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Cœur à basse fréquence

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Cœur à basse fréquence

La bradycardie est composée de deux termes grecs, bradys qui signifie lent et de kardia signifiant cœur. Dans le cas d’une bradycardie, le rythme cardiaque fluctue et passe en dessous de 60 battements par minute. Certaines bradycardies sont physiologiques, chez les sportifs de haut niveau, par exemple, alors que d’autres sont pathologiques pouvant cacher des anomalies cardiovasculaires ou extracardiaques sous-jacentes.
Quels en sont les signes ? Comment la traiter ? Qui est concerné ? Un cardiologue a répondu à nos questions.

par Ema Farès

Interview de Dr Bouladi Wajih Ahmed – Cardiologue – Tunis

Quelles sont les manifestations générales de la bradycardie ?

Les signes généraux de la bradycardie dépendent des personnes et de la tolérance des sujets aux troubles cardiaques. Il existe des individus qui tolèrent très mal cette perturbation de la fréquence cardiaque et d’autres qui peuvent vivre avec des fréquences cardiaques basses.
L’un des signes habituels est la perte de connaissance ou syncope, qui est une perte de connaissance typique liée au cœur. Celle-ci peut se produire sans aucun précurseur annonciateur.
Le patient peut être en train de manger, de marcher, de pratiquer une activité physique ou de conduire sa voiture. Il perd complètement connaissance et tombe par exemple. Les traumatismes faciaux sont très typiques des malaises cardiaques.
Lorsqu’on chute, on n’a pas le temps de se protéger et la première chose qu’on protège, instinctivement, c’est le visage. Quand on a une personne qui a fait une perte de connaissance ou qui est tombée avec une fracture du massif facial, du nez ou de l’orbite oculaire, il faut penser à une anomalie cardiaque ou une bradycardie.
A un degré moindre, c’est la lipothymie, c’est-à-dire que le patient sent qu’il va s’évanouir, il a un voile devant les yeux. Il a une bouffée de chaleur mais il ne perd pas complètement connaissance. Il entend l’entourage, parfois il tombe, mais il reste quand même légèrement conscient. La lipothymie n’est pas moins grave que la syncope.
Plus rarement, chez les personnes ayant des troubles cardiaques comme dans des formes chroniques des sujets âgés, on peut assister à une grande fatigue, à une dyspnée, à une gêne respiratoire lors d’un effort. Le cœur a besoin d’accélérer à l’effort, quand il n’accélère pas, à cause de la bradycardie, cela occasionne une gêne respiratoire. Exceptionnellement, cela peut donner des douleurs thoraciques.
Par ailleurs, les causes médicamenteuses peuvent également enclencher une bradycardie. D’ailleurs, c’est la première chose à voir, par un praticien, quand un patient développe cette baisse du rythme cardiaque et fait une syncope. La première question à poser, par le praticien, à son patient est : « Quels sont les médicaments que vous prenez ? ». Il y a des classes thérapeutiques qui donnent des bradycardies notamment les bétabloquants, les inhibiteurs calciques et la digoxine qui peut induire un ralentissement de la fréquence cardiaque. Ces produits médicamenteux génèrent des bradycardies soient spontanément, soit quand ils sont associés à d’autres médicaments qui potentialisent leurs actions.

Quels sont les types, les caractéristiques et les modalités de prise en charge de la bradycardie ?

La bradycardie est classée en deux types : le premier type est la bradycardie aiguë, le second est la bradycardie chronique.

-Les bradycardies aiguës constituent une urgence médicale et sont dues à des troubles aigus au niveau du tissu conducteur du cœur. Il faut rappeler qu’il existe, au niveau du cœur, des cellules spécialisées qui usent le flux sanguin cardiaque, qui peut être interrompu à un point particulier de ce circuit, ce qui provoque des blocs intracardiaques.
Ces bradycardies aiguës occasionnent des pertes de connaissance et des malaises importants. Ces cas nécessitent une prise en charge immédiate, dans un centre spécialisé, pour explorer la cause et pour un traitement urgent.
Ces causes sont d’origine ischémique, coronaire, entraînées par un obstacle au niveau des artères coronaires nourricières du cœur, c’est ce qu’on appelle couramment un infarctus du myocarde, qui peut être accompagné d’un bloc complet. Dans ce cas-là, généralement il suffit de déboucher l’artère coronaire obstruée pour rétablir un rythme cardiaque normal.
Il y a également des troubles hydro-électrolytiques, avec par exemple, une augmentation du taux du potassium dans le sang, ou la baisse du taux du calcium, qui sont dus à des problèmes divers notamment rénaux. Il suffit de rétablir les taux normaux de ces éléments (Ca, K) pour retrouver un rythme normal.
Il existe aussi des voies de bradycardie, plus rares dans notre pays, correspondant à des atteintes infectieuses non liées au cœur (myocardite, endocardite, maladie de Lyme) qui peuvent entraîner des blocs auriculo-ventriculaires aigus. Des bradycardies aiguës surviennent sur un terrain d’origine dégénérative, notamment chez les sujets âgés, qui sont dus à un vieillissement du tissu conducteur cardiaque et cela entraîne généralement une prise en charge par la mise en place d’un pacemaker.
Il existe également un trouble très fréquent, appelé le malaise vagal, qui peut survenir chez n’importe quel sujet à la suite d’une douleur importante, d’un choc traumatique. Un évènement assez dur provoque une baisse brutale de la fréquence cardiaque avec une baisse brutale de la tension artérielle, ce qui engendre un malaise important avec une sueur qui peut aller jusqu’à la perte de connaissance. Le malaise vagal relève de mesures classiques de traitements comme par exemple des mouvements physiques qui consistent à faire bouger les membres inférieurs du patient et après quelques minutes, le rythme est rétabli.
Parmi les troubles des blocs auriculo-ventriculaires, la maladie de Lenègre qui est une forme aiguë dégénérative.

-Les bradycardies chroniques sont, quant à elles, dues à un vieillissement du tissu cardiaque conducteur, c’est classique à partir d’un certain âge, au-delà de 80 ans mais on a également des formes qui surviennent chez des sujets assez jeunes notamment des formes familiales qui apparaissent d’une manière dégénérative chez des adultes entre 40 et 50 ans. Cela conduit généralement à la mise en place d’un stimulateur cardiaque (pacemaker) définitif.

Par ailleurs, il existe des bradycardies physiologiques chez des sujets sportifs notamment des sportifs de haut niveau, des athlètes qui doivent parcourir de grandes distances ou faire des exercices intenses à l’exemple de certains cyclistes qui doivent être traités immédiatement.

Quelles sont les classes médicamenteuses et les dispositifs généralement prescrits pour une bradycardie ?

Les médicaments qui sont utilisés pour la bradycardie dépendent des cas.

Pour le malaise vagal, quand il survient dans un milieu hospitalier ou une clinique, on administre de l’atropine par voie intraveineuse. Parfois, on prescrit des traitements par voie orale.

Pour les blocs auriculo-ventriculaires sévères, on utilise l’isuprel, par voie intraveineuse et dans l’attente du traitement de la cause de l’entrave cardiovasculaire ou d’une intervention pour la mise en place d’un pacemaker.

Il y a également dans certains cas la mise en place d’une sonde d’entraînement électro-systolique dans les suites d’un infarctus ou d’une forme assez sévère et réversible pour émettre des impulsions électriques qui régularisent le fonctionnement du rythme du cœur et ceci, soit dans l’attente de la régression de cette anomalie cardiaque, soit dans le cas d’un dysfonctionnement d’un pacemaker déjà installé. S’il n’y a pas de régression du phénomène, on passe à la mise en place d’un pacemaker ou un renouvellement du stimulateur cardiaque définitif qui est un boîtier inséré sous la peau au niveau du muscle pectoral, à partir duquel sort une ou deux sondes qui vont stimuler les cavités cardiaques.

Actuellement, il existe les pacemakers intelligents, qui dotés d’une sensibilité spécifique, peuvent déceler le rythme cardiaque et régulariser la cadence du fonctionnement cardiaque.

Quelles recommandations pour la prise en charge des patients ?

Pour les patients qui sont sous traitement, à visée cardiologique même pour des pathologies ordinaires telles que l’hypertension artérielle, il faut avoir un suivi régulier et ne pas négliger les médicaments et les troubles cardiaques associés, avec un contrôle périodique, tous les trois à quatre mois, chez leur cardiologue pour faire un électrocardiogramme, réaliser un examen pour détecter une bradycardie parfois asymptomatique.
Dans ce cas, il suffit de réduire les prises médicamenteuses.

Pour les sujets souffrant d’une atteinte rénale ou un autre dysfonctionnement viscéral, il y a des bilans biologiques à réaliser où on relève une élévation importante du taux de potassium, qu’il convient de traiter.

Premièrement, le suivi médical est très important, deuxièmement une personne qui s’évanouit brutalement, soit partiellement, soit complètement doit consulter en urgence pour éviter des complications cardiaques graves.