour améliorer son département qui vient de bénéficier d’une extension. Un tout petit pas…

En visitant votre servi ce, le manque de lits saute aux yeux. Qu’en est-il ?
Malheureusement, l’hôpital de Sfax ne dispose que d’une capacité réduite d’hospitalisation : vingt lits pour répondre aux besoins de la région et du Sud tunisien. Nos efforts ont donc porté essentiellement sur un fonctionnement d’hôpital de jour qui permet de prendre en charge à titre ambulatoire entre vingt et quarante malades par jour contre une quinzaine dans le passé. A cet égard, la création par une poignée de médecins de l’association Dar El Amal, dont les locaux situés à quelques mètres de l’hôpital hébergent des malades qui viennent de partout pour bénéficier de leur traitement, appuie cette stratégie.

Pensez-vous que le rôle des associations est d’intervenir pour l’amélioration des structures hospitalières en Tunisie ? La situation de votre service n’est elle pas le résultat d’une défaillance de la part de l’État ?
Certainement ! La ville de Sfax mérite un centre de cancérologie avec des prestations d’oncologie médicale (radiothérapie, chirurgie, chimiothérapie, etc.) rassemblées dans une même structure, un centre qui regrouperait tous les professionnels spécialisés en cancérologie, pour une prise en charge non seulement médicale mais aussi sociale et psychologique. Les associations font un grand travail aui est à saluer. Notre unité de dépistage de cancer du sein pour les femmes âgées plus que 45 ans dans toute la région de Sfax, outre l’unité d’hébergement des malades cancéreux.

« Nos recettes de tous les jours et jours de fête »
Justement, en parlant de fête… Nous voici reparties vers Sfax, haut lieu de la gastronomie tunisienne où les femmes réinventent à chaque instant les recettes de nos aïeules pour régaler famille et amis. Nous ne pouvions achever ce périple sans… passer à table. Et quelle table !
Pour la réception offerte en l’honneur de Marie-Françoise Pignard et de son époux André, Gouverneur Inner Wheel District 73, Sofian et Dorra Sellami, actuelle Présidente de l’Inner Wheel Sfax, ont ouvert grand les portes de leur maison aux membres. Et c’est sous la houlette du maître des lieux, mais aussi de sa maman Moutiâ qui a veillé sur les fourneaux depuis le matin, que l’agneau cuit à la braise dans le puits est servi accompagné de tous ces plats qui ont fait la réputation des cuisinières de Sfax.
Une réputation qui a dépassé les frontières du gouvernorat grâce aux grandes pâtisseries que nous connaissons tous, notamment celle des Masmoudi qui vient d’inaugurer à Paris un élégant point de vente, mais aussi grâce à ce grand livre à la couverture bleue que quelques chanceuses préservent jalousement dans leur cuisine et dont les jeunes mariées doivent se munir impérativement. Un livre, «Nos recettes de tous les jours et jours de fête», réédité aujourd’hui pour la troisième fois et qui est le fruit d’un travail extraordinaire de compilation de recettes et secrets des cordons bleus de Sfax. Son atout majeur, simplicité des explications et, comme le précise l’une des membres de l’Inner Wheel, des recettes essayées et testées.
Et c’est au cours d’une réception conviviale offerte à Borj Kallel où, accueillis par Aïda Zahaf, Présidente de l’Association des amis des arts plastiques à Sfax, que les invités ont enfin pu acquérir cette «Bible» de la cuisine pour la somme de 30 dinars, En cadeau, ils ont reçu également le premier numéro du magazine «Sanafa – Cuisines du Sud» qui promet dans son édition de décembre la recette du fameux agneau de Sofian Sellami. Il est tard quand cette journée se termine. La tête tourne, les pieds sont en compote mais le cœur bat plus fort. Pour Sfax la généreuse qui s’endort enfin… ■