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« Donner une voix à la Tunisie dans le monde »

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« Donner une voix à la Tunisie dans le monde »

Rencontre avec Zied Mhirsi, médecin, animateur radio, consultant pour la santé publique et des organisations internationales, formateur. Cet immense gaillard de presque deux mètres a plusieurs cordes à son arc. Il a bourlingué un peu partout au gré de ses missions à travers le monde. C’est d’ailleurs dans une de ces pérégrinations en Inde qu’il a rencontré sa femme, une chanteuse-musicienne tibéto-danoise, Kesang Marstrand, un coup de foudre et un mariage plus tard. Ils sont aujourd’hui tous les deux résidents en Tunisie.

par Sonia Bahi-Fellah

J’arrive au siège d’Express-FM vingt minutes avant l’émission. Zied me fait visiter les locaux, me présente à tout le monde puis m’annonce que je serai son invitée à l’antenne, mon baptême du feu, sans préparation aucune. Quelques rires et pourparlers plus tard, me voilà au studio avec lui, en direct, pour son émission hebdomadaire «saha lik» (A votre santé).
Il m’explique que le but de l’émission est de passer des messages de santé, de vulgariser les news médicales afin que les tunisiens aient accès aux dernières nouvelles scientifiques et sanitaires. Il s’agit aussi de mieux faire connaitre les maladies, leur évolution et leur traitement à travers leurs symptômes.
Aujourd’hui, on parle de la 4ème édition du prix Médicis de la recherche en santé mentale, trois médecins ont été primés, Dr Hatem El Briki, gériatre, Dr Inès Belhouane, psychiatre et Dr Anouar Mechri, psychiatre.

J’apprends aussi que prendre la tension sur un seul bras est insuffisant et peut donner des résultats erronés. L’émission dure 30 minutes. Courte, informative, elle va droit au but.

Radio et santé,un rôle préventif ?

Je tenais absolument à ce qu’une telle émission existe en Tunisie. L’information dans le secteur médical est essentielle voire vitale. On n’est jamais assez bien informé.
Prenez le tabac, par exemple. Dire une fois que le tabac nuit à la santé puis passer à autre chose n’a aucun impact sur les gens. Il faut faire un matraquage en douceur. Tous les jours, je glisse une petite phrase sur les méfaits du tabac ou comment arrêter de fumer. Cela finit par faire son chemin dans l’inconscient. Les gens doivent apprendre à prendre soin de leur santé et l’une des missions du médecin est de les y aider. C’est la vocation de cette émission.

De la médecine à la radio, un parcours plutôt atypique…

J’ai fait mes études de médecine en Tunisie, ensuite j’ai fait une spécialité «santé publique» à l’Université américaine de Beyrouth puis j’ai obtenu la bourse Fulbright pour une spécialisation encore plus approfondie à l’Université de Washington. D’étudiant, je suis devenu employé au sein de cette université. j’y ai enseigné puis j’ai été envoyé un peu partout dans le monde, dans les pays en voie de développement pour apporter une assistance technique afin de renforcer leur système de santé, essentiellement dans la prise en charge du VIH. J’ai passé entre autres une année au Soudan et j’ai fait plusieurs séjours à Haïti, en Namibie, en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud. Cela fait un an que je suis rentré en Tunisie.

Son actualité

Avec deux amis, Zied Mhirsi a créé Tunisialive.net, le premier site d’informations sur la Tunisie en anglais. «Au lendemain de la révolution, il n’y avait pas moyen de s’informer sur la Tunisie en anglais. Je voulais médiatiser ce qui se passait, donner une voix à la Tunisie dans le monde, contribuer du mieux que je pouvais à sortir le pays de son isolation médiatique. On fait du vrai journalisme, les informations sont toujours vérifiées à la source avant d’être publiées. Plus de 100 000 personnes consultent le site chaque mois. »
L’autre actualité qui lui tient à cœur, c’est la préparation du nouvel album de sa femme, Kesang Marstrand, auteur, compositeur et interprète, elle avait repris l’hymne national tunisien l’année dernière et avait sorti « Our myth ».

Pourquoi vous être spécialisé dans la santé publique ?

Très peu de médecins en Tunisie ont un mastère de santé publique. Ce qui explique le manque d’études à large échelle. On a uniquement des thèses de médecine avec dans le meilleur cas, une centaine de cas étudiés, ce qui n’a aucune incidence sur la politique sanitaire tunisienne. Notre système de monitoring de la santé est défaillant justement à cause de cette absence de recherches à grande échelle. Il faudrait des réformes de fond de notre ministère de la santé qui fonctionne encore comme au siècle dernier avec la même lenteur et la même approche archaïque. Pour améliorer la santé des malades, il faut améliorer les structures sanitaires et médicales avec une meilleure prise en charge. Toutes les maladies en profitent. Il faut former les médecins ainsi que le personnel de santé aux nouvelles thématiques afin de rendre le service de santé plus efficace en combinant recherches, analyses de données et implémentation de nouvelles recommandations sanitaires. C’est ce que j’enseigne chaque semaine à la faculté de médecine de Monastir.