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Don du sang don du coeur

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Don du sang don du coeur

Donner son sang, c’est un devoir citoyen, un acte généreux et noble. Cet acte est régi par le volontariat, et l’anonymat. Selon les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les besoins estimés en sang pour la Tunisie sont évalués à 210.000 unités de sang par an. Certes, nous couvrons nos besoins mais cela reste très juste, surtout à certaines périodes de l’année. En Tunisie, le don du sang est non rémunéré. La législation tunisienne interdit que ce don soit commercialisé ou qu’il soit régi au niveau de structures privées. C’est l’Etat qui détient le monopole de ce secteur sous l’égide du ministère de la Santé publique en partenariat avec le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS). Pour célébrer cette journée, fixée au 8 avril, 2015, les institutions ont mis l’accent sur la sensibilisation.

par Hela Kochbati

Notre  spécialiste Dr Hmida Slama Directeur général du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS)

Quelle est la situation des dons du sang en Tunisie ?

Les donneurs volontaires qui donnent leur sang et non au profit d’un parent  malade sont estimés à 56355 personnes, soit de l’ordre de 4,5 % alors que les donneurs familiaux sont de l’ordre de 70 %, soit 157956 personnes. 

Est-ce que le nombre de donneurs de sang est en augmentation ?

Effectivement,  le nombre de donneurs de sang est en évolution continue grâce aux progrès de la médecine spécialisée en Tunisie que ce soit dans le secteur public ou privé et de l’amélioration de l’accès aux soins des Tunisiens. En 2012, nous avons collecté de 190 000 poches sanguines. En 2013, nous avons enregistré 216 000 donneurs de sang total et en 2014, 224 457 donneurs. 

Quels sont les besoins de la Tunisie en dons de sang ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), dans les pays à revenus intermédiaires, si 2 % de la population générale, effectue des dons, le pays recouvre ses besoins en  sang. Si on considère que la population totale de la Tunisie est de onze millions d’habitants, on estime à 210.000 nos besoins en dons de sang. Nous couvrons donc théoriquement nos besoins en dons du sang. Cependant, en dépit de l’augmentation des dons, nous passons par des périodes délicates, notamment durant le Ramadan et en été où l’on enregistre une réduction du  nombre des donneurs et par conséquent une diminution de la réserve de poches sanguines. Afin de palier à ce manque de dons, nous avons besoin du support des médias et de la société civile en appelant la population à donner son sang pour assurer cette couverture. Dès lors que nous disposons d’une base de données de donneurs volontaires et réguliers, nous pouvons faire appel à leur générosité face à la diminution des réserves, notamment via des campagnes de SMS.

Quelle est la stratégie du Centre National de Transfusion du Sang ?

La stratégie du Centre National de Transfusion du Sang se base sur cinq axes. Le premier  cible la sensibilisation et le bien-fondé des dons du sang d’une manière régulière pour tous les patients sans discrimination. Le second axe est d’assurer la sécurité et de la sûreté du don. Nous utilisons des techniques actualisées et des réactifs de dernières  générations pour l’analyse des produits sanguins et dérivés. Le troisième axe est la rationalisation des prélèvements en fonction des besoins (sang total, dérivés, plaquettes, plasma, etc.)  à l’échelle nationale et régionale, en collaborant avec le Conseil de Transfusion du Sang et également avec les donneurs  à travers une exploration clinique déterminée. Le quatrième axe est le ciblage du plus grand nombre de donneurs volontaires et réguliers. Pour finir, le cinquième axe est la fidélisation des donneurs réguliers. D’ici 2020, nous espérons atteindre 100 % de donneurs  réguliers et volontaires.

Quelles sont les structures du système du Centre National de Transfusion du Sang ?

Les structures de transfusion du sang comprennent le Centre National de Transfusion du Sang avec cinq centres régionaux, deux  centres universitaires (Sousse et Sfax) et trois centres régionaux non universitaires (Gafsa, Jendouba et Gabès). Par ailleurs,  nous disposons de 25 banques du sang dans des établissements hospitaliers régionaux et universitaires. Toutes les unités collaborent ensemble pour assurer les besoins des patients et des médecins spécialistes.

Est-ce qu’il y a une volonté d’augmenter les centres régionaux  de transfusion du sang ?

Aujourd’hui, nous travaillons sur la dynamisation de cette structure. Dans le cas d’une augmentation des besoins à l’échelle du territoire tunisien,  les centres régionaux ont pour mission de répondre aux demandes en dons du sang. Il est à noter que la plupart des dons viennent de Tunis.  On opère par décentralisation, si le centre de Gabès ou celui de Sfax manque de stock, on leur octroie le manque en prélèvements selon les groupes de sang demandés, dans une politique de complémentarité.

Quelles sont les caractéristiques de  l’édition 2015 de la célébration de la Journée nationale du don de sang ?

Dans le cadre de la décentralisation de la Journée nationale du don du sang, le 8 avril 2015, le gouvernorat de Jendouba a été choisi cette année. Cela signifie des animations de sensibilisation avec la participation de médecins du centre, de  professionnels de la santé, des médias et de la société civile ainsi de nombreuses maisons de jeunes. Cette année, c’est un nouveau centre de transfusion sanguine à Jendouba qui a été inauguré et qui va appuyer les structures régionales de transfusion  sanguine. Par ailleurs, la Journée nationale du don du sang avait pour slogan «  Pour le sang qui sauve » et a permis au grand public de se rendre dans l’un des 33 lieux de collecte habillés aux couleurs de l’événement.

Qu’en est-il de la greffe des cellules souches et de la création de la nouvelle unité de thérapie cellulaire à Sfax ?

Il s’agit d’une unité d’autogreffe, dans le cadre de la  thérapie cellulaire vers laquelle nous nous orientons avec le Centre National pour la Promotion de Transplantation d’Organes (CNPTO). Nous avons mis en place une stratégie pour renforcer la seule unité de thérapie cellulaire disponible à Tunis au niveau du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS). Le processus de congélation des cellules souches, leur préparation et la sécurité fonctionnelle s’opèrent  au CNTS. Pour réduire la pression au niveau de la capitale, pour aborder d’autres pathologies et réaliser d’autres types de greffes, nous avons opté pour un transfert de cette technique thérapeutique à Sfax, dans une première phase  en 2015, et à Sousse dans une phase ultérieure. Nous sommes en train de préparer cette unité de greffe de cellules souches à Sfax.

Quel est l’état des lieux de la thalassémie qui touche les enfants dans notre pays ?

L’incidence de la thalassémie en Tunisie est variable en fonction des régions. Il y a un grand nombre d’enfants atteints par cette pathologie dans notre pays. On connaît des foyers dans le nord-ouest, dans la région de Nefza et  à Tabarka. Au centre de greffe de la moelle osseuse, au niveau du service pédiatrie, il existe une unité spécialisée qui prend en charge ces enfants malades où l’on couvre leurs besoins en sang phénotypé, comptabilisé et filtré à l’instar des pays européens afin de ne pas compromettre le futur transfusionnel. Ceci afin d’éviter que l’enfant développe un risque de rejet qui pourrait détériorer son état de santé. C’est une opération très coûteuse mais dont nous sommes fiers pour notre pays.

Quel message adressez-vous à nos lecteurs à l’occasion de la Journée nationale du don du sang ?

La Tunisie a toujours besoin de dons de sang. Cette année nous avons opté pour le slogan « Pour le sang qui sauve », c’est le sang qui pourrait servir à la femme qui donne la vie, pour les enfants thalassémiques qui ne peuvent vivre sans une transfusion de sang, pour tous les malades cancéreux, pour les besoins en constante augmentation. C’est pour cette raison que j’appelle tous les Tunisiens à effectuer cet acte de solidarité. C’est une action humanitaire et noble. Nous souhaitons convertir les donneurs ponctuels en donneurs réguliers.

Notre  spécialiste Dr Lamia Aloulou (Médecin de la santé publique – CNTS)

Qui peut donner son sang ?

Toute personne saine reconnue médicalement en bon état de santé par un médecin de la structure transfusionnelle,  après un interrogatoire  médical, et âgé  de 18 à 60 ans pesant au moins 50 kg. Pour les donneurs réguliers, l’âge peut s’étendre à 65 ans. Par ailleurs, celui qui n’a jamais donné son sang ne peut pas en donner au-delà de 60 ans. Une personne donneuse régulière peut effectuer cet acte généreux jusqu’à 65 ans. L’essentiel est de ne pas avoir une maladie chronique et de n’être soumis à aucun médicament afin de conserver la sécurité et la sûreté de la poche sanguine. Nous devons préserver l’état de bien-être du donneur et du receveur. L’homme peut donner cinq fois par an alors que la femme doit se limiter à quatre dons  durant l’année. L’intervalle minimum entre deux dons est de deux mois. Par ailleurs, il est à indiquer que les donneurs du groupe O sont des donneurs recherchés puisque leurs hématies sont compatibles avec un large nombre de patients receveurs. Même si un homme ou une femme donne de son sang deux fois par an, c’est une bonne initiative de volontariat. C’est un acte de noblesse et générosité pour celui qui est apte de donner  son sang.

Quelles sont les contre-indications au don de sang ?

Il existe des contre-indications permanentes ou temporaires. Les contre-indications  définitives concernent les malades ayant des pathologies chroniques comme le syndrome diabétique et l’hypertension artérielle, les sujets atteints d’une immunodépression et de maladies infectieuses transmissibles comme les hépatites B, C, le VIH/sida, la syphilis, etc. Les personnes atteintes de cancer ne peuvent pas donner leur sang, le diabétique insulino-dépendant car il peut faire un état comateux. Nous établissons, en l’occurrence, des analyses sanguines concernant les hépatites B, C, le VIH/sida et la syphilis, le type du groupe sanguin, la positivité  ou la négativité du rhésus, les phénotypes et même les sous-groupes. Il y a des patients receveurs qui sont polytransfusés comme ceux qui ont une insuffisance rénale chronique, le sang doit être phénotypé afin qu’il ne développe pas une réaction allergique et une aggravation de leur état.

Quelles actions  lors de cette journée du  8 avril 2015 ?

A Tunis, au CNTS, nous avions une tente pour les prélèvements et nous avions mis en place une campagne de sensibilisation en faveur du don à l’Avenue Habib Bourguiba. Nous souhaitions que le grand public soit au rendez-vous et développe la culture du don.  Nous visons à augmenter le nombre de donneurs volontaires et réguliers. Il arrive qu’on ait un manque pour un certain nombre de groupes sanguins surtout en ce qui concerne le rhésus négatif. Nous visons à avoir un stock satisfaisant pour les réserves. Au cours du mois de Ramadan et de la saison estivale, les réserves en poches de sang diminuent particulièrement, le nombre d’accidents routiers  augmente. Ces dons du sang visent à maintenir un équilibre entre l’approvisionnement, les besoins des patients et  la demande des hôpitaux et des cliniques.

Notre  spécialiste Dr Nahla Soussou Responsable système management qualité – CNTS

Quelles sont les processus du système management qualité au CNTS ?

C’était une démarche assurance-qualité avant les années 2000. A partir de l’année 2000, nous avons adopté « le système management qualité ». La qualité dans le domaine de la transfusion sanguine a démarré suite au scandale du sang contaminé en France dans les années 94-95. Par conséquent, cette démarche était obligatoire pour assurer la sécurité transfusionnelle. Au niveau du Centre National de Transfusion, nous avons commencé la démarche de l’assurance qualité en 2000 et ce n’était pas à caractère obligatoire, mais volontaire. Nous avons voulu finaliser notre démarche par une reconnaissance qui est la certification ISO 9001. Nous sommes la première institution dans le domaine de la santé publique qui a été certifiée en janvier 2004.

Quel est l’objectif de cette démarche en « système management qualité » du CNTS ?

Le but de ce système management qualité est de  maîtriser notre processus de fabrication de produits sanguins labiles à partir de l’accueil du donneur  jusqu’à la distribution de notre produit. Quand les poches  sanguines arrivent dans les hôpitaux, il y a une réglementation relative  à la traçabilité et à l’enregistrement mais cela ne dépend pas de nous. On ne travaille pas encore sur l’ISO à ce stade mais l’idéal est de travailler sur cette norme. Par ailleurs, toute la chaîne du don du sang est  informatisée. Nous avons un numéro de don unique. La traçabilité est assurée au cours  de toutes les étapes du don de sang. Pour les méthodes de contrôle, nous effectuons un double contrôle et une double vérification, nous nous assurons que nos tests, que ce soit des tests de groupage pour déterminer le groupage des produits sanguins ou pour les tests de qualification biologique, les tests de dépistage, de sérologie  pour les pathologies (HIV, hépatites B et C et la syphilis). Nous avons été certifiés deux ans après la France. Nous sommes le seul centre de transfusion sanguine certifié en Afrique. C’est une bonne démarche pour les prestations des clients. Le donneur et le patient receveur sont considérés comme des clients. Nous les satisfaisons en rendant disponible un sang de qualité. Par ailleurs, concernant  le client qui est donneur,  nous visons à  le fidéliser afin qu’il devienne régulier. En effet, pour les donneurs volontaires et réguliers, plus leur nombre augmente, plus nous sommes sûrs de la qualité du sang puisqu’il y a une période de fenêtre sérologique où même si on fait des tests au cours de cette période,  le donneur peut être contaminé, alors que  le taux d’anticorps ne peut être détecté. Dans ce cadre, on sera plus sûr lorsque  nous aurons des donneurs volontaires et réguliers.

Quel message adressez-vous à nos lecteurs à l’occasion de la Journée nationale du don du sang ?

Je voudrais que les citoyens tunisiens ne se posent pas de questions concernant sur les dons du sang. Il n’y a aucune conséquence négative lors d’un don. Il faut que cet acte de solidarité soit intégré dans notre culture. En France, j’ai vu des personnes qui donnent 100 à 200 fois au cours de leur vie. Il faut que les donneurs pensent aux enfants qui ont besoin de se faire transfuser une fois par mois et qui parfois viennent au Centre National de Transfusion mensuellement de l’intérieur du pays afin de recevoir du sang surtout pour les enfants thalassémiques. Ces enfants sont parfois obligés de s’absenter de leurs cours. Il faudrait penser à eux parce que leurs familles ne peuvent pas répondre au rythme des soins exigés. C’est pour cette raison qu’il faut penser à sauver ces enfants malades, aux accidentés de la  route, aux femmes qui accouchent et qui ont besoin de sang.

Notre  spécialiste Dr Najet Moula Responsable de la qualification biologique

Quelle est l’approche de  la qualification biologique lors d’un don du sang ?

Un sang recueilli après un don n’est jamais transfusé directement au patient. Après avoir prélevé le sang d’un donneur, celui-ci  va être qualifié biologiquement, préparé et conditionné avant d’être distribué aux hôpitaux régionaux et aux cliniques. Le sang est, par la  suite, transfusé  à des patients souffrant de pathologies chroniques, ayant eu un phénomène hémorragique ou ayant subi une opération et nécessitant un don du sang. Nous utilisons des réactifs et  des  techniques à la pointe de la modernité. Nous effectuons un contrôle de la préparation des prélèvements. La sûreté dans les prélèvements des produits sanguins permet la sécurité du  donneur ; dans le cas d’une maladie ou une anomalie, nous le  prenons en charge, nous l’orientons vers le service clinique spécialisé, ce qui permet également une sécurité sang pour le receveur. En effet, le patient receveur ne doit pas avoir de complications de son état de santé, suite à une contamination à travers un don du sang.

Comment se fait  l’analyse et la bio-qualification des dons du sang ?

Les échantillons prélevés sur les donneurs sont analysés  par des examens biologiques et sérologiques selon deux axes  et des critères définis : l’immuno-hématologie, qui consiste à caractériser le sang et à déterminer notamment le groupe sanguin, les sous-groupes et la recherche de maladies ou agents transmissibles (VIH-Sida, syphilis, hépatite B et C). Quand les résultats d’analyse présentent une déficience, la poche de sang correspondant au prélèvement est bien sûr éliminée et le donneur est informé. Il est suivi dans un service clinique spécialisé.

Quelles sont  les principes de la distribution des produits  du don du sang ?

La poche sanguine est préparée et qualifiée. Elle est distribuée aux patients, aux hôpitaux et aux cliniques des régions qui en font la demande. Il est à indiquer que les produits dérivés des produits sanguins ont une durée de vie différente. En effet, les plaquettes ont une durée de vie de 5 jours, les globules rouges ont une durée de vie de 42 jours et le plasma peut se congeler durant de nombreux mois. Avant la transfusion d’un malade, un dernier test de contrôle permet de prouver la qualité du produit sanguin et d’éviter un risque de rejet immunitaire, c’est-à-dire un risque histo-incompatibilité entre le receveur et le donneur.

Notre  spécialiste Najla Harrouch Ex-ministre du commerce, donneuse de sang lors de la campagne du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS)

J’appelle les Tunisiens à faire un don de sang. Donner de son sang, n’est pas une opération difficile mais c’est une initiative très importante surtout pour les patients et les personnes qui en ont besoin. C’est un appel solidaire pour un don qui ne coûte rien mais qui est précieux pour la vie de certaines personnes. Il est à souligner que la Tunisie a toujours fait des efforts  pour que nous soyons autosuffisants, en matière de sang, c’est le cas mais c’est très juste. On sait que face à un malade, c’est toujours un peu difficile, parce que les quantités collectées sont à peine suffisantes pour nos besoins. Pour cette raison, il faut renforcer la sensibilisation, au niveau de la population, à cet acte citoyen de solidarité.