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La drague fait sa révolution

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La drague fait sa révolution

La drague ? On a beau dire que c’est l’art du superficiel mais ça reste un acte profondément culturel et fortement marqué par le contexte politique… Pour preuve, depuis le 14 janvier, les dragueurs tunisiens ont intégré le discours politique dans leur techniques.

par Salem Djelassi

Ça peut paraître insolite mais c’est arrivé après la révolution, juste après la dissolution du RCD. Nous avons appris la nouvelle par hasard parce que c’est dans notre giron familial. Mouna, une fille de 28 ans, annonce la rupture de ses fiançailles avec son futur conjoint et son souhait d’annuler le mariage prévu début juillet. Motif ? Notre bonhomme appartenait au RCD ! « Je ne veux pas partager ma vie avec un symbole de la corruption et de la dictature ! » s’indigne-t-elle aujourd’hui. Et quand on lui suggère qu’ils n’étaient pas tous pourris, elle renchérit « Lui, si! Il touchait des dessous de table de la part des gens qui étaient dans le besoin ! Je l’ai vu, il s’est fait beaucoup d’argent avec ça ! ». Etrange ! d’autant que Mouna profitait elle aussi de ces mannes en recevant des cadeaux parfois de valeur. Sans compter que son fiancé n’est impliqué dans aucun procès et qu’il ne fait l’objet d’aucune plainte. Il s’agit tout simplement d’un petit second couteau du système qui a profité de sa situation comme tout le monde et comme on en rencontre partout. Mais Mouna ne veut rien savoir. C’est fini, elle veut rompre. Mais derrière cette rupture il y a une histoire de drague qui a conduit Mouna à une folle histoire d’amour… L’argument RCD était tout simplement un prétexte. Elle nous le confie d’ailleurs « Je suis tombée amoureuse de quelqu’un d’autre tout simplement. Il faut dire que les arguments de ce quelqu’un d’autre m’ont fait de l’effet » Qui est ce quelqu’un d’autre ? « Un type qui me drague depuis presque un an. Il a essayé par tous les moyens mais je suis restée de glace… Après la révolution, son discours a changé et je lui ai prêté l’oreille… »Le type en question s’appelle Omar. Dans les quartiers chics d’El Menzah, de Manar et à Ennasr, il est connu comme un dragueur très intelligent. Parlant de Mouna, il dit en soupirant que « c’est la fille qui (lui) a donné le plus de fil à retordre. Mais lorsque vous êtes un dragueur bien informé et que vous saisissez même les occasions sociopolitiques qui se présentent, rien ne peut vous résister… La drague c’est une question de technique ». Nous avons interrogé ce technicien de la drague sur la méthode utilisée avec Mouna. Et lui de répondre fièrement « les gens n’ont pas compris qu’après la révolution le discours de la drague doit aussi changer. Moi je l’ai très vite compris. J’ai compris que les femmes en ont marre d’être traitées comme des potiches de Ben Ali ou comme des sous modèles de Leila Trabelsi. Elles ont besoin d’une sorte de « dégage » intime qui leur donnerait une nouvelle vision d’elles mêmes. Avec Mouna, je suis allé dans ce sens et j’ai voulu l’extraire à ce spécimen de corruption qui était représenté par son fiancé. C’est moi qui l’ai informée de toutes ses magouilles et des injustices qu’il a perpétué. Mais tout cela c’est des détails. Je crois qu’après la révolution les femmes ont besoin de changer de rêve. Je l’ai fait avec Mouna et ça a marché. Ca a tellement marché que je compte bien l’épouser. » Oui, en 2011, jouer sur l’appartenance à l’ancien régime et sur la situation politique peut figurer dans le manuel du dragueur tunisien.

Violence verbale et drague fast -food

Il faut dire qu’on a dragué avant et après la révolution. La liberté d’expression retrouvée agit nécessairement sur notre manière d’aborder l’autre « Ouf on respire !, se réjouit Leila, 23 ans. Aujourd’hui, on a droit à un autre type de discours surtout lorsque les hommes draguent via Facebook. Même si le fond n’a pas changé, on sent que certains mecs veulent rehausser le niveau de la drague pour être à la hauteur de cette révolution ». Mais il ne faut pas non plus croire que la révolution n’a fait que du bien aux dragueurs « depuis qu’il n’y a plus de postes de police, je me fais draguer à tous les coins de rue, s’alarme Houda, le problème c’est que je me fais draguer comme une vulgaire prostituée. Les mots utilisés par certains hommes mûrs et surtout des jeunes sont très orduriers. Je n’ai jamais entendu cela, et en plein jour de surcroît. Aujourd’hui même sur une grande avenue j’ai peur d’être violée ! La drague tourne à l’agression verbale et je ne sais plus ou donner de la tête quand je suis dans la rue… »

Facebook et les réseaux sociaux facilitent-ils la tâche aux dragueurs ? « Oui, mais peut-on appeler ça de la drague ? s’interroge Yosra, 39 ans, professeur de littérature.Facebook est tout simplement un lieu de rencontres où l’on peut trouver de tout ! Et d’ailleurs, on est hors sujet si on associe le mot drague aux réseaux sociaux. C’est vrai qu’on peut avoir des rendez-vous, voir des photos et connaître le profil (plus ou mois vrai), mais les vraies relations commencent après… Et c’est là où les hommes échouent dans leur désir de donner de l’avenir à cette relation. Parce que la rencontre a été trop facile. Draguer par Facebook est une drague fast-food qui ne peut pas avoir d’effet bénéfique sur la santé. Une fille draguée dans les règles de l’art, et qui a pris le temps de s’abandonner à son dragueur est susceptible de s’attacher plus à lui et vice versa ! Il y a une grande poésie dans l’acte de draguer, comme il existe une signification culturelle profonde qui met à contribution les regards, les sourires et leur significations. C’est grâce au face à face de la rencontre fortuite qu’ont peut savoir qu’on est belle aux yeux d’un homme ou pas. Et puis c’est à cet homme d’interpréter si notre sourire est spontané ou si il a un sens calculé… Draguer c’est très ludique et de nos jours cet aspect qui nous fait ressentir notre féminité est entrain de disparaître… J’ai l’impression que les hommes ont du mal à trouver des mots… Probablement parce qu’ils ne lisent plus ! »

Paroles, paroles, paroles…

Les mots toujours les mots ! Mais quels mots utilise-t-on pour draguer aujourd’hui ? Bien sûr, il y a le registre « crado » que certains hommes continuent à servir du genre « sincèrement, tu as de beaux lolos et ça me plait » ou « quel derrière ! je succombe ». Ce genre de mots est utilisé dans certains pays de l’Afrique noire, mais dans ces contrées les hommes le disent avec beaucoup d’humour, et les femmes le classent dans la rubrique « blague et drague ». Chez nous, c’est dit de manière très agressive et les femmes n’apprécient pas du tout… Quoique certaines le prennent avec humour en répondant « tu vois tout ça ! eh bien il ne sera jamais à toi ! » Riadh, pizzaiolo, a son mot à dire sur le sujet : « Je ne suis pas d’accord pour qu’on dise que des mots gentils pour draguer une fille ! D’accord, il ne faut pas tomber dans le vulgaire bas de gamme, mais il faut pimenter un peu la drague, donner des promesses excitantes. Il y a des filles qui aiment ça. Les draguer avec des mots de Abdelhalim Hafedh ça les fait vraiment fuir… Il faut être très superficiel parfois elles adorent ça ! »

Complètement dépassées les formules du genre « je crois que je vous ai rencontré quelque part » et « est-ce qu’on peut faire connaissance ? c’est plutôt « j’ai bien envie de rêver de vous… Mais je crois que j’ai rêvé de vous ». Plus tendance et plus politisé « j’adore vos cheveux et j’aimerais encore les contempler avant que les intégristes ne prennent le pouvoir ! » ou bien « quand on vous regarde on n’a pas envie de voter Ennahdha ! ». Oui la drague en Tunisie fait aussi dans la politique…

Technique …

Mais il n’y a pas que les mots ! Ceux qui n’en ont pas ont d’ailleurs recours à d’autres techniques ou à d’autres ruses qui ne sont pas pour déplaire aux femmes. Mourad, publicitaire de 38 ans, utilise par exemple la technique de la pub qu’il décrit comme suit : « un homme apprend la date de naissance d’une femme par une de ses copines et, le jour de son anniversaire, il lui envoie, par exemple, une boite de chocolat et une rose. Il répète à plusieurs occasions ce genre d’attention et ça marche. Comme pour la publicité, la répétition en matière de séduction est très importante. La présence, voila l’essentiel, vous dira n’importe quel publicitaire. L’homme qui est gentil avec une femme dix fois, quinze fois pendant un mois, deux mois, trois mois, finira par obtenir des sourires, des coups de fil. Ainsi, petit à petit, un lien se crée ».

…et matériel

Le coté matériel est une arme toujours infaillible, pour ceux qui en ont les moyens. Myriam, 25 ans, le confirme. « Les filles sont très sensibles aux apparences. C’est sûr que tu auras plus tendance à écouter un mec qui t’aborde en Mercedes qu’à vélo ! Les tunisiens ont fait de gros progrès dans ce sens et certains hommes comblent de grosses lacunes avec l’argent. Mais aujourd’hui les filles ne sont pas stupides elles savent que ces hommes leur permettront de passer du bon temps dans les boites de nuits et c’est tout. »

Taoufik est un Don Juan notoire qui sévit à Tunis l’hiver, et à Hammamet l’été. La caractéristique de ce dragueur ? Sa générosité. Ce haut fonctionnaire, très aisé, dépense énormément en sorties et en invitations. Mais c’est un vrai piège car si les filles ne font pas attention elles se retrouvent totalement prises en charge par lui et réduites à exécuter le moindre de ses ordres, si elles veulent garder ce train de vie. Et à en croire ses victimes il demande des choses vraiment humiliantes. Les points forts de sa technique ? Il vous propose de résoudre vos problèmes matériels, de vous prêter sa voiture, sa villa, de l’argent, de vous aider à peindre votre appartement, et puis il vous couvre de cadeaux et de petites attentions … Une stratégie persuasive pour ne pas dire irrésistible.

Farouk, lui, drague avec peu de moyens. Son fond de commerce est un ordinateur et beaucoup d’intelligence. Sa première tactique consiste à ne pas ressembler aux autres quand il drague sur le net « Il faut avoir conscience de la concurrence, conseille-t-il. Les filles reçoivent des centaines de messages par jour. Ce genre de message, au bout du dixième est énervant comme les insipides « ça va ? » ou « salut »! Qu’est ce qu’une information sur l’état de santé de la fille (ou du mec d’ailleurs) peut bien vous faire quand on connaît les vraies motivations de certains à partir de 23 heures par exemple ? Il faut savoir se démarquer ! Commencez par lire ce que la fille que vous visez a mis dans son profil, et ça fera l’objet d’une nouvelle approche. Très peu de gens font un réel effort sur leur profil. Regardez à quoi elle s’intéresse. Son annonce est-elle drôle ? Dans quel quartier vit-elle ? Et abordez-la en utilisant ces informations. Ca vous permettra de vous démarquer un peu plus des autres et prouvera que vous avez un minimum de répartie. »

Certains peuvent penser que la drague est une culture du superficiel. Même si elle est en train de le devenir quelque part sur les réseaux sociaux, elle continue à résister comme art et technique de séduction surtout lorsqu’elle est pratiquée loin du net. Le côté ludique et le jeu des regards et des mouvements a gardé un charme irrésistible… Ce sont plutôt les hommes qui ont perdu en poésie dans leur stratégies de conquête.

Témoignages

Hédia, 28 ans Designer

« Les tunisiennes sont-elles’sous-développées’ ? »

Une voiture ralentit et j’entends la voix du conducteur : « Mademoiselle… ». Je le regarde. Au volant de sa grosse voiture, lunettes noires, chemise à moitié déboutonnée (quelle horreur !), rasé de très près, il affiche un sourire hollywoodien. Je lui souris aussi, feignant d’être intimidée. Je détourne mon regard et continue à marcher et à parler à mon amie. La voiture nous suit au pas. Le tour est joué. Je me dis qu’au second appel, je lui réponds. Un, deux, trois : « Mademoiselle… Puis-je vous parler ? ». C’est parti. Je prends ma voix la plus chaude : « Ce n’est pas galant de parler à quelqu’un sans descendre de sa voiture ». Silence. Il a l’air de se demander si je vaux vraiment la peine qu’il descende de son trône. Apparemment oui. Il accélère, va se garer plus loin, descend de sa voiture et vient à ma rencontre : « Salut ! Voilà, je suis là ». Il respire une assurance qui me fait perdre la mienne. Je me rends compte que je n’ai rien à lui dire et j’attends désespérément qu’il se décide à dire autre chose. « Puis-je vous inviter à prendre un pot ? ». Je saute sur l’occasion, au risque de me faire prendre pour celle qui n’attend que ça : « Pourquoi pas » ? On s’installe sur la terrasse d’un café réputé. Je me sens bizarre, face à cet inconnu. Le silence commence à me peser. Il ne m’a quand même pas suivi pour le plaisir de me lancer des sourires que je trouve VRAIMENT stupides. Allez, au travail. Je décide de rompre le silence :

« – Vous venez souvent ici ?

Je viens ici régulièrement. Je suis mes études en France. Je viens en Tunisie en été, pour voir ma famille, me reposer et… draguer, dit-il, Depuis que je suis rentré à Tunis, je dors le matin jusqu’à midi, je prends mon déjeuner, le temps que mes copains viennent me rejoindre et on vient ici pour s’amuser. C’est à peu près mon emploi du temps estival. Parce qu’en France, je n’ai pas le temps. Et ma copine hollandaise serait jalouse (encore ce rire plein). Toi par contre, tu ne corresponds pas au genre de filles que l’on rencontre ici. Elles sont toutes bêtes et souvent incapables de parler français (Ah bon, c’est une tare de ne pas parler français ? ). Comment se fait-il que tu parles bien français, toi ?

Où se croit-il, dans la jungle ? Au bout d’un quart d’heure d’absurdités sur ses prouesses de Casanova, sur les Tunisiennes qu’il trouve « sous-développées », sur ses virées nocturnes dans les plus grandes, les plus belles, les plus chères boîtes de la place, je n’en peux plus de faire semblant de boire ses paroles. Je regarde ma montre et prétexte un rendez-vous imaginaire pour échapper à ce monstre d’inconsistance, d’insignifiance et de vanité.

« On peut se voir ce soir, dit-il, avant de s’engouffrer dans sa voiture, on irait danser puis on irait chez moi finir la soirée ». Carrément. Il ne manque pas de culot. Je suis soulagée de le voir partir, avec mon faux numéro de téléphone.

Leila, 23 ans, étudiante

« Le nombril du monde »

Il est assis à côté de moi dans le compartiment du train. Les écouteurs de mon walkman collés aux oreilles, je ne fais même pas attention à sa présence. C’est en arrivant à Sousse que je m’aperçois qu’il me suit, discrètement. Je m’arrête devant une vitrine, il s’arrête aussi, se retourne vers moi, un sourire timide aux lèvres. C’est d’une voix tremblante qu’il me dit bonjour. Il a l’air si confus que je suis attendrie. Il sera facile à avoir celui-là (désolée mais je dois faire mon boulot). Je lui offre un de mes plus beaux sourires. Il semble prendre de l’assurance et trouve un moyen, subtil, pour entamer la conversation :

Vous aviez l’air tellement prise par votre musique. Je n’ai pas voulu vous déranger.

Le bruit des wagons sur les rails est insupportable.

Le plus naturellement du monde, nous marchons côte à côte. Nous parlons de pluie mais de beau temps surtout. Quand il m’invite à boire un café, c’est presque avec plaisir que j’accepte. Ce ne sera pas compliqué de joindre l’utile à l’agréable avec lui. Installés au café, on passe aux présentations. Les miennes d’abord. J’emprunte le prénom et le job d’une amie. Je m’en rappellerai plus facilement s’il lui prend de me reposer la question. Les siennes ensuite. IN-TER-MI-NA-BLES. Dès qu’il prend la parole, il ne s’arrête plus. Il parle lui, de lui, encore de lui. De SA personne : « Je suis gentil, généreux, calme, poli, des jeunes garçons comme moi, il n’y en a plus ». De SA famille : « Des parents comme les miens, il n’y en a plus ». De SON travail : « Je suis ingénieur dans une grande entreprise étrangère. Des ingénieurs de mon âge – il a 27 ans – il n’y en a pas. Mes collègues plus anciens sont jaloux de moi. » De SES loisirs : « Je joue au basket-ball, au football, au tennis et je suis ceinture noire de… (désolée, mais le nom de cet art martial m’échappe). Je suis l’une des rares personnes à l’exercer en Tunisie ». De SES projets : « J’ai déjà acheté un terrain vierge dans la ville où j’habite. Je compte bientôt y construire une maison. Pour me marier ». De SA future épouse donc : « Celle qui m’épousera aura beaucoup de chance. Tu ne me croiras pas, mais quand je me marierai, j’aiderai ma femme à faire la vaisselle et à cuisiner quand je rencontrerai le soir. Aucun de mes amis ne le fait, mais moi je le ferai. Ma femme sera la plus heureuse des femmes ». La désillusion. Je n’ai pas pu placer un seul mot en une demi-heure. Ce type se prend pour le nombril du monde ma parole. Les apparences sont bien trompeuses. Derrière un sourire de velours, se cache un monstre de vanité. Ravie de vous avoir connu monsieur. Au revoir à jamais.

L’avis du spécialiste  Cherif Mohamed Hechimi

Docteur en sexualité humaine, sexologue,sexothérapeute, sexo-analyste.

« Se sentir libre dope la communication»

L’été arrive et on dit que c’est la saison de la drague. Pourquoi selon vous ?

La réponse est physiologique, climatique, ethnologique, culturelle et paléontologique ! La température et l’abondance de nourriture sont propices à une activité sexuelle animale et végétale généralisée. Pourquoi y échapperions-nous ? La parade des femmes est particulièrement mise en valeur pendant la saison estivale et les parures qu’elles soient physiques ou artificielles deviennent en quelque sorte des éléments de lectures. . .

Soleil oblige, la peau prend petit à petit une jolie teinte ambrée… l’été à toujours été une occasion pour changer les habitudes, le look et le comportement envers l’autre sexe ! Les femmes généralement portent des tenues légères, sexy, transparentes. A ce moment là les hommes n’ont plus qu’une envie : les séduire par tous les moyens!

La Tunisie est entrain de vivre une pleine mutation politique qui a délié les langues entre autres. Quel est l’influence de cette période post-révolutionnaire sur les rapports hommes femmes quand ils veulent se séduire ou se draguer ?

La Tunisie n’est pas en période post-révolutionnaire. Elle a éliminé une déviance grave d’un régime républicain qui avait échappé au contrôle démocratique et ce n’est malheureusement pas le seul. . . C’est une transformation qui est en cours. Elle entraîne une levée d’interdits, implicite ou explicite. La possibilité de se sentir libre de faire de nouveaux choix, de briser les lois du silence est devenue palpable. Cela est un extraordinaire dopage pour la communication tout azimut. Des besoins de ré-personnalisation émergent. Il y a donc une remise en question à la fois des propos des apparences, des relations, des ascensions hiérarchiques ou sociales. Tous les ingrédients sont réunis pour communiquer plus et autrement avec l’autre. Du coup la manière, dont les hommes séduisent les femmes se transforme…

Peut-on parler d’une libido avant et après la révolution, dans un pays somme toute arabo-musulman, et qui serait verbalisée autrement aujourd’hui pour draguer une personne ?

La libido comme le langage sont influencés par l’éducation religieuse ou conservatrice dans les familles et renforcés par les comportements sociaux. Ils ne peuvent donc pas évoluer rapidement. En fait, ils se sont construits sur des refoulements souvent puissant qui ne sont pas « éradiquées mais qui peuvent resurgir par des manifestations verbales déviantes voire violentes. Cela peut être mis sur le compte de l’effet de décompression bien connu des sorties de crises. Mais il y a une remise en question de tous ces concepts dans tous les cas…

Quel est selon vous la particularité de la drague en Tunisie ? D’abord chez les hommes ensuite chez les femmes ?

Notre société va se donner de nouvelles formes d’expressions et aussi de consommation dont les limites ne sont pas discernables actuellement, d’autant que la rupture avec les régimes de contention sociale, politique, religieux est encore en interrogation chez beaucoup de Tunisiens ! Contrairement aux idées reçues, on ne peut pas séduire une fille en étant simplement gentil et attentionné. . . Une fille a aussi une sexualité et des fantasmes qui ne demandent qu’à être sollicités. Son instinct de femme qui a survécu à travers les âges, la pousse à rechercher l’aspect mâle et viril des choses, ce qui ne veut pas dire agressif ! Il y a aussi l’humour qui, attire toutes sortes de femmes et qui a son charme lorsqu’on a pas le charme physique. . Et ça, c’est très Tunisien !

Facebook et les réseau sociaux ont-ils révolutionné la drague ou l’ont-ils dépoétisée ?

Le développement des réseaux sociaux a révolutionné les rapports sociaux, même en matière de séduction. Avec Facebook, les techniques de la drague traditionnelle commencent à se faire « obsolètes ». Tout simplement parce que le repérage des deux sexes ainsi que la mise en relation est terriblement accélérée ! Facebook est une gigantesque base de données qui contient une multitude d’identités très souvent rattachées à des dizaines voir des centaines de photos. Cela offre de nouveaux terrains de communication et surtout d’interprétation mais renforce en même temps les disparités dans la société. Ces concepts sont aussi porteurs d’inquiétudes supplémentaires pour les usagers ! Il y a donc un grand frein à donner aux expressions vraies puisqu’elles peuvent être interceptées. Facebook est aussi un espace où toutes les affabulations sont possibles et quasi incontrôlables. Ce n’est donc qu’une boite aux lettres géante, plus ouverte aux corbeaux qu’aux tendres amoureux.