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Eczéma et prise en charge

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Eczéma et prise en charge

L’eczéma est une pathologie cutanée allergique irritante. Cette dermatose se traduit par des rougeurs et des éruptions cutanées. Elle n’est pas facile à prendre en charge. Cette allergie dermique affecte 2 à 6 % de la population générale dans le monde. Quels sont les signes de cette dermatose prurigineuse ? Et comment se fait la prise en charge et la prévention de l’eczéma ?

par Hela Kochbati

La détermination de l’eczéma

L’eczéma est une manifestation dermique allergique et érythémateuse courante qui peut être aigüe ou chronique. L’eczéma chronique subsiste plus de trois mois. Les manifestations de l’eczéma peuvent se développer au niveau du visage, des mains, des poignets, des bras, des plis des coudes, des genoux et également au niveau des pieds. Les enfants sont de plus en plus touchés par cette affection allergique. Il y a 30 ans, il n’y avait que 5% qui étaient concernés par cette dermatose. Actuellement, plus du tiers des enfants en souffrent. Cette maladie allergique cutanée est en pleine expansion ces dernières années.

Les signes de l’eczéma

L’eczéma se manifeste par des rougeurs et des vésicules érythémateuses ou cloques. Ces signes sont associés à des démangeaisons cutanées. Les crises de cette dermatite se manifestent d’une manière intermittente, par poussées. Les irritations s’accentuent surtout le soir. Les rougeurs sont plus ou moins étalées au niveau de la peau, les boutons se transforment en croûtes, associés à un prurit et induisant des sensations de brûlures. La peau devient également sèche et lésée. Sa couleur peut prendre une teinte foncée. Des traces cicatricielles de lésions cutanées apparaissent à la suite.

Les formes de l’eczéma

On distingue deux formes de cette dermatose allergique, l’eczéma de contact ou dermatite topique et l’eczéma atopique ou neurodermatite lié à des antécédents génétiques. Cette forme atopique présente une forte structure allergisante et survient généralement chez l’enfant de moins de 5 ans. L’eczéma topique ou de contact se manifeste lors d’une exposition à un allergène.

Les causes de l’eczéma

L’eczéma se développe lors d’une réaction inflammatoire due à l’exposition à un allergène. Parmi les substances allergènes, le caoutchouc, les produits détergents, les cosmétiques et les métaux. Cette dermatite affecte principalement les professionnels de soins de santé, ceux qui manipulent des produits chimiques en milieu industriel et les professionnels des industries plastique et du bâtiment.

Les facteurs de risque de complications de l’eczéma

Il existe plusieurs facteurs de risque de complications de l’eczéma comme les fortes températures, les milieux secs, le tabac, le stress et l’anxiété.

Le diagnostic de l’eczéma

L’examen clinique de l’eczéma se fait par un dermatologue. Le diagnostic repose sur un interrogatoire sur les antécédents du patient et des tests pour identifier la forme de l’eczéma.

La prise en charge de l’eczéma

Le traitement de l’eczéma se fait selon le type, la cause de l’eczéma et les antécédents du patient. Généralement, les médicaments topiques prescrits sont des antihistaminiques, des crèmes hydratantes, des lotions et des pommades à base de corticoïdes. Une corticothérapie par voie orale et par injections est utilisée dans le cas d’une atteinte allergique sévère. Dans certains cas, une biothérapie est recommandée. Des cures thermales peuvent être associées aux traitements médicamenteux pour soulager la forme allergique du patient. Par ailleurs, la photothérapie peut donner des résultats efficients. En outre, la phytothérapie est également utilisée pour traiter cette forme allergique. Parmi les plantes médicinales efficientes contre l’eczéma, l’hamamélis, la camomille et l’onagre.

Notre spécialiste Dr Salma Ben Romdhane Spécialiste en dermatologie

Quelle est la prévalence de l’eczéma en Tunisie ?

Le syndrome de l’eczéma a une prévalence de 2 à 10% de la population générale.

Quel est le diagnostic de l’eczéma ?

On identifie le type de l’eczéma au cours d’un examen clinique du patient selon les réponses données lors de l’interrogatoire en complément des signes cliniques visibles et des antécédents du patient afin de diagnostiquer le type d’eczéma et prescrire le traitement adéquat.

Quels sont les différents types d’eczéma ?

On distingue plusieurs types d’eczéma. On différencie l’eczéma d’origine exogène (qui vient de l’extérieur) et d’origine endogène (qui vient de l’intérieur). L’eczéma d’origine exogène est surtout représenté par l’eczéma de contact (localisé) dû à un allergène, alors que pour l’eczéma endogène, il peut provenir d’une dermatite atopique (générale) ou d’autres facteurs allergéniques endogènes provenant de l’organisme. Les dermatites de contact se retrouvent beaucoup plus chez les enfants qui présentent des dermatites atopiques.

Quelle est la symptomatologie de l’éczéma ?

L’eczéma se manifeste par des plaques caractérisées de vésicules prurigineuses, squames, croûtes et des irritations cutanées qui causent beaucoup de démangeaisons. Cette pathologie cutanée est également déterminée par des quintes suintantes. L’eczéma atopique est une dermatose qui évolue par poussées. Il faut considérer la gravité de la dermatite atopique chez l’enfant ou le jeune, on procède par un système d’évaluation appelé « scorad »*. L’enfant ou le jeune qui a une dermatite atopique peut avoir une insomnie, suite aux démangeaisons cutanées au cours de la nuit, ce qui peut induire également une altération de la qualité de vie de sa famille. D’une part, les lésions et les érosions de la peau dues à l’eczéma peuvent faire mal et réduire la qualité de vie du patient. Ces lésions peuvent aussi entraîner des séquelles respiratoires et oculaires et aggraver cette maladie. D’autre part, l’enfant qui a une dermatite atopique peut avoir un risque plus grand de développer l’eczéma de contact, par rapport aux autres enfants.
* Le SCORAD (Scoring atopic dermatitis) est le score de gravité de la dermatite atopique.
Il a été créé et validé en 1990 par un groupe d’experts: l’European Task Force of Atopic Dermatitis.
Le SCORAD est devenu un outil de référence de suivi et d’évaluation de la pathologie par les médecins.
Il se présente sous la forme d’une fiche que le médecin remplit à chaque consultation afin d’en obtenir un score. Il permet ainsi de suivre l’évolution de la dermatite atopique du patient.

Quels sont les modes de prise en charge de l’eczéma ?

Il existe différents traitements selon le type d’eczéma et les antécédents du patient. Les deux types d’eczéma que l’on rencontre le plus couramment dans les consultations de tous les jours, sont l’eczéma de contact, avec un allergène et la dermatite atopique. La prise en charge de l’eczéma de contact se fait en première intention par l’éviction de l’allergène qu’il faut identifier. Ce qui se fait surtout lors de l’interrogatoire. Après le diagnostic et l’identification de l’allergène, on réalise les patches tests. Il faut que le patient puisse identifier l’allergène à l’origine de son eczéma. A l’évitement du contact avec l’allergène, jusqu’à ce que la réaction immunitaire s’arrête. Une crème à base de corticoïde est alors prescrite au patient. Pour l’eczéma de contact, le patient peut avoir une allergie aux métaux tels que le nickel ou le cuivre, une allergie aux bijoux, aussi pour l’ingestion de certains aliments comme les légumes qui contiennent du nickel ou d’autres métaux lourds. Pour l’eczéma de contact, il faut éviter l’allergène et préconiser une crème corticoïde et une bonne hydratation. La durée du traitement ne dépasse généralement pas huit jours en appliquant les traitements adaptés.

Lors d’un échec thérapeutique, nous avons recours à des traitements plus puissants. Pour la dermatite atopique, nous disposons d’une panoplie de médicaments (antihistaminiques, corticoïdes et immunosuppresseurs) selon les cas d’eczéma, pour pallier les séquelles, dans les traitements locaux. La prise en charge comprend le nettoyage des lésions et l’hydratation cutanée. Pour nettoyer la peau au cours d’une dermatite atopique, on procède souvent à l’utilisation d’un savon ou un gel sur-gras. Il faut expliquer au patient que l’hydratation est très importante car elle constitue 60 % du traitement et permet d’éviter l’assèchement de la peau. Par ailleurs, l’hydratation constitue une sorte de prévention des poussées. Pour les espacer au maximum, il est primordial de bien hydrater la peau. On associe généralement aux poussées des crèmes à base de corticoïdes comme le tacrolimus qui est un traitement immunomodulateur assez puissant qui va réduire et atténuer l’activité immunitaire et les réactions inflammatoires. On peut également avoir recours à la photothérapie, ce sont des séances de traitements par la lumière qui permettent d’atténuer les plaques d’eczéma. Les traitements par immunosuppresseurs, appelés cyclosporines, sont utilisés au cours d’un eczéma sévère pour éviter l’altération de la qualité de vie du patient. Ils sont donc préconisés pour les formes sévères ou en cas d’échecs thérapeutiques.

Quelles sont les mesures de prévention de l’eczéma de contact ?

Les formes allergiques de l’eczéma de contact sont différentes selon les cas. Pour les bébés, les parents ont tendance à trop les protéger, il ne faut pas surprotéger les enfants, il faut avoir un comportement de modération. Il faut éviter de mélanger les produits chimiques, parce qu’on sait que si on a un enfant qui est allergique, il peut développer une allergie de contact ou une autre forme d’eczéma. On essaie d’éviter également les cosmétiques. Lorsque l’enfant présente un état de santé normal et ne manifeste pas d’allergies cutanées, il est important de se comporter normalement et arrêter les évictions inutiles qui ne servent à rien. La durée de l’allaitement maternel, permet d’éviter le risque de l’eczéma et c’est une question controversée.

Quels sont les conseils que vous adressez aux lecteurs ?

Il ne faut pas attribuer toute lésion à une allergie cutanée. J’ai l’habitude dans mon cabinet médical de voir mes patients appeler toute « atteinte cutanée » ou « éruption », allergie. Un eczéma n’est pas forcément une allergie, celle-ci peut être induite par une prise médicamenteuse inappropriée ou une automédication, une affection d’origine infectieuse, donc une allergie cutanée n’est pas systématiquement de l’eczéma. Il faut arrêter d’appeler « eczéma » ou « allergie » n’importe quelle lésion cutanée éruptive. Dans le cas d’une confirmation d’un eczéma, il ne faut pas craindre la prise de corticoïdes. Généralement, on utilise des corticoïdes locaux, qui sont le plus utilisés, par rapport aux corticoïdes par voie d’injection. Il faut également respecter la posologie journalière prescrite par le dermatologue. En ce qui concerne le traitement de la dermatite atopique et l’eczéma, le patient ne doit pas négliger l’hydratation de la peau, comprendre cette pathologie, surtout dans le cas d’un enfant à qui les parents devront expliquer la maladie, faire le suivi de la vaccination, éviter les particules et les substances allergènes, et appliquer des émollients et des soins protecteurs.