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Du prion dans les hCG, tests de grossesse urinaires ?

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Du prion dans les hCG, tests de grossesse urinaires ?

Invité par les laboratoires Merck Serono lors du dernier congrès de gynécologie organisé à Gammarth en octobre dernier, le Dr Alain Van Dorsselaer, chimiste chercheur au CNRS a annoncé que lors de récentes études des structures fines des hormones, il avait découvert tout à fait par hasard la présence de molécules « prion » comme impureté dans des échantillons commerciaux de hCG d’origine urinaire. Une méthode de dosage précis et spécifique de la molécule prion a alors été mise au point. Les résultats ont été rapidement rendus publics et présentés dans la cadre de plusieurs congrès internationaux.

par Rym Benarous

➩ Le prion, c’est quoi ?

Je ne suis pas un spécialiste du prion, mais nous en avons tous entendu parler à un moment ou à un autre, et notamment lors de la médiatisation de la maladie de la vache folle ou encore de l’affaire de l’hormone de croissance. Le prion est une protéine que nous avons tous en nous. Dans des conditions mal connues, elle peut changer de forme, tout en gardant la même séquence en acides aminés, et elle provoque alors des ravages terribles dans le cerveau en contaminant les protéines prion normales. Cette forme pathogène est en effet contaminante (on dit aussi infectieuse). Elle s’est transmise à très grande échelle, par l’intermédiaire de farines animales, à des millions de vaches qui, en Angleterre, ont du être toutes abattues pour arrêter l’épidémie. On aurait pu imaginer que les scientifiques en sauraient aujourd’hui beaucoup plus sur le mécanisme et les conditions de transmission du prion, mais il reste malheureusement de nombreuses zones d’ombre.

➩ Quelles sont les conséquences de cette découverte ?

J’ai présenté les chiffres de nos résultats de dosage du prion dans des échantillons commerciaux des hCG urinaires. J’ai expliqué comment nous avions procédé pour réaliser un dosage précis. Le message que j’ai voulu faire passer est que ces dosages ont été réalisés avec des méthodes qui sont considérées par tous les spécialistes du dosage des protéines et des peptides, comme sûres et fiables. Je rapporte donc ces résultats à la communauté scientifique ainsi qu’à monsieur tout-le-monde. Chacun devra en tirer ses conclusions quant aux risques de contamination d’humains par des échantillons extraits d’urines humaines .

➩ Doit-on paniquer ?

Comme tout le monde, je lis les journaux, je suis l’actualité. Je sais qu’il y a eu l’affaire de la vache folle et l’affaire de l’hormone de croissance toutes deux liées au prion. Des maladies provoquées par le prion ont été transmises et ça n’avait pas été prévu. Après la crise de la vache folle, les centres de transfusion ne collectaient plus le sang d’un donneur anglais, ou d’un français ayant séjourné plus de 3 mois en Angleterre. Ca montre quand même qu’il y a des scientifiques qui imaginent qu’il y a des risques de contamination possible. Les temps d’incubation des maladies liées au prion pourraient être très longs (plusieurs dizaines d’années) comme dans le cas de la maladie kuru chez des aborigènes de Nouvelle-Guinée ; ceci devrait inciter à la plus grande prudence puisque, s’il y a transmission lente, celle-ci ne sera mise en évidence qu’après infection de nombreux sujets. Les molécules de prion que nous avons détectées comme impuretés dans les hCG d’origine urinaire n’ont rien à faire dans ces échantillons destinés à être injectés aux patientes qui souhaitent être enceintes. Aucun test de pathogénicité n’est réalisé systématiquement sur les produits urinaires et donc, si l’un des milliers de donneurs d’urine était atteint d’une maladie à prion, il y aurait un risque de contamination des patientes. Dans ces conditions, pourquoi prendre un risque puisque les hormones d’origine urinaire peuvent être remplacées par des hormones produites par biotechnologie qui ne contiennent aucune molécule de prion ?

❝ Le prion (protéine) est un agent pathogène mis en cause dans la transmission d’encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST) dont l’une des plus connues est la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

☛ L’avis du Pr Riadh Daghfous chef de service au Centre national de pharmacovigilance

Actuellement en Tunisie, on n’a pas de problèmes particuliers avec les substances d’origine urinaire. Tant qu’il n’y a pas de vraie polémique à l’étranger, on ne doit pas s’inquiéter. Mais si aujourd’hui on n’a rien, ça ne veut pas dire qu’on n’aura rien dans quelques années. Souvent, on a des effets assez retardés et il faut être vigilant avec les produits d’origine urinaire. A l’échelle tunisienne, nous allons ré-évaluer le rapport bénéfice risque et prix pour y voir plus clair.