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La CNV s’installe enfin en Tunisie !

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La CNV s’installe enfin en Tunisie !

Cela fait trois ans qu’Anne Bourrit et Jalila Susini reviennent régulièrement en Tunisie pour animer des séminaires de Communication Non Violente. Grande nouvelle pour les aficionados, un Centre tunisien pour la CNV vient tout juste d’être agréé. Anne et Jalila y donneront, dès l’année prochaine, des conférences de présentation et des séminaires d’approfondissement pour qu’un plus large public puisse avoir accès à la CNV. Il est aussi question de commencer à former de futurs formateurs tunisiens à cet art du dialogue. Entretien avec ces deux fées de la CNV qui m’épateront toujours par leur sérénité et leur calme..

par Rym Benarous

Comment avez-vous découvert la CNV ?

Anne Bourrit : Tout à fait par hasard, si le hasard existe ! Je suivais une autre formation, en Suisse et, Marshall Rosenberg, le créateur du processus de la CNV, y était invité comme intervenant extérieur. C’est une vraie chance pour moi d’avoir découvert ce concept directement par le biais de son fondateur.

Jalila Susini : J’ai découvert la CNV en lisant le livre de Thomas d’Ansembourg « Cessez d’être gentil, soyez vrai ». Les situations qui y étaient exposées ont fort résonné en mon intérieur. J’ai ainsi découvert la simplicité du processus de la CNV et tout de suite après, j’ai eu envie de suivre un stage. La première session à laquelle j’ai assisté était animée par Anne Bourrit !

Qu’est ce que cela a déclenché en vous ?

A.B : J’ai tout de suite été bouleversée et secouée. Tous mes repères habituels ont été remis en question. En même temps, il y a eu en moi une résonnance très profonde à ce que je découvrais, comme si, tout à coup, des choses jusque là obscures devenaient soudainement compréhensibles. Par exemple, quand j’ai entendu Marshall dire : « Un homme qui crie est un homme qui souffre », je me suis dit « Mais c’est évident ! » Pourtant jusqu’alors, quelqu’un qui criait me faisait peur et j’étais moi-même tellement sur la défensive que je ne prenais pas la peine de me demander quelles raisons pouvaient pousser une personne à en arriver là…

J.S : J’ai d’abord pris conscience de l’importance d’être à l’écoute de soi. Cette écoute me permet de faire des choix, à partir d’un élan ou d’un choix personnel conscient, plutôt que par devoir. Aujourd’hui, je m’occupe plus de moi et de mes besoins, non par égoïsme, mais par ce que ce n’est qu’ainsi que je pourrai vraiment m’occuper de mes proches. J’ai aussi découvert que lorsque quelqu’un me juge, il ne fait qu’exprimer, de façon maladroite et parfois tragique, un besoin non satisfait chez lui. Cela a énormément changé mon regard sur l’être humain.

Pourquoi ce choix de devenir formatrice ?

A.B : Je n’ai pas choisi de devenir formatrice. J’ai tout simplement mesuré ma chance d’avoir découvert cette autre façon de communiquer et de vivre et j’ai immédiatement eu envie de partager cette chance avec mes proches et amis. Et, comme les réactions étaient positives, j’ai continué et c’est devenu une évidence pour moi: partager la CNV donnait du sens à ma vie.

J.S : Au fur et à mesure des stages que je suivais, je découvrais, émerveillée, le pouvoir transformateur de la CNV. Devenir formatrice m’a permis de partager ce que la CNV m’a apporté comme paix et tranquillité dans ma vie. Cela m’a aussi permis de transmettre la CNV au public tunisien. Une manière de nourrir mes liens avec mes racines et aussi de transmettre cet art de vivre basé sur la bienveillance et le respect de l’autre, dans l’acceptation et le respect des différences.

Qu’a changé la CNV en vous ?

A.B : Enormément de choses ! Je dirais que la CNV m’a appris à mieux me connaître, à parler sans accuser, à guérir des blessures liées à mon histoire, à me sentir globalement plus confiante tout en me montrant plus vraie avec les autres. J’apprends aussi, mais cela prend du temps, à avoir plus d’amitié pour moi-même. Et ce n’est qu’un petit aperçu, mais si je veux tout dire, j’en aurai pour des heures !

J.S : La CNV a, par exemple, changé mes relations avec mes enfants. Par le passé, lorsque j’étais en conflit avec eux, il m’arrivait souvent de les punir. Mais, je voyais que cette méthode ne les aidait pas à changer. Pire, elle les faisait souffrir (culpabilité, peur, perte de confiance en eux, etc.) Aujourd’hui, j’arrive à rester calme, à les écouter et à comprendre leur motivation pour avoir agi comme ils l’ont fait. Cette attitude me permet d’être également écoutée. Ainsi, j’arrive à trouver des solutions à la fois respectueuses de leur personne et en accord avec mes valeurs en tant que mère. Cela m’arrive aussi de refuser ce qu’ils demandent. Mais je le fais aujourd’hui non pas pour les punir, mais parce que leur demande n’est pas en accord avec mes valeurs, et je le leur dis. C’est possible, car j’ai identifié mes valeurs et travaillé sur ma confiance en moi, ce qui me permet de dire « non » en toute tranquillité et sans avoir peur de ne pas être aimée en tant que mère.

Les liens que vous nouez avec autrui sont-ils devenus plus intenses grâce à la CNV ?

A.B : Ils sont surtout devenus plus authentiques et plus profonds. Je comprends mieux les gens. J’ai vu croitre ma capacité à les accepter tels qu’ils sont. Je crois que mon coeur s’est ouvert et que je suis devenue plus aimante. J’ai aussi moins peur des conflits. Je les vis désormais comme une occasion de s’enrichir mutuellement de nos différences, de se rapprocher et de se connaître mieux et non comme un risque de séparation, même pire encore, de guerre.

J.S : J’ai appris, grâce à la CNV, à avoir des liens authentiques avec autrui dans un respect mutuel. Cela ne veut pas dire que je n’ai plus de conflits avec mes proches ! Il m’arrive souvent d’en avoir. Mais au lieu de les fuir ou d’attendre que cela s’envenime, je choisis, si l’enjeu est important pour moi, de confronter les faits avec la personne concernée. Cela peut certainement être assez inconfortable, mais à long terme, cela permet un nettoyage relationnel et à la relation de s’intensifier.

On sent une grande complicité entre vous deux et surtout beaucoup de respect mutuel. Est-ce là les secrets d’une relation réussie et durable ?

A.B : Cela me fait plaisir d’entendre ça ! C’est vrai que nous avons une relation très solidaire et notre amitié est une grande joie pour moi. Notre solidarité nous donne de la force. Je crois qu’ensemble, nous faisons des choses que nous ne ferions pas chacune de son côté. Il y a en effet du respect entre nous et aussi de l’admiration. En outre, nous partageons les mêmes valeurs et avons des rêves communs. Je crois que cela aussi est le secret d’une relation durable : être ensemble au service d’une même cause.

J.S : Cela me fait plaisir que tu voies les choses ainsi. Nous sommes dans une qualité de connexion permettant le dialogue et la confiance. Il nous arrive aussi de ne pas être d’accord. Nous profitons alors de ces occasions pour communiquer. Ainsi, le conflit devient presqu’un « ami », car il nous permet de nous écouter et de satisfaire les besoins de chacune, dans le respect l’une de l’autre.