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A l’eau

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A l’eau
par Héla Msellati

« Solvant universel » mais cependant nécessaire à toute vie sur Terre, l’eau est omniprésente sur la planète à qui elle donne depuis la nuit des temps sa couleur bleue.

Selon le Coran, l’eau est la première des créatures,

« Allâh a créé toute chose à partir de l’eau »  et son trône (‘al-`arch) sa seconde création, fut également édifié sur l’eau. Ce qui peut sembler pour le moins évident, l’islam étant apparu et s’étant répandu dans des zones arides où la question hydrique reste encore de nos jours cruciale.
Plusieurs siècles auparavant, pour l’homme de la Bible, l’eau était aussi  un don de Dieu. A la naissance du monde, dans le Livre de la Genèse, « l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux » dont la création donne la vie. Dans la religion judaïque, « le souffle de Dieu planait sur la face des eaux »,  le ciel lui-même  est composé de feu et d’eau, laquelle existe depuis le début de la création et symbolise la Torah même.  Des religions monothéistes  aux sources lointaines de la mythologie gréco-romaine, l’eau est omniprésente, tour à tour source de vie, voire de renaissance ; elle purifie, guérit et protège.

Près des trois quarts de la planète sont recouverts d’eau qui constitue aussi à 65 % le corps humain et 76 % de son cerveau. Pour l’homme elle est ainsi vitale et est, après le lait maternel, sa boisson naturelle par excellence. Les scientifiques eux, recommandent de consommer 1,5 litre d’eau par jour, certains vont jusqu’à avancer une quantité avoisinant les 3 litres /jour, pour hydrater les cellules et la peau, éliminer les déchets, assurer en les lubrifiant les articulations, véhiculer nutriments, vitamines, oligo-éléments et minéraux nécessaires à notre santé ou, plus simplement encore, pour réguler la température corporelle. Car transpirer, uriner et même respirer éliminent en permanence l’eau de l’organisme, c’est pourquoi médecins et nutritionnistes conseillent de  boire de l’eau à volonté, tout au long de la journée, sans forcément ressentir la sensation de soif.
Ils recommandent idéalement d’en réguler la consommation, proportionnellement à la température ambiante car, à partir de 30°, le corps se déshydrate plus rapidement en raison de la transpiration  et de la chaleur. Celle-ci encourage aussi les tenues légères qui ne sont pas sans réveiller les démons des régimeux qui, eux, véhiculent le lieu commun éculé, celui de l’eau miraculeuse, celle qui fait maigrir.
Alliée de poids dans un régime minceur, celle-ci apporte zéro calorie, certes, permet d’évacuer plus facilement les déchets tout en calmant par une sensation d’estomac plein les frénésies du grignotage.

Il va sans dire qu’une eau de robinet filtrée suffit, même si certains préconisent de varier les eaux minérales pour pallier carences ou excès de certains minéraux.
Les eaunologues, spécialistes des eaux,  le confirment. Le développement de cette science et l’apparition des bars à eau enseignent, quant à eux, que celle-ci  n’est pas incolore, inodore et sans saveur, comme on nous l’a si longuement enseigné. Des familles de saveurs empruntées à l’oenologie ont ainsi été réquisitionnées pour cette jeune discipline et une eau est désormais   « huileuse » ou « astringente »,    sera « sucrée, salée, acide amère ou aromatique ». Autant de qualités gustatives qui seront avancées et utilisées  par les producteurs d’eau en bouteille.

Depuis l’avènement de l’eau conditionnée, le Tunisien lui aussi s’est mis à la bouteille, tant et si bien qu’il est parvenu à se classer parmi les plus grands consommateurs d’eaux minérales au monde. Le chiffre avancé par l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie est une moyenne de 105 litres par an, contre les 40 litres par individu dans le reste du globe.
De nouvelles unités de production aux noms bien tunisiens naissent chaque année,  leur capacité de production (350.000 bouteilles à l’heure) est gigantesque et le secteur procure, certes, selon des données officielles, 2.500 postes d’emplois. Emplois auxquels il faudrait ajouter tous les nécessiteux qui survivent grâce au ramassage en vue de recyclage du plastique que le Tunisien, en bon citoyen, largue dans la nature.  
La consommation d’eaux minérales, quant à elle,  augmente de 7 %, chaque année, à croire que le Tunisien est venu au monde, une bouteille à la main. Ce serait d’ailleurs un moindre mal si cette dernière était restée en verre. Selon un institut d’études américain, l’eau en bouteille est le plus grand succès de l’industrie agro-alimentaire, chaque année dans le monde 89 milliards de litres d’eau sont mis en bouteille et consommés, soit 2822 litres par seconde. Les défenseurs de l’environnement soulignent, eux, que les bouteilles en plastique ont un impact non négligeable sur l’environnement leur fabrication et leur transport consomment de l’énergie et dégagent des gaz à effet de serre. Tout en sachant que la dégradation d’une bouteille nécessite plusieurs siècles.

L’eau du robinet, parents et grands-parents en consommaient sans modération et sans s’interroger sur ses vertus sanitaires, ni sur tous les minéraux nécessaires à un bon équilibre alimentaire. Les eaux de pluie ou du puits ont longtemps servi à leurs besoins, les porteurs d’eau se chargèrent ensuite de la besogne avant que l’eau ne soit partout courante. Aujourd’hui, consommer de l’eau filtrée est devenu ringard, le must étant d’arborer sa bouteille plastique. 
Eau du rob’ ou eau miné ? Avec l’arrivée de l’été, la réponse ne semble plus couler de source.