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Le décollement rétinien

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Le décollement rétinien

Une sensation de mouches volantes, les yeux clos et l’impression d’un éclair qui survient sont des signes qui peuvent annoncer un décollement de la rétine. Le décollement rétinien est une affection qui n’entraîne ni douleur, ni rougeur. Quelles sont les causes du décollement de la rétine ? Et comment se fait la prise en charge de cette anomalie rétinienne ? Un spécialiste vous répond.

par Ema Farès

Interview du Dr Ridha Gharsallah Spécialiste des maladies et chirurgie des yeux

Quelles sont les causes du décollement rétinien ?

Le décollement rétinien est une pathologie assez fréquente dans notre pays. Il existe plusieurs causes pour cette maladie des yeux. On distingue les causes idiopathiques et d’autres secondaires. En ce qui concerne les causes idiopathiques, chaque personne est prédisposée au cours de sa vie à avoir une déchirure entraînant une complication qui se traduit par un décollement rétinien sans aucune cause évidente. Pour le décollement rétinien présentant des causes secondaires, il est lié à un traumatisme oculaire qui peut engendrer une déchirure et par la suite un décollement. Il y a des patients qui présentent un diabète qui est l’une des causes d’une rétinopathie dont le décollement rétinien découle quand la glycémie n’est pas régulée et équilibrée. D’autres causes engendrent un décollement rétinien comme les tumeurs,des affections vasculaires comme les vascularites ainsi que des maladies rares.

Quels sont les signes d’un décollement rétinien ?

On peut percevoir et déceler un décollement de la rétine par un tableau clinique très varié. Le patient a l’impression de voir des mouches voler et des éclairs lumineux,répétitifs et constants. Ces désagréments doivent inciter le patient à consulter sans tarder. Heureusement, dans la majorité des cas, les éclairs lumineux sont fonctionnels et ne sont pas secondaires à un décollement de la rétine. Cependant, dans 5% à 10% des cas, ils peuvent traduire un décollement de la rétine. Quand le tableau clinique est complet, le patient présente une baisse de l’acuité visuelle avec parfois une perte subite de celle-ci. Lors d’un décollement rétinien, il n’y a pas de douleurs, ni de rougeurs. Il s’agit d’une altération du champ visuel. A ce moment-là et à la révélation de symptômes d’un décollement rétinien, il vaut mieux s’adresser le plus rapidement possible à un spécialiste qui va réaliser son examen clinique et poser un diagnostic, sans examens complémentaires. Le spécialiste pourra savoir à la suite de ce diagnostic, si c’est bénin ou il faut prévoir une intervention au laser ou une chirurgie par exemple.

Quelles sont les personnes prédisposées au décollement rétinien et quels sont les facteurs de risques ?

Les myopes sont plus disposés à souffrir d’un décollement rétinien puisqu’ils possèdent une rétine fine. Dans le cas d’une causalité idiopathique, il n’existe pas de facteurs de risques vraiment spécifiques. Quand la cause est secondaire, chaque pathologie, particulièrement chronique, quand elle n’est pas maîtrisée et lorsqu’elle n’est pas équilibrée, peut entraîner un risque de décollement rétinien, c’est le cas notamment pour le diabète. Un diabète non régulé peut se compliquer avec un décollement rétinien. Les tumeurs oculaires et les troubles vasculaires comme les vascularites, les neuropathies comme la sclérose en plaques et d’autres maladies rares peuvent induire un décollement rétinien qui peut se compliquer.

Quels sont les examens qui permettent de déceler un décollement de la rétine ?

Dans 90% des cas, le diagnostic se pratique par un examen de la rétine et on n’a pas besoin d’examens complémentaires. Il y a plusieurs étapes dans l’examen clinique oculaire, notamment la mesure de l’acuité visuelle, de la tension oculaire et surtout du fond de l’œil. La rétine est la fenêtre des yeux et son examen nous permet de constater s’il s’agit ou non d’un décollement. Pour confirmer le diagnostic du décollement rétinien, les examens ne sont pas compliqués.

Comment se fait la prise en charge ?

Après avoir fait le diagnostic, quand le décollement est limité et qu’il n’est pas très étendu, on peut se contenter d’effectuer une application du laser. Ce traitement par le laser va permettre de limiter les dégâts du décollement rétinien et il est préconisé quand les lésions sont mineures et le décollement rétinien est soigné. En revanche, malheureusement dans la majorité des cas, on est obligé de faire une opération chirurgicale pour rétablir la rétine dans sa position initiale afin qu’elle ne soit plus décollée. Par ailleurs, les actes chirurgicaux varient en complexité selon les cas. La chirurgie pour le décollement rétinien peut consister en une vitrectomie, l’ablation du vitré et le remplacement du corps vitré par de l’huile de silicone, c’est-à-dire le fait de vider le vitré qui est le liquide qui est juste en avant la rétine et de le remplacer par un autre liquide qui est l’huile de silicone qui est une huile lourde permettant de jouer un rôle tampon afin de rétablir la position normale de la rétine. On complète l’intervention par le laser. Dans certains cas, on peut fermer les déchirures, qui sont larges, par des éponges, c’est comme, pour expliquer de façon imagée, utiliser des pièces pour rétablir des « crevasses » au niveau du pneu d’une voiture. A mon avis, les deux traitements principaux du décollement rétinien sont le laser, qui se présente comme un traitement physique et la chirurgie. La plupart de nos patients sont traités par voie chirurgicale. La piste de la chirurgie peut être simple comme elle peut être plus complète et délicate. La prise en charge du décollement varie en fonction du siège et de l’étendue du décollement rétinien. La découverte d’un décollement rétinien, une fois le diagnostic établi, suppose une prise en charge rapide parce que le pronostic postopératoire dépend bien évidement de l’étendue, du siège, du type du décollement et surtout de la précocité du geste du traitement. Par conséquent, quand on a un décollement de rétine qui date d’un mois et quand la prise en charge du patient est convenable et adaptée, on a pratiquement 100% de cas de réussite.

Quand on a un décollement de rétine de trois mois, les chances du succès postopératoire se réduisent et lorsqu’on a un décollement rétinien de plus d’un semestre, le pronostic postopératoire est mauvais. En définitive, toute personne peut être exposée à un décollement rétinien, le myope plus que d’autres sujets, mais même le non myope présente des risques.

Un patient qui a une tumeur oculaire, un diabète ou une autre maladie peut avoir un décollement rétinien et donc il faut qu’il sache en reconnaître les signes. Il faut consulter dès l’apparition de mouches volantes, d’éclairs de lumière qui deviennent gênants pour la vision et qui augmentent dans le temps. Par ailleurs, devant une baisse brutale de la vision, toute personne doit consulter pour relever les causes de cette baisse visuelle.

En dehors de la diminution de la vision, il est à souligner qu’un décollement rétinien ne crée pas de douleurs pour les yeux, ne fait pas rougir l’œil et les signes d’un obstacle visuel doivent mener le sujet à consulter et c’est au spécialiste praticien de poser le diagnostic et de confirmer l’atteinte rétinienne. La prise en charge doit être précoce, parce que le pronostic dépend de la rapidité des soins. Avec un traitement rapide, le taux de guérison est optimisé.

Que faire pour se protéger d’un décollement de la rétine ?

Malheureusement il n’existe aucune prévention. Par ailleurs, quand le décollement rétinien est secondaire à un diabète, il est important de bien gérer l’équilibre de la glycémie. Veillez à respecter le code de la route pour ne pas avoir un accident entraînant un traumatisme de la vision et par conséquent une déchirure et un décollement de la rétine. Pour les cas de pathologies rétiniennes n’engendrant pas un décollement rétinien, il faut faire attention au soleil qui est de plus en plus néfaste aussi bien pour la peau que les yeux,car la couche d’ozone s’élargit de plus en plus et il y a des rayons ultra-violets qui sont nuisibles à la vue et pour notre rétine. Pour la vision, il faut insister sur la prévention des méfaits des rayons solaires en portant des lunettes anti-ultraviolets. Enfin, il ne faut pas s’exposer au soleil, il faut avoir une alimentation équilibrée, consommer des légumes et des fruits particulièrement rouges parce qu’ils sont riches en pigments xanthophylles, nécessaires à notre rétine. Malheureusement, le décollement de la rétine est un accident qui est brutal, c’est l’équivalent à la limite de l’infarctus du myocarde. Il y a beaucoup de personnes qui sont bien équipées et sportives et qui peuvent malheureusement être atteintes de ces maladies en dehors des personnes qui souffrent d’affections chroniques et non équilibrées comme le diabète ou l’hypertension artérielle qui peuvent entraîner des rétinopathies, une insuffisance rénale. C’est pour cette raison que, par exemple, les diabétiques doivent avoir un diabète équilibré, une dérégulation glycémique peut entraîner un décollement rétinien et une complication oculaire, cardiovasculaire et/ou encore rénale. Dans ce cas, on parle d’une prévention qui est globale.