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Dr Andrea Cadelano Un « sein » pèlerin

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Dr Andrea Cadelano Un « sein » pèlerin

Dr Andrea Cadelano est un drôle de bonhomme, mi Mère Thérésa et mi Kwai Chang Caine, le héros populaire de la série Kung Fu : il traverse notre pays du nord au sud pour amener les femmes à se faire dépister contre le cancer du sein.

par Samantha Ben-Rehouma

Pourtant, pas gagné d’avance pour cet originaire de Sardaigne de partir en croisade contre ce fléau ! Mais qu’à cela ne tienne, il a fait sienne cette devise « Travailler, errer, me reposer quand je le peux » et l’applique avec un coeur gros comme ça… Et lorsque que l’on sait qu’une femme qui marche 3 à 5 heures par semaine a 50% de chances en plus de survivre au diagnostic que les femmes inactives ou presque, on comprend pourquoi il est si important pour Dr Cadelano de se déplacer afin de sensibiliser la gent féminine à ce mal qui ronge notre société. Haro sur ce sein pèlerin…

Pouvez-vous nous dire en quoi consiste votre démarche?

Ma démarche est simple : je me rends dans les différentes régions afin d’amener soit dans les dispensaires soit dans les hôpitaux locaux le plus de femmes possible à se faire dépister. Ma technique de « porte à porte » consiste à aller chez elles pour leur dire qu’une campagne de dépistage est prévue dans leur ville et qu’il serait bénéfique de profiter de la présence de toute une équipe de médecins, gynécologues, sages-femmes pour faire un bilan gynécologique. En fait, dit comme cela peut paraître étrange, mais il est clair que nous arrivons à toucher un grand nombre de femmes avec cette « politique » de communication qui est mille fois plus efficace que des dépliants ou des spots télévisés !

Parlez-nous du projet « Soutien au programme national de lutte contre le cancer »

Le projet s’inscrit dans le cadre de la coopération technique tunisoitalienne. Il consiste à soutenir le Plan national de lutte contre le cancer PNLCC 2006-2010, mis en place par le président Zine El Abidine Ben Ali, en favorisant une meilleure efficacité et équité de l’assistance sanitaire à travers un diagnostic précoce du cancer du sein. Les activités du projet, dans la première phase, étaient concentrées sur deux régions de la Tunisie, les gouvernorats de Gafsa et de Jendouba. Dans la deuxième phase du projet, les activités seront concentrées dans neuf régions : Gafsa et Jendouba, Le Kef, Siliana, Kasserine, Tozeur, Gabès, Kébili et Sidi Bouzid.
Ce projet constitue une phase préparatoire à la création par le gouvernement tunisien de trois unités de cancérologie à Jendouba, Gafsa et Gabès prévues par le XIème Plan national de développement.

Quel est son objectif ?

L’objectif général du projet est de contribuer à l’amélioration de l’état de santé de la population féminine. L’objectif spécifique est d’améliorer le diagnostic précoce du cancer du sein chez les femmes dans neuf gouvernorats de la Tunisie. Le projet est axé sur deux principaux volets d’intervention:
– La formation du personnel médical et paramédical des trois hôpitaux régionaux et des soins de santé de base des trois gouvernorats concernés, sur les thèmes du diagnostic précoce du cancer du sein et de la communication en santé, ainsi que la formation du personnel du service de statistique et épidémiologie concernant la collecte informatisée des données.
– La réalisation d’une campagne d’information et de sensibilisation sur le cancer du sein au niveau national ainsi que la réalisation de rencontres et de manifestations publiques visant la promotion de la culture du diagnostic précoce du cancer du sein au niveau régional.

Avez-vous rencontré des problèmes concernant la mise en oeuvre et en place de ce projet ?

Un des problèmes concernant la gestion du projet est le manque de personnel spécialisé, surtout les spécialistes en radiologie. Cela est dû, en particulier, au fait que des médecins veuillent exercer dans le secteur privé, ce qui contribue au manque considérable de médecins spécialistes à recruter dans le secteur public.
Dans le cas spécifique du projet des radiologues et des anatomopathologistes, ces derniers ont été recrutés pour assurer les activités des services concernés et notamment les activités du projet.
Quant à l’affectation du radiologue à Gafsa, on a adopté une solution intermédiaire (le radiologue doit assurer sa présence deux jours par semaine) en attendant de recruter un nouveau spécialiste.
Pour pallier le manque de médecins spécialistes dans les régions, le gouvernement tunisien a entamé un programme de réforme pour développer la motivation professionnelle des employés des services publics, surtout ceux qui décident de s’installer dans les régions périphériques. Malgré cela, le risque que les spécialistes, après la formation, puissent abandonner le travail dans la Santé publique pour aller dans l’activité privée reste élevé.
On a entamé des actions spécifiques pour motiver les médecins spécialistes à se maintenir dans les régions d’intervention du projet. Ces actions seront développées pendant toute la période du projet.

La coopération tuniso-italienne a-t-elle des directives spécifiques ?

Oui. En fait, elles visent une plus vaste implication des opérateurs locaux dans les processus de la planification et de mise en oeuvre des activités. A ce propos, une attention particulière va être accordée à l’encouragement de la décentralisation dans le but de renforcer les capacités des régions à établir les procédures et à fournir les services sans le soutien de l’administration centrale du ministère de la Santé publique.
Pour renforcer le système de participation partagée dans toutes les phases de préparation des activités, la Structure de gestion du projet (SGP) organisera des rencontres périodiques mensuelles avec les acteurs impliqués dans le projet: (les directions régionales de la Santé publique, les services régionaux des soins de santé de base et les directions des hôpitaux régionaux, ainsi que les prestataires : l’ISA et l’ONFP).
D’autre part, des conventions avec les structures tunisiennes accréditées sont prévues avec l’Institut Salah Azaiz (ISA) qui représente l’unique structure multidisciplinaire de référence pour la cancérologie dans le pays. Il fournira les prestations de formation clinique pour tout le personnel médical et paramédical impliqué et avec l’Office national de la famille et de la population (ONFP).

Quand ce projet verra-t-il fin ?

L’initiative se terminera courant décembre 2010. L’agence d’exécution est le ministère de la Santé publique. Au sein de ce ministère, notamment auprès de la Direction générale des structures sanitaires publiques, est créée la SGP, composée d’un « responsable » tunisien, de personnels de support à l’administration et à la logistique, de l’assistant technique principal italien. Au niveau des neuf gouvernorats, seront désignées des antennes régionales assistées par des coordinateurs. Les modalités d’exécution suivront la procédure prévue par l’article 15 du règlement d’application de la loi n.49 de l’année 1987 de la République italienne.

Que retiendrez-vous de cette expérience ?

La gentillesse des gens, la modernité des esprits et surtout dans le sud !… En fin de compte, que l’on soit en Tunisie ou ailleurs, ce que je remarque c’est que cette disparité entre le nord et le sud n’est pas une légende ! Les femmes du sud sont plus « ouvertes et directes ». Elles arrivent au dispensaire, elles enlèvent leur haut sans aucune gêne et écoutent avec grande attention les médecins. A contrario, les femmes du nord sont un peu plus « réticentes », en ce sens où elles rechignent un peu à venir se dépister… Mais je dois dire qu’en général, ce système de « porte à porte » est très efficace pour le dépistage du cancer du sein et qu’un pays comme la Tunisie soit à l’écoute de ses concitoyennes, c’est bravissimo !