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Un diamant dans un champ de pierres…Pourquoi je suis (encore) là ?

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Un diamant dans un champ de pierres…Pourquoi je suis (encore) là ?

 

En août dernier, je t’avais régalé, ô fidèle lecteur, de mes premières impressions sur la Tunisie et les raisons qui avaient fait que moi, français, j’avais décidé de poser mes valises de ce côté-ci de Mare Nostrum au cours d’un édito paru dans ce même magazine que tu tiens entre tes mains.

Les jours et les semaines ont passé et voilà que, le 21 novembre très exactement, cela a fait cinq mois que je suis là. L’occasion de se poser ne serait-ce que deux minutes et de tirer un bilan du début de ce que j’avais appelé « ma nouvelle vie ».

Alors ? Que dire et par où commencer ? Déjà par dire que le voyage commencé le 21 juin s’est poursuivi. Dire également que je ne suis plus celui que j’étais à mon arrivée. Je revois encore, non sans un certain amusement, ce « petit français » tout effrayé et perdu au port de la Goulette, un novice en ces terres qui se demandait alors s’il survivrait aux conditions de circulation particulièrement chaotiques de la Capitale…

Depuis, eh bien, je m’y suis fait et plutôt pas mal dirais-je même. J’ai, comme je l’ai déjà écrit, retrouvé des amis ici avec lesquels j’ai repris des relations qui avaient été interrompues bien trop longtemps. Mais surtout, je m’en suis fait de nouveaux. Un surtout et ce qui compte sans doute le plus à mes yeux.

Avec lui je revis, encore et toujours, comme une adolescence. Au fil de nos discussions, mon regard sur ce pays s’approfondit et change, petite touche par petite touche. Lui, le tunisien me raconte sa vie, m’invite dans son univers et me fait découvrir sa culture. Je vibre lorsqu’il évoque pour moi ces poètes arabes qui chantent la gloire du passé et les amours enfuies… Et moi, le français, en retour je lui raconte mon pays, son histoire… De nos échanges sur la religion, il ressort bien souvent qu’il existe, au final, plus de points communs entre le Chrétien et le Musulman que de différences.

Avec lui j’ai été de toutes les fêtes dans son village natal : le Ramadan, le petit Aïd et le grand Aïd à l’occasion duquel j’ai assisté à mon premier sacrifice d’un mouton. Tout cela dans une ambiance familiale de partage des plus chaleureuses. J’y suis retourné souvent et son village est un peu devenu mon village. Les voisins me saluent dans la rue, l’épicier me demande de mes nouvelles… Bref, je me sens « intégré ». Et si la différence culturelle est encore là, je me sens de moins en moins étranger.

Avec lui, je comprends vraiment que l’Islam c’est tout sauf des barbus qui hurlent « Allah Akbar» en brûlant quelques étendards nationaux qui changent au gré des soubresauts géopolitiques du moment. J’ai le sentiment qu’il s’agit avant tout d’un ensemble de traditions qui conditionnent un «vivre ensemble» autre, mais tout aussi digne de respect, si ce n’est plus.

Avec lui enfin, je retrouve la joie simple d’avoir un ami sur qui compter, avec qui partager mes états d’âme, une présence de presque tous les instants qui n’a pas forcément besoin de grandes déclarations parce que son amitié est honnête et sincère.

J’espère de mon côté être capable de lui apporter ne serait-ce que la moitié de ce que lui m’apporte. J’admire son ouverture d’esprit, sa patience pour m’expliquer ce que parfois je ne comprends pas dans la société tunisienne, sa débrouillardise souvent bien loin des facilités de l’hyperconsommation à laquelle j’étais habitué. Il est, comme je lui ai dit une fois, «un diamant dans un champ de pierres», tant sa richesse intérieure est grande, tant il est différent de ses amis du même âge, tant il est au-delà des clichés que l’on peut avoir en France sur les jeunes Arabes…

Une France qui, elle, me paraît bien loin désormais ! A mesure que l’automne avance, les photos venues de France me montrent un ciel gris, des arbres dénudés et des gens emmitouflés alors qu’ici il fait doux et que le soleil brille. Pour la première fois de ma vie, je cueille des oranges directement sur l’arbre au lieu de les acheter en filet au supermarché, je me régale de dattes fraîchement récoltées, je « tombe en amour » de Bizerte, la Venise de l’Afrique du Nord… en un mot, je (re)vis.

Noël approche et je m’apprête à faire un séjour éclair dans la Bretagne de mon enfance si chère à mon cœur. Me trouvera-t-elle changé ? Qu’aurais-je à dire au rude Atlantique alors que je lui fais des infidélités avec la douce Méditerranée ?

Cela est une autre aventure que je conterai, ô fidèle lecteur, un autre jour. ■